Rencontre avec Olivier Camille
Du vinaigre dans les veines et le trail au cœur

Olivier Camille a repris les rênes du groupe Reitzel des mains de son oncle en 2022. Un adepte de sport d’endurance, aussi discret que bosseur, qui a accepté de se livrer tout en dévoilant les coulisses de son affaire familiale basée à Aigle (VD).
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Accompagné de son chien Tsuki, Olivier Camille fonce courir dans ses Alpes fribourgeoises dès qu'il le peut.
Photo: Blaise Kormann
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Antoine Hürlimann
L'Illustré

L’été livre ses dernières récoltes lorsque nous pénétrons dans l’enceinte de l’usine Reitzel, à Aigle (VD). Derrière ces vénérables murs, dont les premières fondations remontent à 1909, une odeur acide prend immédiatement le nez. Olivier Camille, surnommé avec tendresse par certains «le roi du cornichon», sourit: «Il coule du vinaigre dans mes veines!»

Ici, le business des pickles se transmet et se développe de génération en génération. Une affaire florissante: 121,6 millions de francs en 2024. Un record. Le Franco-Suisse de 50 ans, au débit rapide, se lance dans un exposé historique tout en prenant la direction d’un lumineux vestiaire. Il y enfile un long bleu de travail et nous enjoint de faire de même. Charlotte sur le crâne et couvre-barbe au menton, sa silhouette élancée ouvre la voie.

Les collaborateurs l'ont vu grandir

Celui qui a repris les rênes de l’entreprise familiale des mains de son oncle, Bernard Poupon, en 2022 salue chaleureusement tous les employés qu’il aperçoit entre deux enjambées sportives. Le tutoiement est de rigueur, à l’instar des petits mots personnels glissés à l’intention de la famille ou des proches des uns ou des autres. «Je connais tout le monde et tout le monde me connaît, souffle-t-il. Je faisais déjà des jobs d’étudiant dans ces hangars. Des collaborateurs en place depuis de nombreuses années m’ont vu grandir.»

Des ouvriers saisonniers et des étudiants ramassent des cornichons dans l'exploitation d'Aurélien Jordan, à Carrouge (VD).
Photo: Blaise Kormann

Après avoir détaillé la large gamme d’aliments mis en bocaux dans ces lieux (notamment des oignons, des câpres, des mini-poivrons perles, des carottes et des champignons), ainsi que les différentes sauces commercialisées (on apprécie particulièrement l’emblématique moutarde et la redoutablement gourmande mayonnaise), Olivier Camille s’installe dans une salle de dégustation.

Il renfile son costume de patron, une chemise blanche immaculée et un chino vert sapin. Avant de humer puis de mettre en bouche de nouvelles associations qui seront peut-être prochainement placées sur les étals: cornichons au gingembre, à la limette, au jalapeño... Les goûts sont francs et donnent envie d’y retourner. On se retient pour ne pas avaler frénétiquement le contenu des pots.

«
Faire voyager tout en continuant d’innover, c’est rester fidèle aux valeurs qui ont fait le succès d’Hugo Reitzel
»

Innover et durer

Depuis peu, la firme qui emploie 627 personnes, dont 124 à Aigle, a aussi lancé sa propre gamme d’olives. «Faire voyager tout en continuant d’innover, c’est rester fidèle aux valeurs qui ont fait le succès d’Hugo Reitzel, s’enthousiasme le dirigeant. Après avoir placé au cœur de notre démarche la traçabilité de nos produits pour être transparents avec le consommateur du champ à l’assiette, nous poursuivons actuellement notre révolution de la durabilité. Nous avons des objectifs très ambitieux et cette philosophie fait pleinement partie de notre ADN.»

Tant qu'il y a de l'eau et du soleil en suffisance, les cornichons poussent extrêmement rapidement.
Photo: Blaise Kormann

De belles intentions. Mais sont-elles compatibles avec la présence du groupe en Inde et au Sri Lanka, pays dont les conditions légales et sociales sont bien inférieures aux normes helvétiques? «Je suis très à l’aise avec cela, rétorque-t-il du tac au tac. Entre 2014 et 2018, j’ai été le responsable de notre développement en Inde. Je vois donc très bien à quoi vous pensez. Laissez-moi toutefois démonter quelques clichés.»

Une première mondiale

Il déroule d’une traite: «Nous avons lancé, en 2017, la première et la seule filière du cornichon Fairtrade au monde. Très concrètement, nous garantissons des prix minimums sur le volume de produits vendus. Cela amène un niveau de sécurité aux petits producteurs ainsi qu’à leurs familles. En outre, 15% du prix de vente des produits est directement reversé aux agriculteurs certifiés. Pour compléter les exigences imposées par ce label, nous promouvons la gouvernance féminine dans les coopératives et défendons l’égalité salariale entre les hommes et les femmes.»

Reitzel a fait de la transparence son maître-mot. Son usine à Aigle (VD) est ouverte au public.
Photo: Blaise Kormann

Quid de l’écologie? «Nous y sommes très sensibles et cela ne date pas d’hier! Sans aucune ambiguïté. Déjà, parce que nous sommes conscients du monde dans lequel nous vivons et de ses limites. Mais aussi parce que, du point de vue de nos intérêts, le réchauffement climatique, qui induit sécheresses et événements météorologiques extrêmes, n’est pas bon du tout pour les plantations.»

Le CEO fait un pas de côté et insiste: «Nous valorisons depuis longtemps les cultivateurs locaux avec notre marque Hugo lancée en 2017 dont la matière première est cultivée en Suisse et qui fait travailler quelque 21 agriculteurs à travers le pays. D’ailleurs, au début des années 2000, avec l’essor de la mondialisation, tout le monde prévoyait notre chute puisque nous avions décidé de persévérer, parallèlement au reste, avec nos produits du terroir. Le temps et les habitudes de consommation actuelles nous ont finalement donné raison.»

Faire vivre la montagne

En plus d’exceller dans l’art de défendre son bifteck, le père de deux grands enfants est un féru de sport d’endurance. Plus particulièrement de trail. Une passion, quasi un trait de personnalité, que nous avons pu constater après un rapide passage dans sa cossue maison aux grandes parois vitrées située dans les Alpes fribourgeoises, afin qu’il récupère son chien, Tsuki, un énergique berger australien de 5 ans. «Quand j’ai terminé ma journée, j’aime aller courir une heure dans la montagne avec lui. C’est un moment très agréable mais surtout un excellent moyen de se vider la tête.»

Plus généralement, le sport joue un rôle essentiel dans le quotidien d’Olivier Camille. «A côté du travail et des fêtes de famille, par exemple à l’occasion de Noël, c’est le vélo qui nous réunissait, mon oncle Bernard et moi. On évoque toujours les bienfaits vérifiés du sport concernant les aspects physiques et mentaux et on oublie parfois que cela permet aussi, simplement, de réunir. C’est vital!»

Faire vivre la région

Créer du lien, mettre en avant sa région et la faire vivre. Trois raisons qui l’ont poussé à participer à la renaissance du trail Les Paccots-La Veveyse, dont les tracés dessinés pour les familles mais aussi pour les compétiteurs les plus sérieux ont attiré des centaines de personnes plus tôt dans l’année. «J’ai rencontré Mike Aigroz, le directeur de l’Office du tourisme de Châtel-Saint-Denis en Veveyse. Il a été vice-champion d’Europe de triathlon en 2012. On a bu une bière et on s’est dit que si on s’alliait, on parviendrait sûrement à monter quelque chose de bien. Le résultat a dépassé nos attentes! Ce sont des débuts prometteurs et nous espérons porter cet événement le plus haut possible.»

Olivier Camille et Mike Aigroz, tous deux passionnés de sport, ont redonné vie au trail Les Paccots-La Veveyse.
Photo: Blaise Kormann

D’autant plus que la manifestation, évidemment sponsorisée par Hugo Reitzel, offre une visibilité toujours bienvenue à la marque. Même si, avec ou sans cette vitrine, la griffe aux étiquettes jaunes et au lettrage noir fait depuis longtemps partie du patrimoine romand.

Un article de «L'illustré» n°49

Cet article a été publié initialement dans le n°49 de «L'illustré», paru en kiosque le 4 décembre 2025.

Cet article a été publié initialement dans le n°49 de «L'illustré», paru en kiosque le 4 décembre 2025.

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