Le géant veveysan se défend
«Nous sommes profondément touchés par la situation des familles»: Nestlé répond aux accusations d'un livre choc

Dans son ouvrage «La face cachée de l'empire Nestlé», le journaliste français Alexandre Duyck analyse divers scandales ayant ébranlé l'entreprise. Nous avons accueilli la réponse du géant veveysan aux accusations formulées dans l'enquête.
Cet été, l'entreprise Nestlé a célébré son 160e anniversaire, à Vevey.
Photo: Keystone

En bref

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  • Le journaliste Alexandre Duyck publie «La face cachée de l'empire Nestlé», une enquête sur les scandales récents du géant veveysan, dont le rappel de laits infantiles en 2026 et les conditions dans une plantation d'huile de palme en Indonésie. Il affirme avoir rencontré des obstacles pour obtenir des réponses de l'entreprise.
  • Nestlé rejette les critiques, affirmant avoir toujours agi de manière transparente et en priorité pour la sécurité alimentaire. La multinationale réfute les accusations de lenteur dans sa gestion de la contamination par la bactérie céréulide dans les laits infantiles, soulignant que Nestlé a procédé à des analyses pointues pour identifier précisément le problème dans les lots impactés.
  • Lors du scandale des laits infantiles, Nestlé a analysé plus de 400 échantillons entre le 23 décembre 2025 et le 5 janvier 2026. La société affirme avoir effectué un second rappel volontaire dès l'identification précise des lots contaminés et que aucun cas de maladie n’a été confirmé à ce jour.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

A la fin du mois d'août, Alexandre Duyck révélait au monde le résultat de trois années d'enquête acharnées, entre la France et la Suisse. Dans «La face cachée de l'empire Nestlé», le journaliste et romancier français revient sur les scandales majeurs ayant ébranlé le géant veveysan, du rappel massif des laits infantiles en 2026 aux eaux minérales contaminées, en passant par la bactérie E.coli dans les pizzas Buitoni. 

L'auteur raconte par ailleurs un voyage dans une plantation indonésienne d'huile de palme auprès de laquelle se fournit, entre autres, Nestlé, et détaille les conditions de travail déplorables qu'y subissent les employés. «Profondément marqué» par ce reportage, il admet ne plus jamais manger d'huile de palme, tout en soulignant que son objectif n'est pas d'appeler au boycott, mais d'apporter des «informations vérifiées aux personnes qui souhaitent en savoir plus quand aux produits qu'elles consomment». 

En parallèle de l'interview d'Alexandre Duyck, nous avons demandé la réaction à Nestlé à cet l'ouvrage paru aux éditions Nouveau Monde. Comment l'entreprise a-t-elle accueilli l'enquête, sachant que son auteur l'avait prévenue et sollicitée (à grand peine, dit-il) avant la publication?

«Nestlé est une entreprise ouverte»

«Ce livre traite de plusieurs sujets largement couverts ces dernières années, que nous avons toujours pris sérieux et sur lesquels nous nous sommes régulièrement exprimés de façon ouverte, avec des positions publiques et bien documentées, répond une porte-parole de Nestlé France. Bien que les sujets traités ne soient pas nouveaux, nous estimons que sur de nombreux points l’ouvrage ne reflète pas la réalité de nos activités, de nos actions sur le terrain, et de nos avancées au fil des années.» 

Evoquant la «face cachée» de l'entreprise, Alexandre Duyck décrit une certaine loi du silence, une «politique pas de vague» et raconte avoir «peiné à obtenir les réponses» qu'il souhaitait inclure dans l'ouvrage, après plusieurs mails restés sans réponse. Faux, selon Nestlé: «Contrairement à ce que laisse entendre le titre du livre, notre entreprise est une entreprise ouverte, affirme notre interlocutrice. Ayant été contactés au stade final de l’ouvrage, nous avons d’ailleurs proposé d’échanger avec l’auteur dans l’objectif de répondre à ses interrogations. Cette proposition n’ayant pas été retenue, nous avons apporté une réponse aux questions reçues par écrit.» 

La porte-parole estime par ailleurs que «la culture d’entreprise décrite dans l’ouvrage, basée essentiellement sur des témoignages anonymes isolées, ne reflète pas à la réalité vécue par nos collaborateurs.»

«Profondément touchés par la situation des familles»

A noter que l'enquête d'Alexandre Duyck s'ouvre sur le scandale des laits infantiles, intensément médiatisé au début de l'année 2026. Pour rappel, plusieurs lots appartenant à diverses entreprises (dont Nestlé) avaient été rappelés en masse, dans plusieurs pays européens, après la découverte de céréulide, une bactérie potentiellement dangereuse pour la santé des enfants. 

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Notre priorité a été d'identifier l'origine de la contamination, de retirer les produits concernés du marché, de coopérer pleinement avec les autorités sanitaires et de répondre aux questions des familles et de nos clients
Une porte-parole de Nestlé France
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Le journaliste français estime en effet que Nestlé a «beaucoup trop tardé à alerter les autorités des pays commercialisant ces produits, pour essayer de régler le problème en interne». Et que, «pendant tout ce temps perdu, des millions de bébé buvaient du lait potentiellement contaminé». 

A propos de ce scandale, la porte-parole de Nestlé France tient à éclaircir certains points: «Nous sommes profondément touchés par les situations vécues par les familles concernées et nous comprenons pleinement leur inquiétude, condède-t-elle. Tout au long de cet évènement, notre priorité a été d'identifier l'origine de la contamination, de retirer les produits concernés du marché, de coopérer pleinement avec les autorités sanitaires et de répondre aux questions des familles et de nos clients.» 

Aucun cas confirmé de maladie n'a été rapporté

D'après notre interlocutrice, Nestlé a «immédiatement bloqué les produits concernés, arrêté la production et lancé des investigations approfondies» dès la détection de traces de céréulide, fin novembre, lors d'un autocontrôle. «Un premier rappel volontaire a d'ailleurs été réalisé dès le 10 décembre 2025, avant même que l'origine précise de la contamination soit confirmée», pointe-t-elle. Nestlé rappelle aussi qu'à ce jour, aucun cas médicalement confirmé de maladie lié à la consommation de ses laits infantiles n’est avéré. 

Mais alors pourquoi avoir tant tardé, à alerter les pays concernés pour procéder à un rappel plus massif, dès la découverte du problème? «Entre le 23 décembre et le 5 janvier, Nestlé a réalisé un nombre très important de contrôles, impliquant plus de 400 échantillons et couvrant l’ensemble des lots d’huile ARA fournis et les mélanges associés, ainsi qu’un travail de traçabilité exhaustif, afin d’identifier avec précision les produits concernés, répond la porte-parole. Ce travail rigoureux a permis d'identifier les lots impactés de façon complète pour procéder à un deuxième rappel volontaire le 5 janvier 2026, tout en informant les autorités compétentes et les consommateurs de façon fiable. Nous avons agi à chaque étape sur la base d'informations vérifiées et consolidées, conformément aux procédures applicables en matière de sécurité alimentaire et de rappel de produits.»

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Nos systèmes de contrôle nous ont permis de détecter la contamination à la céréulide avant qu'elle ne soit identifiée par d'autres acteurs du secteur
Une porte-parole de Nestlé France
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Ainsi que le souligne notre interlocutrice, la présence de céréulide dans l’huile ARA n’avait jamais été référencée dans le secteur. «Nos systèmes de contrôle nous ont permis de détecter la contamination avant qu'elle ne soit identifiée par d'autres acteurs du secteur. Cette expérience souligne l'importance de continuer à faire évoluer collectivement les dispositifs de sécurité alimentaire au rythme des connaissances scientifiques.» 

Pourquoi des bons d'achat après l'achat de pizzas contaminées?

Dans son ouvrage, Alexandre Duyck détaille également des scandales un peu moins récents, dont le cas des pizzas Buitoni contaminées à la bactérie E.coli, en 2022. «Je dirais que Nestlé est très mauvaise dans la communication immédiate, après un scandale, a-t-il observé. Je pense notamment au bon d'achat de vingt euros qu'un couple de français a reçu en 'dédommagement', après avoir signalé que leur enfant était tombé malade d’avoir mangé une pizza Buitoni. Je pense que Nestlé a vraiment fait tout ce qu'il ne faut pas faire, sur ce coup-là.» 

La porte-parole de Nestlé France explique, en réaction, que les remboursements proposés concernaient exclusivement les produits faisant l'objet d'une mesure de rappel et visaient à rembourser les achats effectués par les consommateurs concernés. «Il s'agissait d'un dispositif habituel de gestion d'un rappel produit, mis en œuvre de manière transparente et conformément aux informations publiées sur les fiches RappelConso.» 

Pour elle, «ces remboursements ne constituent ni une indemnisation ni une appréciation de la situation personnelle des consommateurs concernés qui relèvent d’un autre type de procédure. Ils avaient pour seul objectif de permettre aux familles de récupérer le montant des produits rappelés.» 

Des exigences et une vigilance élevées

Revenant sur le scandale des laits infantiles, notre intervenante explique que Nestlé a rapidement renforcé son service consommateurs, afin «d'accompagner individuellement» les familles ayant sollicité l'entreprise avec des inquiétudes concernant la santé de leurs enfants. Le géant veveysan dit avoir «répondu le plus précisément à leurs questions ou leur inquiétude», avant d'adapter les modalités de remboursement, lorsque cela était demandé. 

«Nous appliquons des exigences élevées en matière de qualité de nos produits et de vigilance sur nos chaînes d’approvisionnement, conclut la porte-parole. Et nous veillons à remettre régulièrement nos pratiques à l'épreuve des attentes et des enjeux émergents.»

En ce qui concerne l'approvisionnement en huile de palme et la lutte contre le travail des enfants, Nestlé invite les consommateurs intéressés à visiter des pages dédiées de son site officiel.

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