Deux députés quittent son parti
Enquête qui le vise, défections, perquisition: la séquence politique noire de Pierre Maudet

A Genève, Pierre Maudet traverse une séquence difficile, après une rentrée ponctuée d’annonces favorables: le Grand Conseil exige une enquête indépendante sur des recrutements au DSM, deux députés quittent LJS et une affaire de dons fictifs entraîne des perquisitions, sans qu’il soit visé à ce stade.
1/4
Trois ans après son retour fracassant en politique, Pierre Maudet a perdu trois députés au Parlement.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

  • Le Grand Conseil exige une enquête indépendante sur des recrutements contestés au DSM, que Pierre Maudet juge politiques
  • Marc Saudan et Raphaël Dunand quittent LJS pour le PVL, dénonçant un manque de transparence et une organisation trop verticale
  • Des perquisitions visent l’affaire de plus de 20'000 francs de dons fictifs en 2023; Pierre Maudet n’est pas mis en cause à ce stade
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

Montagnes russes émotionnelles pour Pierre Maudet. La rentrée politique avait pourtant bien commencé pour le conseiller d’Etat de Libertés et Justice sociale (LJS), chargé du Département de la santé et des mobilités. Une fois franchi le passage obligé, et toujours délicat, de la présentation du budget – déficitaire, cela va sans dire –, le magistrat s’est présenté trois fois devant la presse en quelques jours, tout sourire, pour vanter des «victoires d’étape» ou les vertus du «pragmatisme collectif». Il a d’abord dévoilé la réorganisation de l’offre en pédopsychiatrie, puis la nouvelle Caisse santé Genève, à quelques jours seulement du couperet des primes. Le verdict des urnes sur les P+R en France est venu ensuite. Il y a vu un «grand soulagement», sans masquer un certain contentement.

Mais voilà que les nuages s’amoncellent autour du petit prince de la République genevoise. D’abord, il y a cette enquête indépendante voulue par le Parlement pour faire la lumière sur des recrutements controversés au sein de son département. Puis, le désaveu suit dans son propre camp, deux députés ayant quitté avec fracas la formation politique fondée par le magistrat. Et puis le coup de massue: mardi, la RTS révélait que la justice genevoise avait ordonné des perquisitions dans le cadre de l’affaire des donateurs fictifs de sa campagne électorale de 2023. Tour d’horizon des nuages et du ciel qui s’assombrit au-dessus de la tête de Pierre Maudet.

Le Parlement veut une enquête indépendante sur le DSM de Maudet

Jeudi 1er octobre, la commission de contrôle de gestion (CCG) a présenté ses travaux en plénière sur une résolution, une motion et un projet de loi. Au cœur de la discorde se trouvaient deux recrutements à l’Office cantonal de la santé (OCS), d'abord, celui du directeur général adjoint, à l’été 2024, puis celui d’une cheffe de secteur.

La résolution réclamait d’abord la suspension des personnes concernées, une demande qui a été écartée. La majorité de la CCG a toutefois pointé des «faiblesses institutionnelles» dans le contrôle des ressources humaines. «Ces procédures soulèvent des questions auxquelles nous n’avons pas eu toutes les réponses», a insisté Patricia Bidaux (Le Centre). François Baertschi (MCG) a dénoncé, lui, l’accumulation de copinage et de dysfonctionnements au sein des départements. Selon lui, les auditions de la commission n’avaient révélé ni passe-droit ni copinage.

Est ensuite venu le tour de Pierre Maudet. «Cette affaire paraît bien impénétrable et est avant tout politique», a-t-il lancé. Il a jugé inacceptable de «mettre une cible dans le dos» de ses collaborateurs, qui n’avaient pas été entendus en «onze séances de commission». «On n’a rien de factuel ce soir», a-t-il tancé, chiffres de l’absentéisme en baisse à l’appui. Rien d’illégal, a-t-il martelé, avant de citer l’humoriste Raymond Devos: «Trois fois rien, ce n’est pas grand-chose, mais c’est quand même quelque chose.» De quoi, selon lui, insinuer le doute.

Le ton est ensuite monté. «Vous êtes des Torquemada de pacotille», a lancé un Pierre Maudet excédé, qui a décoché quelques piques à Jean-Marc Guinchard, député et président du Centre. Il a conclu: «Si vous nous renvoyez (au Conseil d'Etat, ndlr) cette enquête, nous saurons quoi en faire.»

Peine perdue. Par 74 voix contre 8, le Grand Conseil a adopté une résolution exigeant une enquête indépendante sur ces dysfonctionnements dans le recrutement, la gestion interne des ressources humaines et la dégradation du climat de travail au sein du DSM. Une motion a repris ces exigences (72 voix contre 8 et 6 abstentions). Plus contraignante, elle oblige le Conseil d’Etat à répondre dans les six mois.

Deux députés de LJS claquent la porte du parti de Maudet

Sept jours après cette joute verbale au Parlement, nouveau coup de théâtre. Au Café du Grütli, deux députés de LJS, Marc Saudan et Raphaël Dunand, annoncent face à la presse quitter le parti de Pierre Maudet pour rejoindre les Vert’libéraux (PVL). Un désaveu pour le magistrat. Dans la foulée, LJS a dénoncé ces démissions, qui constituent à ses yeux une «trahison» envers ses électeurs. Cette «allégeance à une autre formation politique est la démonstration d’un calcul politique par pure ambition électorale», écrit LJS dans un communiqué.

Pourquoi partir maintenant? Raphaël Dunand explique à Blick que son questionnement remonte à une année déjà. Des «désaccords» sont apparus au sein de LJS sur la stratégie en vue des élections fédérales et des prochaines cantonales de 2028. Mais s’il franchit le pas aujourd’hui, c’est aussi «par honnêteté» envers le PVL et «surtout pour ses valeurs et convictions». Le député dénonce un manque de transparence au sein du comité directeur de LJS: «Des choses se passent, des stratégies sont élaborées», sans qu’il en soit informé. «Très peu de personnes osent contredire Pierre Maudet», regrette-t-il.

«Il faut un arbitre qui fasse les choses pour le bien de la population et non en fonction d’un calendrier politique», lance Raphaël Dunand. Pierre Maudet prend-il trop de place? «Bien sûr. C’est quelqu’un de très brillant, un politicien hors pair. Je ne sais pas si c’est lui qui prend trop de place ou le comité directeur qui n’a pas su prendre son envol. C’est sûrement un mélange des deux. On n’a pas réussi à porter une politique par les députés, et pas seulement par un conseiller d’Etat.» Et le député de conclure: «Je ne me retrouvais plus dans cette verticalité.»

Quoi qu’il en soit, le coup est rude pour la formation de Pierre Maudet. Elle comptait dix députés en début de législature et n’en compte plus que sept. Un autre élu, Djawed Sangdel, avait déjà été exclu du parti.

La justice enquête sur les donateurs fictifs, un suspect a été mis en prévention

Enfin, mardi 13 octobre, l’affaire des dons fictifs prend une tournure pénale. La RTS révèle que la police genevoise, accompagnée de la procureure Elsa Studer, a perquisitionné le 23 septembre le siège d’une fiduciaire ainsi que celui de l’Association de soutien à l’action politique de Pierre Maudet. Ces opérations s’inscrivent dans une enquête pénale portant sur plus de 20'000 francs de dons versés pour la campagne électorale de 2023. Ces dons sont attribués à cinq personnes, qui soit n’existent pas, soit contestent avoir effectué les versements.

Le responsable de la fiduciaire a été mis en prévention pour faux dans les titres. Le président de l’association est, lui, entendu comme personne appelée à donner des renseignements, un statut intermédiaire entre celui de prévenu et celui de témoin. Tous deux bénéficient de la présomption d’innocence. Selon la RTS, Pierre Maudet n’est, à ce stade, pas personnellement mis en cause dans la procédure.

Cette perquisition et ce rebondissement pénal surprennent jusqu’au député, ou plutôt ex-député LJS. Il explique à Blick qu’au sein du parti, on leur assurait que les affaires pénales appartenaient au passé. Raphaël Dunand l’affirme: il n’était pas au courant de cette perquisition, alors même qu’elle a eu lieu lorsqu’il siégeait encore sous les couleurs de LJS. Un nouvel exemple, selon lui, du manque de transparence qu’il reproche à la direction du parti.

Articles les plus lus