«On veut généraliser ce type d'innovation»
A Renens, cet ex-EMS frappe un grand coup contre la pénurie de logements

L’ex-EMS de l’Oriel, à Renens, s’est mué en terre d’accueil pour les travailleurs victimes de la pénurie de logement. Blick a poussé les portes de ce bâtiment devenu le théâtre d’une expérience inédite. Reportage.
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A Renens, l'ex-EMS de l'Oriel accueille désormais des travailleurs en difficulté de logement.
Photo: Leo Vonlanthen
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Leo VonlanthenJournaliste Blick

Les pommes jonchent le sol et les mauvaises herbes pullulent ce jeudi dans le jardin de l’ancien EMS de l’Oriel, à Renens (VD). «Un locataire était tellement reconnaissant d’avoir été accueilli ici qu’il a proposé de tout défricher, mais il s’est blessé avec un râteau et on s’est dit qu’on allait plutôt faire venir un paysagiste», sourit Christophe Milardi, directeur de l’Association régionale pour l’action sociale dans l’Ouest lausannois (ARASOL).

Depuis le 3 août, le bâtiment, qui avait fermé ses portes en septembre 2025, accueille à nouveau des résidents, mais dans un tout autre registre puisqu’il héberge désormais des personnes en difficulté de logement. «On dispose de 24 chambres à 680 francs par mois, mais pour l’heure onze d’entre elles sont occupées», détaille Christophe Milardi.

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J’aurais pu garder ce bâtiment fermé, mais notre posture est au contraire de rappeler que ce n’est pas acceptable de laisser un tel immeuble inoccupé
Eliane Bovitutti, directrice du pôle santé mentale de la Fondation de l’Orme
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Portée par l’ARASOL et la Fondation de l’Orme, cette initiative inédite vise à répondre à la pénurie de logement dans le district de l’Ouest-Lausannois, où les expulsions ont bondi de 110% en cinq ans. Le projet devrait durer deux ans, avant de céder sa place à un établissement psychosocial médicalisé (EPSM) développé par la Fondation de l’Orme. 

Le casse-tête des «ni-ni»

Depuis plus de 30 ans, la fondation lausannoise poursuit la même mission: s’occuper de personnes dépendantes, isolées, vulnérables ou atteintes de troubles psychiques en leur proposant un accompagnement, des soins et même un hébergement selon leurs besoins. A cet effet, elle a acquis le bâtiment de l’Oriel grâce au soutien du Canton de Vaud, et plus précisément de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS). 

«J’aurais pu garder ce bâtiment fermé, explique Eliane Bovitutti, directrice du pôle santé mentale de la Fondation de l’Orme. Mais notre posture est au contraire de rappeler que ce n’est pas acceptable de laisser un tel immeuble inoccupé.»

A quelques pas du jardin, le vaste espace commun aménagé au rez-de-chaussée paraît étrangement vide. «Tout le monde est au travail», explique Christophe Milardi. Le projet Oriel s’adresse surtout à des personnes actives, aux revenus trop faibles pour accéder à un logement, mais trop élevés pour bénéficier de l’aide sociale. «Jusqu’à présent on n’a jamais trouvé de solution pour ces ‘ni-ni’», déplore Eliane Bovitutti.

L’ancienne cuisine professionnelle de l’EMS illustre bien l’originalité de l’initiative. «On a installé quatre cuisinières pour que les gens puissent se faire à manger, mais l’accès aux anciennes installations a été coupé», précise Christophe Milardi. «Il y a aussi un micro-ondes et un frigo à chaque étage.»

Photo: Leo Vonlanthen

Un bâtiment qui se réinvente

Des étages, le bâtiment en compte cinq: deux pour les hommes, un pour les femmes, et un pour les familles. L’attique est lui exclusivement réservé aux travailleurs sociaux. Au premier, la sortie d’ascenseur donne sur un petit hall avec une table de salle à manger et un coin détente, éclairé par une verrière en forme de dôme.

Photo: Leo Vonlanthen

Plus loin, une machine à laver jouxte la grande salle de bain partagée. «C’est toujours une configuration d’EMS», sourit Christophe Milardi. La douche est entièrement dégagée et les toilettes adaptées aux fauteuils roulants. Les chambres se succèdent tout le long du couloir et sont indiquées par un numéro. «Il a fallu installer une serrure sur chacune d’entre elles.» Mais encore faut-il avoir la clé. «Mince», soupire Christophe Milardi. Une collaboratrice accourt pour l’aider.

Photo: Leo Vonlanthen

Magalie Mendes Furtado est travailleuse sociale à l’Oriel. «Si jamais le monsieur qui doit faire l’état des lieux va arriver, il est à la Poste», glisse-t-elle à Christophe Milardi, tout en ouvrant la porte de l’une des chambres.

Loyer modéré, durée limitée

La pièce est spacieuse et bien éclairée. En plus d’un balcon privé, elle accueille deux lits d’EMS, chacun accolé à une armoire, et un petit écran de télévision. «De base, ils devaient enlever le circuit électrique des lits, mais finalement ils l’ont juste débranché», fait remarquer Magalie Mendes Furtado. En règle générale, chaque ménage dispose d’une chambre. «Mais certaines familles au quatrième disposent de deux chambres connectées», précise Christophe Milardi.

Si le loyer ne dépasse pas les 680 francs, c’est uniquement grâce à l’aide financière du Canton de Vaud. «Ils nous demandent pas d’intérêts hypothécaires, on a donc calculé les charges d’entretien, de chauffage et d’électricité pour déterminer le prix de la chambre», explique Christophe Milardi.

Pour autant, l’opportunité offerte aux locataires n’a rien d’un blanc-seing. «Dès qu’une personne arrive ici, elle signe une convention et s’engage à être proactive dans sa recherche de logement. On est uniquement dans du logement transitoire d’urgence.» Le bail est fixé à six mois, même s’il peut être renouvelé sous certaines conditions. «Une personne va déjà partir le 15 septembre», ajoute Magalie Mendes Furtado.

Vers un modèle de réussite?

Les deux collaborateurs se dirigent vers la coursive extérieure. «Chaque personne accède à son étage par cette porte, pour éviter qu’il y ait trop de croisements», explique la travailleuse sociale. Plus bas, le jardin n’a rien perdu de son désordre. Des cris d’enfants jaillissent d’une école voisine. «L’Oriel accueille aussi quelques enfants, indique Christophe Milardi. Ceux que j’ai vus ont entre 10 et 12 ans et ils sont scolarisés dans le district.»

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On veut encourager d'autres propriétaires d’immeubles inoccupés à aller dans la même direction, car deux ans c’est court et la pénurie de logement va perdurer d’ici là
Christophe Milardi, directeur de l'AROSOL
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Jusqu’à présent, le projet n’a reçu que des retours positifs de ses bénéficiaires. «Ça a été une sacrée expérience et un sacré challenge», sourit Christophe Milardi. L’occasion pour lui de faire passer un message: «On veut encourager d'autres propriétaires d’immeubles inoccupés à aller dans la même direction, car deux ans c’est court et la pénurie de logement va perdurer d’ici là.»

Eliane Bovitutti va même plus loin: «Mon souhait c’est vraiment de faire de l’Oriel un modèle de réussite. J’ai envie de généraliser et de faire passer ce type d’innovation sociale à l’échelle cantonale. Le fait qu’on ait créé ce projet avec l’ARASOL, c’est un vrai moteur. Et je suis une utopiste.» Etymologiquement, l’utopie désigne un lieu qui n’existe pas. Mais l’Oriel vient peut-être d’en poser les fondations.

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