Jaccoud et Nordmann «en réflexion»
Vers un duel de ténors socialistes pour reprendre le poste de Rebecca Ruiz?

Le Parti socialiste vaudois est face à un défi urgent après la démission de Rebecca Ruiz du Conseil d'Etat. Une élection complémentaire, prévue le 8 mars, laisse peu de temps au PS pour choisir sa candidature face à l'UDC déjà en lice. Mais qui sont les favoris?
Jessica Jaccoud et Roger Nordmann sont les deux profils les plus en évidence pour remplacer Rebecca Ruiz. Ils ne sont pas seuls.
Photo: Keystone
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Léo MichoudJournaliste Blick

Au Parti socialiste vaudois (PS Vaud), l'heure est à la réflexion... et vite! Leur élue Rebecca Ruiz vient d'annoncer, ce mercredi 26 novembre, sa démission du Conseil d'Etat. Une élection complémentaire sera organisée le 8 mars prochain.

L'Union démocratique du centre (UDC) a pris un coup d'avance en s'empressant de désigner son cheval de bataille: l'agriculteur et syndic de Froideville, Jean-François Thuillard. Le dépôt des listes aura lieu début janvier; il ne reste donc que cinq semaines au PS Vaud pour s'organiser et désigner celui ou celle qui tentera de récupérer ce siège laissé vacant. Avant même cette annonce, des noms étaient sortis dans la presse.

Ce matin, «24 heures» a placardé huit profils de «papables»: Roger Nordmann, Jessica Jaccoud, Alexandre Démétriadès, Stéphane Montangero, Jean-Christophe Schwaab, Brenda Tuosto, Sebastien Cala et même Grégoire Junod. Citons encore Pierre Dessemontet, municipal démissionnaire d'Yverdon évoqué par la RTS, et la municipale lausannoise Florence Germond, citée par «Le Temps». Depuis, les tendances se dessinent, les langues se délient, et les favoris comme les outsiders se projettent.

Un duel au sommet se profile

Lorsqu'on interroge les opposants au PS Vaud, un duel se dessine clairement entre deux personnalités: l'actuelle députée au Conseil national Jessica Jaccoud et l'ancien habitué de Berne Roger Nordmann. Côté féminin, une avocate nyonnaise de 42 ans, très directe, membre du comité de l'Asloca et élue nationale depuis 2023. Côté masculin, un expérimenté Lausannois connu pour sa force de compromis, élu depuis 2004 au National, qui a annoncé son départ cette année.

Interrogés par Blick, tous deux ne nient pas un intérêt. «Cette fonction est passionnante et une telle décision nécessite une réflexion approfondie avec ma famille et mon parti, qui doit s’organiser ces prochains jours», répond Jessica Jaccoud. «Effectivement, j'y réfléchis sérieusement, également au regard de la situation financière et institutionnelle très difficile dans laquelle se trouve le Canton», statue Roger Nordmann.

Mais une telle élection complémentaire pourrait s'avérer piégeuse. Une année après, le 27 mars 2027, aura lieu l'élection générale au Conseil d'Etat. C'est-à-dire que la personne élue en 2026 ne passera qu'une année au pouvoir, dans un gouvernement en crise, avant de remettre sa fonction en jeu. L'occasion de briller dans le marasme, diraient certains.

Une jeune femme avant tout?

Pour Kevin Grangier, membre des comités suisses et vaudois de l'UDC et observateur de ses opposants politiques, «tout semble indiquer que la candidature de femmes telles que Jessica Jaccoud ou Brenda Tuosto correspond le plus au narratif de gauche». L'actuel président de l'Alliance de droite (PLR, UDC, Le Centre) si dit «curieux de voir si les hommes socialistes abandonneront sans livrer bataille ou si certains estiment que leur candidature est légitime et se battront pour obtenir l’investiture».

Une femme plutôt jeune, dans la continuité de Rebecca Ruiz, serait-elle la panacée du PS? L'enjeu n'est pas vraiment d'apporter plus de parité au sein du Conseil d'Etat, rappelle un élu plus au centre que l'UDC. Que la complémentaire soit gagnée par un homme ou une femme, l'Exécutif restera à majorité féminine. Parmi les sept membres du Conseil d'Etat se trouvent encore quatre femmes: Nuria Gorrite à gauche, Christelle Luisier, Isabelle Moret et Valérie Dittli au centre-droit.

Plaire aux fonctionnaires en colère

Il y a un autre corps électoral à séduire: celui qui manifeste sa colère dans les rues de Lausanne à l'égard des coupes budgétaires voulues par le Conseil d'Etat. Et ces manifestants – ils étaient entre 20'000 et 28'000 ce mercredi – ne portent pas véritablement Rebecca Ruiz dans leur cœur.

Du côté du Parti ouvrier populaire (POP), on envisage une «candidature de combat». «Le positionnement de la 'gauche' de gouvernement est insuffisant sur cette thématique, assène Luca Schalbetter, président du POP Vaud. Le PS n'est pas à la hauteur et il n'y a que des profils de continuité parmi les papables!» Beaucoup, parmi les manifestants, les syndicats et la gauche de la gauche, souhaiteraient une rupture de collégialité de la part des élus au Conseil d'Etat.

Jessica Jaccoud et Roger Nordmann devront cravacher, s'ils souhaitent convaincre la rue. Mais un profil plus discret pourrait se détacher: celui de Sébastien Cala, le nouveau président du groupe socialiste au Grand Conseil. L'élu de la Vallée de Joux est président du Pôle santé de cette région excentrée, l'une des plus durement touchées par les coupes à venir dans la santé.

Très opposé au projet de budget 2026 de l'Etat, le Combier est parvenu – avec le PS local – à réunir plus de 2000 personnes dans la rue. C'est une bonne partie de la population, qui s'élève tout juste au-delà des 7000 habitants. Peu connu du grand public, ce point pourrait jouer en sa faveur.

Un calendrier à risque

Pour pas mal d'autres noms cités dans la presse, le timing n'est pas idéal. Beaucoup se sont portés candidats à des élections municipales, qui auront aussi lieu le 8 mars.

Grégoire Junod voudrait rempiler comme syndic de Lausanne. Brenda Tuosto souhaite être réélue à l'Exécutif d'Yverdon, elle qui siège aussi au Conseil national. Le jeune et ambitieux Alexandre Démétriadès et la figure discrète Stéphane Montangero pourraient bien se représenter comme conseillers municipaux, respectivement à Nyon et à Aigle.

Se présenter au Conseil d'Etat, avec l'incertitude d'être élu, pourrait vouloir dire abandonner un poste précieux, dans des villes-clés. Une situation qui favoriserait des profils d'élus fédéraux, de députés vaudois… ou de jeunes retraités. Iront-ils jusqu'à faire sortir Pierre-Yves Maillard de son poste de conseiller aux Etats? Il y a peu de chances, mais son aura en inspire certains.

Le Parti socialiste Vaud se réunira sans doute dès la semaine prochaine pour en discuter, puis l'Assemblée générale nommera son candidat ou sa candidate. Le PS ira-t-il jusqu'à «attendre le mois de janvier», comme ironise Kevin Grangier?

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