Moins de sucre, mais plus de produits ultratransformés, notre façon de manger a changé en cinquante ans. C’est l’un des thèmes de la soirée spéciale marquant le 50e anniversaire d’A bon entendeur, le deuxième plus ancien magazine de la RTS après Temps présent. L’émission qui défend les consommateurs a été diffusée pour la première fois le 19 janvier 1976. Depuis, elle n’a jamais quitté l’antenne.
Catherine Wahli, sa première présentatrice et productrice, n’imaginait sans doute pas une si longue carrière pour ce rendez-vous; 1927 émissions plus tard, Linda Bourget revient sur son évolution.
Parmi nos habitudes de consommation, qu’est-ce qui diffère?
On mange moins de viande en général, de bœuf en particulier, moins de sucre et de produits laitiers. En revanche, on privilégie les légumes, les céréales et, ce qui est moins bon pour la santé, les produits ultra-transformés.
En revanche, certaines préoccupations n’ont pas changé...
Oui, ce qui m’a surprise; certains enjeux restent les mêmes qu’il y a cinquante ans. Par exemple, on s’intéressait à l’époque à la saisonnalité des fruits et légumes, ainsi qu’aux conditions d’élevage du saumon. ABE testait déjà des boîtes de conserve pour vérifier si le poids des aliments correspondait bien à celui indiqué sur l’étiquette. C’est impressionnant comme les choses ne changent pas
En 2025, votre sujet «A la recherche de la meilleure fondue», diffusé sur YouTube, arrive en tête sur les réseaux sociaux. Surprenant?
Pas vraiment, car dès qu’on parle de ce qu’on mange, cela interpelle les gens et la fondue au fromage est un blockbuster. Le sujet a été traité régulièrement, des comparaisons de mélanges de fromages ont été réalisées à plusieurs reprises. De manière générale, les dégustations ont toujours la cote.
Quel premier sujet a ouvert cette soirée anniversaire?
Un cuisinier a refait la recette d’un plat typique de Betty Bossi en 1976, des roulés de poisson aux champignons, accompagnés de pommes de terre vapeur. Les plats étaient alors plus simples. Une diététicienne et un chimiste cantonal se sont exprimés.
Vous avez également organisé un test auprès des téléspectateurs...
A bon entendeur s’est toujours construit avec son public, il était donc normal de l’associer à cet événement. Nous avons demandé aux téléspectateurs de nous envoyer un échantillon de leurs cheveux pour détecter la présence de pesticides dans leur corps. Une centaine a répondu et nous en avons gardé 54. Les résultats ont été révélés au cours de la soirée. Je lance souvent des appels à l’antenne dans l’idée de construire l’émission avec eux.
Vous vous êtes entourée de plusieurs personnes sur le plateau...
Deux chroniqueurs humoristiques, Benjamin Décosterd et Lisa Dubin, ont apporté un peu de légèreté. Il y a eu plusieurs spécialistes, ainsi que Marc Hafner, qui avait témoigné dans un reportage il y a quinze ans. Son fils avait été victime d’un accident. Quelques années plus tard, il avait commencé un apprentissage, mais s’était retrouvé en arrêt à cause de séquelles de cet ancien accident. Marc Hafner avait alors découvert qu’il n’avait droit à aucune indemnité journalière pendant son arrêt. Il y avait un vide juridique. Il s’est battu pour faire changer la situation. Grâce à son engagement citoyen, quinze ans plus tard, les parlementaires ont enfin accepté et la modification de la loi entrera en vigueur en 2027. Désormais, même s’il s’agit de séquelles d’un ancien accident, antérieur à leur activité professionnelle, les gens seront couverts.
Lorsque vous avez rejoint ABE, en 2019, vous disiez: «Le changement est stimulant, car il nous force à nous remettre en question.» Est-ce la raison principale de votre départ à la fin de cette saison?
Tout à fait. Je me réjouis de rejoindre le département de l’actu, pour y occuper une nouvelle fonction (rédactrice en chef adjointe, ndlr).
Quels conseils donnerez-vous à votre successeur?
Il faut surtout ne rien laisser passer et garder intacte sa capacité d’indignation vis-à-vis de ce qui est injuste et anormal. ABE se doit de dénoncer ce qui ne va pas.
Cet article a été publié initialement dans le n°09 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 février 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°09 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 février 2026.