«Marre des journalistes»
Un mois après le drame, Crans-Montana veut renaître

En deuil depuis le Nouvel An, la station et ses pubs branchés se raniment depuis ce week-end, aidés par la Coupe du Monde de ski. Les journalistes sont boudés dans le centre, et les commémorations se sont succédé à Crans et à Sion, pour ne «jamais oublier».
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Ce samedi 31 janvier, les pubs branchés comme le Zerodix et le Limone ont rouvert dans une ambiance de fête.
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Myret ZakiJournaliste Blick

Ce week-end de fin janvier 2026, 1 mois s’est écoulé depuis le drame du Nouvel An à Crans-Montana. Dans la nuit du samedi, la station retrouve vie. Même si l’on est dans le creux habituel de janvier, une certaine affluence liée à la Coupe du monde de ski se ressent, qui fait presque oublier le calme plat des semaines précédentes. «Bien sûr, en d’autres circonstances, il y aurait eu le double de monde pour cette coupe, nous confie une commerçante de la station, mais on va gentiment de l’avant, bien sûr sans jamais oublier.» 

Messes spéciales à Crans et Sion

Difficile de croire qu’il y a 30 jours, une scène d’horreur s’est déroulée là, en pleine Rue Centrale, lorsqu’un incendie ravageur au bar «Le Constellation» a fauché la vie de 41 jeunes et blessé 115 autres. A l’occasion des 30 jours, des commémorations ont eu lieu samedi soir et dimanche matin à la chapelle de Crans-Montana, près du mémorial, puis l'après-midi à la cathédrale de Sion. 

Présent à la messe du dimanche matin, Jean Murith nous fait part de son émotion et de l’insuffisance de l’aide de la commune aux familles. «10’000 francs ne suffiront surement pas», estime ce philanthrope genevois, qui a auparavant dirigé la Mairie de Cologny (GE) et l’entreprise de Pompes funèbres Murith. Lui-même est en contact avec trois victimes de l’incendie du Constellation. «A travers notre association Educar es Avancar, nous allons aider l’une des victimes, une fois sortie de l’hôpital, à terminer son éducation et à s’insérer dans la vie active», dit-il. Son épouse et lui lèvent actuellement des fonds pour l’association dans ce but.

Overdose médiatique

De leur côté, les commerçants et cafetiers de Crans-Montana refusent presque toujours de nous parler. «On en a marre des journalistes, cela suffit, c’est trop», nous répond la patronne à la caisse d’un kiosque PMU. Un cafetier nous voit arriver et ferme la porte à clé. 

Le mot d’ordre, partout, est de décliner tout commentaire aux médias. Visiblement, les employés du centre de la station ont mal supporté la surexposition liée à la tragédie. Ils insistent sur la nécessité de voir une couverture «positive», désormais. Mais ce week-end encore, pour les 30 jours du drame, nous croisons des journalistes français et italiens postés avec leurs caméras à proximité des mémoriaux et des églises de Crans-Montana. 

Les bars branchés ont rouvert

Reste que les commerçants locaux ont de quoi se réjouir. Car pour la première fois depuis des jours, la station se ranime, et les hôtels et restaurants sont plutôt bien remplis. D’un côté, le souvenir douloureux qui ne s’effacera jamais, de l’autre, l’avenir qui s’éclaircit.

Cette nuit de pleine lune du samedi, il ne reste plus du bar incendié que la charpente et les fenêtres couvertes de bâches. Devant, un petit mémorial où scintillent des bougies, et où des passants, dont des groupes de jeunes, s’arrêtent quelques minutes discrètement.

Mais cette nuit aussi, à 1 minute à pied de là, on entend l’appel de cette musique de DJ enivrante et familière aux habitués des stations de ski branchées et des beach clubs du Sud de la France: cela se passe un peu plus haut, sur la Route des Téléphériques. Là, deux bars branchés, le «Limone», qui vient de rouvrir, et le «Zerodix», qui a ouvert il y a deux semaines, brillent de mille feux. 

La jeunesse est de retour

Bondés, ils affichent une ambiance de fête. Des jeunes en sortent joyeux et titubants. On s’approche de la terrasse ouverte du Zerodix alors que l’air de «Memories» de David Guetta pulse à plein volume. Un agent de sécurité est posté à l’extérieur. «Ça ferme dans 15 minutes. Vous pouvez encore boire un verre.» Au bar, les bières fusent au rythme des platines. La jeunesse est là, qui danse, rit, boit et fume, insouciante. Ce week-end, tout comme la victime de l’incendie Daris Gagic, revenu du coma, évoque au «Nouvelliste» sa «furieuse envie de vivre», la station toute entière a choisi de célébrer de nouveau la vie. 

Même effervescence au «New Pub», autre incontournable de la station, plein à craquer avec ce soir du 31 janvier un groupe de rock qui joue live, dans une ambiance des plus festives. 

Au sous-sol, le bowling et le billard sont aussi fréquentés. Le bar 1900, situé juste en face du «Constellation» et connu pour être un lieu où se sont réfugiées des victimes de l’incendie, ne désemplit pas non plus de touristes étrangers et suisses.

La justice a encore fort à faire

Du côté de l’aire d’arrivée de la piste nationale, de multiples hommages ont été rendus aux victimes du «Constellation» avant le coup d’envoi de la Coupe du monde de ski. «Cette coupe permet d’associer Crans-Montana à autre chose que la tragédie du Nouvel An pour la première fois depuis des jours, nous dit un observateur de la région, mais cela se fait tout en discrétion. Même les sponsors ne s’affichent pas aussi volontiers que d’habitude.»

Au-delà de Crans-Montana, la justice, à Sion, a encore fort à faire. Sur ce volet, la tristesse a parfois laissé la place à la colère. L’enquête du Ministère public valaisan essuie nombre de critiques, en Suisse comme à l’étranger. Encore ce 15 janvier, on apprenait que les images vidéo du Constellation avant le 31 décembre avaient été automatiquement effacées des caméras de la ville, car le parquet n’avait pas pensé à les enregistrer à temps. 

Auparavant, le Ministère public valaisan s’était vu reprocher d’avoir libéré Jacques Moretti, le propriétaire du bar incendié, pour une caution de 200’000 francs, et de ne pas avoir prévu dans les premiers instants de l'enquête des autopsies, des perquisitions, des détentions préventives et des saisies de téléphones portables. 

L’Italie, qui a perdu 6 ressortissants dans la tragédie, a rappelé son ambassadeur en Suisse, et émis la condition, pour son retour, qu’une équipe d’enquête conjointe soit mise sur pied. Quant à la France, qui a perdu 9 ressortissants, une fédération de victimes se bat pour une meilleure coordination entre les deux pays. Si Crans-Montana revit, le regard des familles se porte à présent sur Sion.

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