Yoann Craffe parle de son métier avec foi tandis que résonne derrière lui le bruit du zinc ou du cuivre martelé et travaillé dans son atelier de Sugiez, dans le Vully fribourgeois. Formé en plomberie-chauffage, passé par la célèbre Cité du cuivre de Villedieu-les-Poêles (Normandie) où il a appris l’art du repoussage sur métal, il est un des rares ornemanistes de Suisse, métier de patience et de précision qu’il pratique depuis quinze ans: «Pour reproduire des pièces d’art à l’identique, nous utilisons des techniques ancestrales. On continue de fabriquer de la même façon.»
Il aime que l’histoire affleure partout derrière les pièces qu’il fait revivre. Qu’il doive se poser les mêmes questions et peut-être buter sur les mêmes problèmes qu’un ouvrier de jadis. «Il est fou d’observer des coups de marteau sur une pièce qui date de 100 ans. J’imagine l’homme qui a pesté dessus», lâche-t-il.
Spécialiste des monuments historiques, dont il restaure des éléments indissociables de l’architecture et du patrimoine suisses, il lui arrive de marcher le nez en l’air. «Parfois des bâtiments m’impressionnent. Je pense au premier ouvrier qui a dessiné ces pièces, à son savoir-faire.» Cette année, faire renaître la flèche du temple chaux-de-fonnier de l’Abeille, abîmée lors de la tornade de 2023, a passionné l’employé à qui il a confié ce travail, «à cause de tout le contexte émotionnel».
«Une tâche énorme»
Même émoi teinté de fierté chez Cyrille Journot, patron depuis 2007 de l’entreprise de ferblanterie Singelé et sa quinzaine d’employés, à La Chaux-de-Fonds, chargée du montage et du resoudage du mât: il n’a laissé à personne d’autre le soin de poser le coq doré sur le bâtiment, à plus de 50 mètres au-dessus du plancher des vaches.
La tragédie, il l’a vécue avec force, même s’il était en vacances dans le sud de la France. «Ce jour-là, impossible de reposer mon téléphone, j’ai été envahi de demandes et je suis vite rentré le lendemain. Je dois avouer qu’on ne savait plus comment faire tellement la tâche était énorme, avec des urgences partout pour sécuriser les toits. On a fait ce qu’on pouvait... Aujourd’hui encore, près de 50 à 70% de notre activité est liée à la tempête.»
Cet article a été publié initialement dans le n°43 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 octobre 2025.
Cet article a été publié initialement dans le n°43 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 octobre 2025.