«On veut me salir et me détruire»
Le navigateur Alain Thébault réclame 50 millions à Tamedia

L'entrepreneur et concepteur de l'hydroptère le plus rapide du monde demande réparation à l’éditeur du «Matin Dimanche». En cause: un article paru en 2024 dans l'hebdomadaire, jugé attentatoire à sa personnalité, qui le priverait d'investisseurs pour sa startup Fly-Box.
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Le litige financier entre Thierry Lombard et Alain Thébault (en photo) est raconté dans l'article litigieux du Matin Dimanche.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • Alain Thébault réclame 50 millions de francs à Tamedia et à l'un de ses journalistes pour un article publié en 2024, qu'il juge préjudiciable. Une requête de conciliation a été déposée ce 28 avril, étape qui précède l'action civile.
  • L'article en question, publié dans «Le Matin Dimanche», dépeint le navigateur comme un «escroc» selon lui, et a été relayé par d'autres médias du même groupe. Il estime que l'article a gravement affecté son image et ses levées de fonds, causant des pertes se chiffrant en dizaines de millions de francs.
  • L'article, plusieurs fois dépublié et republié depuis 2024 suite à des décisions judiciaires, est actuellement en ligne. Tamedia affirme ne pas avoir encore été informé de la nouvelle requête mais souligne avoir eu gain de cause jusqu'ici.
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Myret ZakiJournaliste Blick

Pas moins de 50 millions de francs: c'est la somme réclamée par le navigateur Alain Thébault à l'éditeur de journaux Tamedia et à l'un de ses journalistes romands, en réparation d'un article litigieux, a appris Blick. Une requête de conciliation a été déposée à cette fin le 28 avril. Cette procédure est en effet obligatoire avant l’action civile, selon le Code de procédure civile suisse, afin de laisser une chance à un accord à l'amiable avant de saisir les tribunaux.

A l'origine, un conflit avec le sponsor

La requête réclame le retrait immédiat de l'article litigieux des sites internet et des réseaux sociaux de Tamedia, y compris de ses archives. Elle demande en outre que Tamedia et l'auteur de l'article soient condamnés solidairement à verser 50 millions de francs à Alain Thébault «au titre de réparation pour le dommage économique subi», en plus de 50’000 francs «pour le tort moral subi».

La renommée d'Alain Thébault s'est bâtie grâce à sa création d’un modèle d’hydroptère avec lequel il a battu le record de vitesse absolu à la voile en 2009. Après la sortie de son livre «Pilote d’un rêve» en 2005, l'inventeur comptait un admirateur de poids: le banquier genevois Thierry Lombard, ex-associé de la banque privée Lombard Odier. Celui-ci le contacte la même année et lui propose un soutien financier. Pour les 5 ans qui suivront, Alain Thébault et sa société Hydroptère seront financés par Thierry Lombard à hauteur de 10 millions de francs. Mais depuis 2010, cette somme est à l’origine d'un âpre litige entre les deux hommes. C'est cette mésentente qui sera à la racine des conflits juridiques qui suivront.

Impact négatif sur les levées de fonds

Ce litige est en effet raconté dans l'article du «Matin Dimanche» par lequel Alain Thébault s’estime fortement lésé. Paru le 15 septembre 2024, l'article le «dépeint comme un escroc», selon les termes de la requête de conciliation, qu'a pu consulter Blick. Intitulé «Une star de la voile vend du rêve et grille des fortunes», l’article était promu en Une sous le titre: «Le navigateur star Alain Thébault a englouti les millions de ses investisseurs.» Il a été relayé par «La Tribune de Genève» et le «Tages Anzeiger», autres titres de Tamedia.

Contacté, Alain Thébault, qui conteste vigoureusement ce récit, estime que son image et sa réputation ont subi un tort considérable lié à cet article, qui a «fait pleurer Erna», son épouse, comme il se plaît à le répéter. L'entrepreneur, qui a fondé en 2023 la startup Fly-Box, indique être déjà négativement affecté au plan de ses contacts avec les investisseurs et de ses levées de fonds. «A ce jour déjà, la perte d'investissements se chiffre en dizaines de millions, prétéritant le projet lui-même et d'autres, valorisés bien au-delà», est-il rapporté dans la requête.

«Sur Google, c'est une catastrophe»

Alain Thébault témoigne: «Quand on tape mon nom sur Google, c’est une catastrophe. Alors que je cherche à lever des fonds pour cette startup, je m'estime victime d’une logique de destruction de ma réputation et de ma famille».

Les avocats genevois d’Alain Thébault, Nicola Meier et Simine Sheybani, ont déposé la requête auprès de la Chambre patrimoniale cantonale, qui est l’instance compétente pour les réclamations civiles dépassant 100’000 francs. Tamedia devrait recevoir le document ces prochains jours.

Contacté, le service de communication de Tamedia nous répond: «A l'heure actuelle, nous n'avons pas été officiellement informés que M. Thébault a déposé une nouvelle requête auprès de la justice. Quoi qu'il en soit, la justice s'est jusqu'à présent prononcée en notre faveur dans cette affaire.»

Tamedia avait eu gain de cause

Publié une première fois le 15 septembre 2024, l'article avait été dépublié à la suite de mesures provisionnelles le 27 septembre, puis republié après le rejet des mesures le 8 décembre; puis dépublié une seconde fois car il manquait les motivations du jugement; puis republié après les motivations; et enfin dépublié une troisième fois suite au recours au Tribunal cantonal, et enfin republié il y a un an, et toujours en ligne aujourd’hui.

Pour Alain Thébault, ce n’est là que la première étape de sa contre-attaque. Dans les semaines à venir, celle-ci doit se poursuivre en France, où l’entrepreneur compte déposer une plainte pénale pour «harcèlement moral aggravé» contre huit personnes, dont deux journalistes de l'hebdomadaire «Le Point».

Il évoque «des harceleurs coalisés organisés autour d’un (ou une) corbeau genevois(e) dont le but était clairement de me salir, je dirai même de me détruire, de me tuer, moi ma famille et ma start up Fly-Box».

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