L’impôt sur les grandes fortunes n’a plus grand espoir de passer. A l’approche des votations de ce dimanche 30 novembre, le dernier sondage SSR publié le 8 novembre annonce un rejet à 68% de l'initiative «Pour une politique climatique sociale financée de manière juste fiscalement» (initiative pour l'avenir). Celle-ci demande d'introduire un impôt fédéral sur les successions et donations pour les très grandes fortunes. Seuls 30% des votants pourraient cocher la case «oui» sur leur bulletin, d'après le sondage.
La faute à un traitement médiatique biaisé, s’est plaint Julien Berthod dans un message envoyé à Blick. Le vice-président de la Jeunesse socialiste, visage de la campagne en Suisse romande, cite un monitoring de votation mené par l’Université de Zurich, selon lequel l’initiative pour l’avenir a eu droit à une tonalité médiatique plus négative que toutes les autres initiatives populaires depuis 2018. Le constat est encore plus marqué pour la Suisse romande. Nous lui avons demandé des explications.
Pourquoi les médias auraient-ils manqué de neutralité au sujet de l'initiative sur l'avenir?
Durant ces derniers mois de campagne, le narratif choisi par les médias a été très orienté. Il n’a été question que des menaces en l’air des ultra-riches ainsi que de leurs représentants politiques, ou de la faible chance de succès de l’initiative le 30 novembre. Peu nombreux ont été les articles abordant le vrai sujet de fond: le lien entre la grande richesse et la destruction de l’environnement, ainsi que l’échec de la politique climatique bourgeoise. Le rapport de l’Université de Zurich confirme le grave problème dans le traitement médiatique. Ce matraquage n’a fait que renforcer l’immense campagne du non, permise grâce aux millions d’Economiesuisse, de Swissmem et du PLR.
Pourquoi la Suisse romande aurait-elle fait preuve d'une couverture plus négative que la Suisse alémanique?
C'est le même rapport de l’Université de Zurich qui indique que la tonalité des articles a été encore plus négative en Suisse romande. Or en Romandie, la population est plus favorable à l’initiative qu’en Suisse allemande. Cela interroge donc sur les raisons de cette différence de couverture. Il est possible que la part attendue du «oui» à l'initiative dans notre région linguistique n'ait pas particulièrement plu. Rappelons que les grands propriétaires des médias, comme les familles Coninx et Ringier, ont tout intérêt à protéger leurs fortunes. Et ils sont les actionnaires des deux groupes principaux de journaux en Suisse romande. Quand les médias appartiennent à des milliardaires, il n’est pas étonnant que les intérêts des plus riches y soient défendus et qu’il s’y développe une ligne ou une culture par défaut.
Chez Blick, nous vous interviewons pourtant pour la deuxième fois au sujet de l'initiative...
Ce qui est factuel est que l’initiative pour l’avenir est celle qui, depuis 2018, a le backlash médiatique le plus fort. Elle est la plus combattue médiatiquement à travers la tonalité utilisée dans les articles. Il n’est donc pas possible d’ignorer cette réalité: les médias ont pris parti dans le débat et n’ont pas communiqué une information neutre et objective. Au lieu de parler des conséquences de la crise climatique, qui est par ailleurs certainement la plus grande crise de l’histoire de l’humanité, ou bien des inégalités de richesse ainsi que du danger pour la démocratie que représentent la concentration toujours plus forte des richesses, il n’a été question que de la menace des partis bourgeois.
Pouvez-vous citer des cas concrets où des informations inexactes ou biaisées ont été diffusées?
Les informations ont rarement été fausses de manière flagrante, car il n’y a pas besoin de mentir pour faire passer un message trompeur. Néanmoins, il existe des exemples clairs. Madame Keller-Sutter, présidente du pays, parle à Forum sur la RTS des «gens qui ont presque 50 millions», comme s’ils étaient aussi ciblés par l’initiative. Elle a d’ailleurs, dans la même émission, affirmé qu' «on ne peut pas dire que les personnes les plus riches sont celles qui polluent le plus». Ce dernier point est franchement malhonnête car tous les rapports sérieux affirment le contraire. Selon Oxfam, un milliardaire émet autant de CO2 en quelques heures qu’une personne moyenne durant toute sa vie. Si Madame la présidente s'est permise de mentir, il n'est pas étonnant que d’autres partisans du «non» aient jugé acceptable de le faire aussi.
Quel est l'argument des opposants qui a le plus joué contre votre initiative à votre avis?
C’est certainement l’argument sur les entreprises familiales qui seraient touchées par l’initiative. En créant volontairement une confusion sur les cibles de l’initiative, les 2500 ultra-riches réellement visés par celle-ci ont réussi à se cacher. Le concept même «d’entreprises familiales» n’est pas sensé car la droite l'utilise pour mettre dans le même panier la petite entreprise de menuiserie et la multinationale MSC. Or cette dernière, détenue uniquement par la famille Aponte, est l'une des entreprises les plus polluantes d’Europe.
La majorité des votants vont donc voter contre leur intérêt, selon vous?
Oui, mais comme souvent, une grande partie de la population a peur d'être plus ou moins concernée par l'initiative. Or, que ce soient les personnes précaires ou les propriétaires de petites entreprises, tous ont intérêt à lutter efficacement contre la crise climatique. Sans un financement de la transition par les plus riches, c’est l’ensemble de la population qui va subir les conséquences meurtrières de la pollution, du réchauffement climatique et des catastrophes climatiques.