«Je reste assez persuadé qu'il est important de faire attention à ce qu’on dit en présence d'une personne placée dans le coma artificiel», expliquait Sébastien Maillard, grand brûlé, aux vidéastes de Blick, début janvier. Interrogé dans le sillage du drame de Crans-Montana, afin d'apporter du soutien aux victimes, le Romand de 48 ans, brûlé au troisième degré il y a vingt-cinq ans, nous avait livré un poignant témoignage. Victime d'un accident de travail, cet ancien mécanicien poids lourds avait souffert de brûlures graves étendues sur 92% de son corps.
Au coeur de son récit, cet habitant d'Ollon racontait notamment les souvenirs plutôt clairs qu'il garde de la période passée dans le coma artificiel, aux soins intensifs. «Quand je racontais, par la suite, des rêves que j'avais eus ou des choses qui s'étaient passées, je me rendais compte qu'ils correspondaient à cette période-là», souligne-t-il.
D'après le professeur Hervé Quintard, médecin-chef du Service des soins intensifs des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), il s'agit d'une expérience commune: «Dans le cadre de comas artificiels, les patients sont mis sous anesthésie, via des produits de sédation, rappelle-t-il. Selon les doses administrées, les anesthésies peuvent être plus ou moins profondes. Il se peut ainsi que des patients qui semblaient complètement endormis vivent des épisodes de remémoration de ce qu’il s’est passé au bloc opératoire, ou se souviennent des conversations tenues autour d’eux pendant leur coma.»
«On fait attention à ce qu'on dit»
Il s'agit d'un point auquel les spécialistes sont sensibilisés et veillent consciemment durant les soins: «On essaie de monitorer au maximum la sédation, afin d’éviter cela, poursuit le professeur Quintard. Mais on fait toujours très attention à ce qu’on dit à proximité d’un patient. On leur parle constamment, on les informe sur ce qu’on fait, même si ces personnes sont sous l’équivalent d’une anesthésie générale.»
Pour rappel, cette procédure permet de mettre le corps et le cerveau au repos, afin de protéger la personne d'une douleur trop intense et faciliter certains traitements administrés aux soins intensifs, comme la ventilation artificielle ou les opérations répétées.
Des souvenirs très précis
Malgré les produits de sédation, les images et réminiscences qui émergent après le réveil peuvent être très précises. A la suite de son coma, Sébastien Maillard s'était effectivement souvenu d'un porte-monnaie d'une marque australienne que lui avait offert son épouse lorsqu'il était encore sous anesthésie: «J'avais cette image en tête, et c'était vrai, indique-t-il. Ma femme avait dû m'expliquer qu'elle m'offrait ce cadeau, pendant que j'étais dans le coma.»
Si les personnes concernées ne se rendent compte de rien à l'instant T, elles peuvent s'imprégner de ce qu'il se passe autour d'elles, précise le professeur Quintard: «Lors des consultations post-soins intensifs, certaines personnes racontent ce qu’elles ont entendu.»
Les voix familières peuvent être rassurantes
L'idée que l'entourage peut apporter un soutien aux patients en leur parlant ou en lisant à haute voix à leurs côtés n'est donc pas un mythe romantisé par les films. Il s'agit d'un véritable phénomène, étudié de près par les chercheurs au niveau international. Sébastien Maillard insiste donc sur l'importance de montrer qu'on est là et d'apporter une présence réconfortante à la personne. Car bien qu'elle semble endormie, il est parfaitement possible qu'elle ait conscience de la proximité de ses proches, autour de son lit.
«Il est toujours conseillé, pour l'entourage, de parler à une personne dans le coma, abonde le professeur Quintard. Les voix familières peuvent la rassurer, c’est un élément apaisant qui peut aider».
Cela peut aussi valoir pour les comas «naturels»
Le même phénomène peut-il se vérifier pour les comas pathologiques? Ceux-ci sont instaurés par le corps lui-même, sans intervention médicale, après un traumatisme crânien ou des hémorragies cérébrales, par exemple. Selon le professeur Quintard, c'est un peu plus compliqué, dans la mesure où la diversité des causes possibles du coma naturel entraîne de grandes disparités entre les patients:
«On ne peut savoir ce qu’ils et elles vivent, explique-t-il. Mais c’est bien possible, donc le personnel médical réagit exactement de la même façon qu'avec les patients plongés dans des comas artificiels: on leur parle et on veille à ce qu’on dit en leur présence.»