Perturbations à Lausanne
Un supporter aurait lancé un engin pyrotechnique sur les voies de train

Le trafic ferroviaire entre Lausanne et Renens est fortement restreint en raison de l'embrasement d'une quarantaine de câbles. Un engin pyrotechnique lancé par un supporter serait à l'origine des dégâts.
1/2
Un engin pyrotechnique lancé par un supporter serait à l'origine des dégâts.
Capture d’écran 2024-09-17 à 11.24.33.png
Ellen De MeesterJournaliste Blick

«Je ne suis pas sûre de pouvoir prendre mon avion, je dois être à l'aéroport pour 11 heures», halète une voyageuse paniquée, un immense sac sur le dos. Il est à peine 9h du matin, mais le défi logistique qui l'attend n'est pas des moindres. Voyant son désarroi devant le panneau-horaire criblé de rouge, une assistante clientèle lui conseille de se rendre sur le quai F, où un bus de remplacement pourra l'emmener à Renens. A condition qu'elle parvienne encore à l'attraper. Elle pique un sprint, son sac dodelinant derrière elle.

Tout le monde court, dans la gare de Lausanne, en ce lundi matin, aube de vacances scolaires. Le trafic ferroviaire est fortement restreint entre Lausanne et Prilly-Malley et le restera en tout cas jusqu'au mardi 17 février. D'après les CFF, l'embrasement d'une quarantaine de câbles, dans la soirée du dimanche 15 février, a causé d'importants dégâts requérant des travaux colossaux et «très complexes». A l'origine de l'incident: un engin pyrotechnique probablement transporté par un supporter après le derby lémanique de Super League de football disputé dimanche après-midi entre le Lausanne-Sport et le Servette FC. 

En effet, aux alentours de 20h45, un pétard a manifestement été lancé par la fenêtre du wagon, quelques secondes après le départ du train spécial dédié aux supporters de football. L'engin, retrouvé sur les lieux des dégâts, aurait atterri sur un passage de câbles, causant un incendie. Une quarantaine de câbles «mères» ont été touchés: «Les services d'urgence sont intervenus très vite pour maîtriser le feu, mais nous avons perdu l'entier du contrôle des installations de sécurité de la gare de Lausanne en direction de Renens, a indiqué David Fattebert, directeur régional des CFF pour la Suisse romande, lors d'un point presse. La priorité a été de rapatrier tous les clients de ce dimanche soir à leur destination. Puis, un état-major de crise s'est mis en place pour planifier le trafic de ce lundi matin.» 

2000 fils à reconnecter

Ces câbles transmettent effectivement des signaux indispensables pour gérer la sécurité, la protection des convois, les aiguillages ou encore la détection de la présence de trains sur un tronçon. Chacun d'entre eux renferme plusieurs dizaines de fils, qu'il faut désormais raccorder à leur fil «frère». Cela équivaut à 1000 fils, donc 2000 reconnexions très délicates et entre 6 à 8 heures de travail pour chaque câble. La sécurité des rares trains pouvant actuellement circuler entre Lausanne et Renens est, pour le moment, assurée «manuellement» par le personnel, ce qui explique leur rareté.

D'ordinaire, ces câbles sont complètement sécurisés sous terre. Or, la gare de Lausanne étant en travaux, les caniveaux avaient été temporairement déplacés et placés sous des coques de protection, censées faire office de bouclier contre les chocs, les intempéries et l'agression des UV. Hélas, leur action s'est avérée insuffisante face aux flammes. La zone impactée n'étant pas accessible aux clients, le risque d'incendie n'avait pas été réellement envisagé.

«Nous ne pouvons émettre de pronostic de rétablissement complet pour le moment, poursuit David Fattebert. On espère pouvoir, le plus rapidement possible, remettre en service des parties d'installations pour augmenter le nombre de trains qui peuvent circuler.» La protection civile du canton de Vaud, alarmée durant la nuit, a été déployée, en plus de la police, pour soutenir les opérations de transports de remplacement. 

La perturbation serait dûe à un acte de «vandalisme» perpétré par un passager d'un train spécial dédié aux supporters de football.
Photo: SBB CFF FFS

Un «acte de vandalisme et d'insconscience»

«L'heure de pointe a bien fonctionné, se réjouit toutefois notre intervenant. Il n'y a pas eu de gros bouchons de clients qui ne trouvaient pas le moyen de continuer leur route.» En effet, des flots de voyageurs zigzaguant entre les voies semblent savoir très clairement où ils doivent aller. En plus des bus (qui circulent au départ de Lausanne direction Renens aux minutes xxh00, xxh15, xxh30 et xxh45 depuis le Quai F devant la gare), des trains de remplacement (un dans chaque direction) partent une fois par heure, afin de sauver les passagers échoués.

Ces trains sont d'ailleurs devenus si précieux qu'il ne faut absolument pas risquer de les manquer: «Il y est peut-être encore, si vous vous dépêchez», se hâte d'indiquer un employé CFF à un couple de touristes souhaitant se rendre à Zurich. Ils foncent, pendant que la voix radiophonique, bien connue des Suisses, s'élève dans la gare et accuse un «acte de vandalisme». 

Une quarantaine de câbles a été touchée, signifiant que 1000 fils doivent être reconnectés des deux côtés.
Photo: SBB CFF FFS

Difficile d'identifier le coupable

«Cela fait longtemps que les CFF alertent sur les comportements totalement inadéquats des supporters dans les transports publics, c'est aussi pour ça qu'on fait des trains spéciaux pour ces groupes-là», indique David Fattebert, déplorant en outre que des jets de bouteilles sur les quais ou la présence d'engins pyrotechniques sont souvent constatés. Il n'est toutefois pas question de supprimer ces trains spéciaux: «Car sinon, les supporters se retrouveraient dans les trains normaux, et ce serait encore pire.»

Un dépôt de plainte est en cours, mais il pourrait s'avérer très difficile d'identifier le coupable: le train concerné transportait environ 750 supporters et il arrive que certains collent des stickers sur les caméras de surveillance, indique David Fattebert. Il s'agissait également d'un des derniers trains en circulation dont les fenêtres peuvent encore être ouvertes par les passagers: «Quand vous transportez des supporters qui ont l'habitude de saccager le matériel, vous ne leur offrez pas le train dernier cri, ajoute le directeur régional des CFF en Suisse romande. Le problème ne vient pas de la fenêtre qui s'ouvre, mais de la personne qui se trouvait derrière cette fenêtre.» D'ici à fin 2026, la totalité des trains transportant des supporters possèdera également des fenêtres verrouillées.

Les CFF donnent tout pour gérer le désordre

Alors que les annonces de retard et de suppressions s'enchaînent, les assistants clientèle ne peuvent répondre à nos questions. D'abord parce qu'ils sont trop occupés à guider les voyageurs, calculant à toute vitesse l'itinéraire qui pourra, au mieux, sauver leur journée. Mais aussi parce qu'ils ne sont pas habilités à s'exprimer auprès de la presse, nous informe l'une d'entre eux. Se déplaçant spontanément vers les personnes paraissant inquiètes et perdues, ils s'évertuent à contenir le désordre régnant dans une gare qui évoque généralement une fourmilière bien ordonnée.

Sur la voie 7, un groupe d'étudiants tente de se rendre en cours, à Renens: «On ne s'inquiète pas trop pour l'instant, affirment-ils. Si le train de remplacement arrive comme prévu, tout ira bien.» Avec 14 minutes de retard, «franchement, ça va encore!». Quelques mètres plus loin, un couple pianote furieusement sur leurs smartphones respectifs, écumant l'application des CFF qui, heureusement, n'a pas craqué face au déferlement de recherches.

La police scientifique s'est rendue sur place dans la matinée. L'enquête devra déterminer si le pétard découvert sur les voies est effectivement à l'origine des dégâts et comment un si petit engin a pu causer une perturbation aussi importante. On peut toutefois espérer que davantage de trains pourront circuler ces prochains jours, au fur et à mesure de l'avancée des travaux de réparation. 

Articles les plus lus