Le rapport de la Cour des comptes sur Leysin n’a pas seulement embarrassé la Municipalité de la station vaudoise. Il a aussi mis en lumière une faille plus large dans le dispositif des soutiens économiques: l’absence, au Service de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI), d’une procédure formalisée pour vérifier systématiquement la gestion des conflits d’intérêts par les bénéficiaires de soutiens. On rappelle que 7,58 millions de francs avaient été engagés en deux ans avec des garde-fous jugés trop faibles sur les conflits d’intérêts des différents acteurs de la station.
L’'exécutif communal n’est guère loquace. Il nous fait savoir qu’il ne souhaite pas aller au-delà du rapport: le secrétaire municipal se borne à répéter que «l’ensemble des réponses» se trouve dans l’«examen succinct» et qu’il n’y a «aucun élément nouveau à ajouter». Ni le syndic de Leysin Jean-Marc Udriot, ni le président du conseil d’administration des remontées mécaniques de TLML SA n’ont répondu aux sollicitations de Blick.
Des questions sans réponse
Au premier, nous demandions: «La Cour écrit que le syndic 'aurait dû se récuser dans tous les dossiers' liés à TLML SA. Contestez-vous cette appréciation? Si oui, sur quelle base (juridique/pratique) précise?» Au second: «TLML SA a-t-elle demandé, à un moment ou à un autre, une récusation formelle du syndic sur des dossiers impliquant la société?»
Ironiquement, Jean-Marc Udriot n’a pas répondu des pratiques de Jean-Marc Udriot. Et inversement. Rappelons pour le surplus qu’en page 12, le fameux rapport note que «le syndic est l’ex-directeur de TLML SA et en préside le conseil d’administration depuis 2022. A date d’audit, il détenait des actions de la société.» Le même Jean-Marc Udriot siège également au comité de Chablais Région.
Un dispositif renforcé
Interrogé par Blick, Raphaël Conz, chef du SPEI en charge des soutiens cantonaux, précise qu'«au moment de l’examen, le SPEI ne disposait pas d’une procédure formalisée pour vérifier systématiquement la gestion des conflits d’intérêts», tout en relevant que la Cour n’a constaté «aucune malversation ni intention frauduleuse». Le service cantonal dit avoir décidé de renforcer son dispositif de surveillance, une démarche «saluée» par la Cour dans ses conclusions.
Pourquoi ce contrôle n’était-il pas formalisé? Le SPEI explique que la prévention reposait jusqu’ici «sur le cadre conventionnel avec les organismes régionaux» et «sur les obligations légales incombant aux bénéficiaires». Mais «l’évolution des attentes en matière de gouvernance» a conduit la Cour des comptes à demander un cadre «plus explicite» et davantage traçable.
Concrètement, le SPEI annonce trois mesures: un formulaire d’engagement standardisé qui contient désormais des engagements sur le respect du droit des marchés publics, et exigé «de manière systématique et à chaque demande de soutien financier», des directives aux organismes régionaux sur les processus attendus, et une sensibilisation interne pour renforcer la cohérence et la traçabilité des contrôles. Le calendrier est déjà lancé: «janvier 2026 marque une première étape» avec l’introduction du formulaire. La formalisation complète doit se poursuivre en 2026, dans un horizon annoncé de douze mois.
Un système «insuffisant»
Du côté des organismes régionaux, Chablais Région — qui instruit et préavise des demandes — défend son dispositif antérieur. L’association affirme qu’un système d’abstention lors des votes existait déjà et que, pour les dossiers leysenouds, «le syndic s’est abstenu et n’a pas pris part au vote». La Cour des comptes a toutefois jugé cette couverture «insuffisante» et demandé une procédure formelle (statuts, organisation, registre des intérêts). Via Corinne Ingold, sa vice-présidente dit accepter la recommandation et viser une mise en œuvre d’ici au 30 juin 2026.
Reste à savoir si les nouvelles exigences cantonales suffiront-elles à éviter, à l’avenir, ces situations où l’on ne reproche pas une fraude… mais où l’apparence de favoritisme suffit à fissurer la confiance.