En survolant l'Afghanistan
La guerre en Iran force Swiss a suivre quotidiennement des trajectoires risquées

Depuis le début de la guerre, certains corridors aériens sont totalement fermés aux vols européens en direction de l'Asie. Pour les contourner, plusieurs compagnies aériennes, dont Swiss, doivent choisir d'autres itinéraires, s'exposant à des risques importants.
En raison de la fermeture de certains corridors aériens, 11 vols Swiss survolent chaque jour des régions dangereuses.
Photo: Keystone
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Si vous avez embarqué pour Bangkok, durant vos vacances de Pâques, sachez que votre trajectoire s'est probablement assimilée à un véritable zig-zag stratégique, esquissé par des compagnies aériennes en plein stress. La guerre en Iran a effectivement bloqué de nombreux corridors aériens du Moyen-Orient, souvent utilisés pour des vols touristiques, alors que ceux-ci étaient déjà incommodés par la guerre russo-ukrainienne. 

Pour atteindre de nombreuses destinations en Asie, dont l'Inde et la Thaïlande, les compagnies européennes doivent donc composer avec deux possibilités, note «Le Temps»: elles peuvent emprunter la route du sud, en passant par la péninsule Arabique, ou alors choisir le corridor du nord, qui survole la Turquie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, le Turkménistan, l'Afghanistan et le Pakistan. Ainsi que le rapportait le «Tages Anzeiger», 11 vols de la compagnie Swiss, en provenance de Mumbai ou de Bangkok, survolent donc chaque jour l'Afghanisatan. Régi par les talibans depuis 2021, ce pays ne bénéficie actuellement d'aucun contrôle aérien, livrant les vols touristiques à eux-mêmes. 

Armes sol-air et frappes à la frontière avec le Pakistan

En cas d'un atterrissage d'urgence ou d'un problème survenant en cours de vol, les équipages devraient également se débrouiller quasiment tout seuls pour assurer la sécurité de leurs passagers. Autre crainte: l'utilisation possible d'armes sol-air visant les avions volant trop bas, ou encore les frappes qui se poursuivent à la frontière avec le Pakistan. Fin février, ce dernier déclarait une «guerre ouverte» aux autorités talibanes, rappelle «The Guardian».

Un défi conséquent mais «gérable»

«La situation dans l'espace aérien afghan a profondément changé depuis le retrait des forces américaines en août 2021, explique le pilote de ligne Michael Petry, membre d'un groupe de travail sur la sécurité auprès de l'association allemande Le Cockpit, sur le site officiel de l'organisation. La FIR («Flight information region») de Kaboul est désormais un espace aérien dans lequel les contrôles conventionnels ne sont plus en vigueur. Seuls les vols à destination des aéroports afghans bénéficient d'un contrôle aérien, mais même celui-ci reste très limité.» Des plans d'urgence ont été mis en oeuvre par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), afin d'assurer la sécurité de ces vols.

D'après le pilote, ce trajet constitue un défi particulier, bien que les équipages soient totalement formés pour le relever: «De ce point de vue, le défi est gérable, rassure-t-il, via le site de l'association Le Cockpit. D'autre part, la combinaison d'une forte densité de trafic, d'infrastructures limitées et d'une situation sécuritaire potentiellement tendue constitue une contrainte supplémentaire importante.» 

Interrogée par le «Tages Anzeiger», la compagnie Swiss affirme que ces procédures font partie de la formation régulière de ses pilotes, habitués à cette trajectoire. 

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