«Au début, j'avais peur de voir mes mains»
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Roze, victime à Crans-Montana:«Au début, j'avais peur de voir mes mains»

Roze, survivante du Constellation
«Un mois après, je repense toujours au feu et aux cris des victimes»

Grièvement brûlée dans l'incendie du «Constellation» à Crans-Montana, Roze, a pu revenir en Suisse. Depuis sa chambre de l'hôpital de Morges, la jeune femme raconte à Blick ses peurs et ses envies.
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Après 19 jours dans le coma et une convalescence en Belgique, Roze est de retour en Suisse, à l'hôpital de Morges.
Photo: Gabrielle Savoy
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Léo MichoudJournaliste Blick

Son papa ouvre doucement la chambre qu'elle occupe seule. Dans l'encadrement de la porte, Roze apparaît, fatiguée mais debout. Sur le lit vide, son petit frère de 3 ans joue bruyamment, profitant de son insouciance.

Les rideaux sont fermés pour éviter que le soleil n'empêche la cicatrisation de ses plaies, visibles sur son front mais pas sous les gros bandages qui entourent ses mains. A la clinique de Morges, elle est prise en charge par le docteur Wassim Raffoul, sommité dans le domaine des grands brûlés.

La jeune femme de 18 ans doit rapidement se rasseoir. «Mes bandages sont faits de compresses, commence-t-elle à voix basse. Parfois, j'ai mal la nuit parce que ça serre fort. J'ai aussi de la peine à marcher, je porte une attelle et je dois me faire opérer la semaine prochaine.» En figure protectrice, son paternel invite les journalistes de Blick venus la rencontrer à se désinfecter les mains et à mettre des masques.

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Le retour en Suisse fait du bien

La veille de ce mardi 3 février, tous les deux ont fait le trajet en avion depuis la Belgique, où elle était hospitalisée dans une clinique spécialisée dans les grands brûlés. «Le voyage s'est bien passé, raconte l'habitante de Vevey depuis la petite table. On a essayé de se protéger un maximum et de rester loin des gens. On a mis tous les deux un masque et lui, il a mis des gants. Moi, je ne peux pas trop. Si je prends des bactéries, je risque de rechuter.»

Son retour en Suisse lui fait beaucoup de bien: «Cet après-midi, une ancienne prof est passée me voir. Une amie est venue en même temps. Ça m'a fait beaucoup de bien de rentrer et de voir des visages et un environnement familier.» Elle se réjouit même de montrer son pays aux amis qu'elle s'est fait en Belgique. Touchés par son histoire, des inconnus sont venus la soutenir lors de sa convalescence.

Depuis qu'elle est sortie de son coma, le 18 janvier, Roze exprime le souhait de parler de ce qu'elle a vécu, avec toute la dignité qui la caractérise. «Je veux que les gens aient le point de vue d'une victime pour se rendre compte, assène-t-elle. A l'intérieur, et même dehors, ce n'était pas vraiment comme les gens se l'imaginent. Je ne veux pas qu'on mette de côté mon histoire.»

Des cauchemars sans cesse

Sa maman entre dans la chambre, un grand bouquet de roses – de couleur orange – dans les bras. Tendrement et en silence, elle embrasse sa fille dans le cou. A ses côtés, son papa s'emporte sur les conséquences psychologiques qu'aura ce traumatisme: «Oui, ma fille a un problème à la main, à la jambe et au visage. Mais elle a surtout des séquelles psychologiques. Elle n'arrive pas à dormir, elle fait tout le temps des cauchemars.» 

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Un mois après, je repense toujours au feu, aux cris des victimes, aux gens par terre, évanouis ou morts, et au massage cardiaque de l'ambulancier
Roze, blessée de l'incendie de Crans-Montana
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Roze détaille: «La nuit, c'est très compliqué. Un mois après, je repense toujours au feu, aux cris des victimes, aux gens par terre, évanouis ou morts, et au massage cardiaque de l'ambulancier.» Présente au «Constellation» pour faire des photos de la soirée du Nouvel-An, sur demande de Jessica Moretti, elle explique que son appareil photo est entre les mains de la police, et qu'elle a «filmé l'envoi des bouteilles» enflammées en direction des clients.

Ses premières paroles, récoltées par le journal belge «Het Laatste Nieuws» ont eu de l'écho, surtout parce qu'elle affirme avoir vu la gérante rester immobile, «sans bouger le petit doigt», devant l'incendie. «Jessica Moretti n'est pas venue en aide à ses clients lorsqu'elle est sortie, précise-t-elle à Blick. J'aurais bien voulu qu'elle amène de l'eau, qu'elle tente au moins de rassurer. Il y avait quand même des mineurs dans ce bar. Elle ne l'a pas fait, je trouve ça dommage.»

Elle portera des gants pendant deux ans

Grièvement touchée aux mains, elle a perdu connaissance en Valais pour se retrouver, 18 jours plus tard dans un autre pays. «A mon réveil, je ne savais pas que j'étais en Belgique. Mon père me l'a appris. On m'a expliqué que j'avais pris un avion médical.» Elle avoue n'avoir pas voulu tout de suite soulever ses bandages aux mains. «J'avais peur de ce qu'il pouvait y avoir en dessous. Finalement, je me suis dit que je les verrai bien un jour. C'est très étrange.»

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Quand je me suis endormie, mes mains étaient encore plus rouges
Roze, blessée de l'incendie de Crans-Montana
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Elle regarde ses doigts et les fait difficilement gigoter. «Quand je me suis endormie, mes mains étaient encore plus rouges. Ils m'ont fait une greffe, j'ai encore quelques plaies mais sinon ça va. Mais je ne peux pas encore bouger les doigts plus que ça.» Les docteurs ont bon espoir qu'elle retrouve la mobilité de ses mains. «Je devrai mettre des gants pendant deux ans et me protéger du soleil, se projette-t-elle. Sinon, j'aurai des cicatrices.»

Déposer des fleurs pour les victimes

Cela fait désormais plus d'un mois que Roze n'est pas rentrée chez elle. «Je me réjouis de faire une balade en train avec mon père, et d'aller au cinéma avec ma maman. On voulait voir Avatar 3 ensemble, mais on a pas pu.» Mais ce n'est peut-être pas la première chose qu'elle fera lorsqu'elle pourra quitter l'hôpital de Morges. «Dès que je pourrai sortir, j'aimerais retourner à Crans-Montana, clame-t-elle. Je veux apporter des fleurs pour honorer les victimes, pour la plupart mineures. Et remercier aussi les personnes qui m'ont aidées sur le moment, en apportant de l'eau pour mes mains.»

Au moment d'envisager une confrontation future avec le couple Moretti, Roze se montre ouverte. «Je pense que je leur parlerai normalement, et j'espère qu'ils feront pareil. Mais si on porte plainte, c'est qu'il y a une raison.» Sa famille a également porté plainte contre la Commune et le Canton «pour leur manque de contrôles». Roze continue: «S'il y en avait eu, on aurait pu voir qu'il n'y avait pas d'extincteur, que la mousse était pas aux normes.»

Son père a quitté la pièce depuis longtemps, la laissant seule avec les journalistes. Une fois la discussion sérieuse passée, on la surprend à plaisanter et à rire. Elle retrouvera la joie de vivre, mais pense «tous les jours» aux défunts et à leurs proches.

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