Il est difficile d’imaginer le poids qui pèse sur les familles des victimes de Crans-Montana. Qu’elles soient endeuillées par la perte d’un proche ou qu’elles accompagnent un blessé hospitalisé, toute idée de vie normale leur est aujourd’hui impossible.
Et pourtant, le quotidien autour d’elles continue. Leila Micheloud en témoigne: «Les factures continuent d’arriver dans la boîte aux lettres, par exemple celles de la caisse d’assurance maladie. Je ne peux pas simplement dire 'en ce moment, c’est difficile financièrement'», explique-t-elle depuis son domicile à Réchy, en Valais.
Deux filles à l'hôpital
La catastrophe du 1er janvier a bouleversé la famille Micheloud. Les deux filles aînées ont été grièvement blessées lors de l’incendie du bar Le Constellation.
Farah, âgée de 20 ans, a été particulièrement touchée. Jusqu’à vendredi dernier, elle était hospitalisée à Saint-Gall pour de très graves brûlures. Elle est désormais prise en charge dans une clinique spécialisée à Morges. Sa sœur cadette Meissa est soignée à la clinique Suva de Sion. «Le matin, nous rendons visite à Farah, l’après-midi nous sommes auprès de Meissa, et le soir nous passons du temps avec notre plus jeune fille Naiel», explique Leila Micheloud pour décrire leur quotidien.
Dans ces conditions, elle et son mari ne peuvent pas reprendre le travail. «Nous ne savons pas combien de temps cela va durer», confie la mère.
Beaucoup de dépenses
La prise en charge de leurs enfants a des répercussions directes sur la situation financière de la famille. Les parents continuent certes à percevoir leur salaire, tous deux étant en arrêt maladie, mais ils doivent assumer des frais supplémentaires. «Rien que les coûts de transport sont déjà élevés, et les petites dépenses comme le café ou les repas à la cantine de l’hôpital s’additionnent rapidement», explique Leila Micheloud.
A cela s’ajoutent les frais à venir pour le suivi psychologique de leurs filles. «Ce sera indispensable pour qu’elles puissent surmonter ce qu’elles ont vécu et retrouver confiance en la vie. Elles n’ont pas seulement subi des blessures physiques», souligne la mère de famille.
Le canton veut aider, mais...
Peu après l’incendie, le canton du Valais a annoncé son intention d’apporter un soutien financier aux victimes ou, le cas échéant, à leurs proches. Chaque victime devait recevoir 10’000 francs. Mais un mois après l’incendie du bar Le Constellation, les victimes et leurs familles n’ont toujours pas reçu cet argent. Une situation qui irrite Leila Micheloud. «Nous avons des factures à payer maintenant, pas dans quelques semaines», déplore-t-elle.
Jérôme Favez, chef du Service de l’action sociale du canton du Valais, explique à Blick les raisons de ces retards. «Avant de pouvoir effectuer les paiements, plusieurs contrôles administratifs indispensables ont dû être réalisés. Il a d’abord fallu identifier les victimes et leurs proches qui ne s’étaient pas manifestés spontanément.» Il a ensuite fallu les contacter afin de garantir que les fonds parviennent aux ayants droit légitimes. «Par exemple, dans le cas de mineurs, il a fallu déterminer formellement qui étaient leurs représentants légaux. Pour les personnes décédées, il a fallu établir si elles étaient mariées ou non et, le cas échéant, obtenir des informations sur leurs parents», précise-t-il.
Premiers versements mercredi
Ces démarches ont pris du temps, mais les paiements devraient désormais suivre. Jérôme Favez assure: «A ce jour, 45 dossiers ont été finalisés et peuvent être transmis à l’administration cantonale des finances pour paiement. Les versements devraient être effectués sur les comptes des bénéficiaires d’ici mercredi.»
Pour les autres cas, les autorités espèrent que l’ensemble des bénéficiaires dont les informations ont été reçues percevront les prestations d’ici la fin de la semaine prochaine. «Nous continuons à suivre de près la situation des familles concernées et travaillons sans relâche pour garantir des paiements aussi rapides que possible, avec un minimum de formalités administratives», ajoute Jérôme Favez.
Des plaintes qui se chiffrent en millions
Pour l'avocat des victimes, Sébastien Fanti, cette situation est difficilement acceptable. «45 dossiers en un mois, c'est tout simplement insuffisant», déclare-t-il à Blick, avant d'ajouter: «Il est temps d'aller de l'avant, d'agir rapidement. Et pas seulement sur ce point.»
Selon lui, la question des conséquences financières de l’incendie va prendre une importance croissante dans les semaines et les mois à venir, parallèlement aux enquêtes pénales. «Nous parlons de centaines de millions de francs suisses de dommages et intérêts», affirme-t-il. Une somme que Sébastien Fanti et d’autres avocats spécialisés dans la défense des victimes entendent réclamer pour leurs clients. «Nous espérons que cela pourra se faire rapidement, si possible à l’amiable. Mais nous exploiterons toutes les options, y compris au niveau international», précise-t-il.
Cela pourrait conduire à des actions en justice à l’étranger, notamment contre les exploitants du bar, mais aussi contre la commune de Crans-Montana. Par exemple aux Etats-Unis, où les recours collectifs sont possibles, contrairement à la Suisse. «Nous étudions actuellement ces possibilités», conclut l’avocat.