A Genève, le passé judiciaire du futur visage du numérique cantonal interroge. Une situation qui pousse le Département des institutions et du numérique (DIN), dirigé par la conseillère d’Etat socialiste Carole-Anne Kast, à se murer dans un quasi-silence, relève le journaliste indépendant Thibaud Mabut, qui partage ses enquêtes sur ses réseaux. Une attitude qui étonne d’autant plus que le département avait annoncé cette nomination à grand renfort de communiqué de presse.
Le nouveau délégué au numérique, qui prendra officiellement ses fonctions le 1er septembre, a été condamné pour des faits s'apparentant à du cyberharcèlement. L’affaire remonte à 2012 et 2013, après sa rupture avec son ancienne compagne. Selon les décisions de justice, l’homme lui avait envoyé des centaines de messages, passé des dizaines d’appels et proféré plusieurs menaces, notamment celle d’utiliser son réseau pour lui nuire professionnellement.
En 2018, le Tribunal fédéral confirme notamment sa condamnation pour dommages à la propriété, injures, menaces qualifiées et contrainte. Il écope de six mois de prison, auxquels s’ajoutent douze mois avec sursis. Depuis, l’homme a purgé sa peine et terminé son délai d’épreuve. Sa condamnation ne figure plus sur son extrait ordinaire du casier judiciaire. Comme toute personne ayant purgé sa peine, il a droit à la réinsertion professionnelle. Ce n’est donc pas ce principe qui est remis en cause, mais le choix effectué par le Canton. En effet, ce futur employé sera le visage de la politique publique en matière de numérique.
Genève était au courant
Le DIN confirme à Thibaud Mabut qu’il connaissait la condamnation avant l’engagement. Le candidat lui-même aurait évoqué son passé judiciaire pendant le processus de recrutement. Le département affirme avoir examiné les éléments pertinents et rappelle qu’une personne condamnée doit pouvoir poursuivre son parcours professionnel une fois sa peine purgée.
Mais plusieurs questions restent sans réponse. L’offre d’emploi exigeait notamment un master ou un cursus jugé équivalent, ainsi que plusieurs années d’expérience à haut niveau dans le secteur public. Selon les informations recueillies par notre confrère, le futur délégué ne possède pas de master et n’a pas d’expérience dans le secteur public. Avant sa nomination, il travaillait comme journaliste spécialisé dans les questions cyber. Mais alors pourquoi son profil a-t-il malgré tout été préféré aux autres candidatures? Le Canton ne le précise pas.
Un poste où l'éthique compte
La nature de la condamnation interpelle également au regard de ses futures responsabilités. Le nouveau délégué devra notamment incarner la politique numérique du canton et la représenter auprès de la population et de ses partenaires. Le passé de celui qui a harcelé son ex de centaines de messages et d'appels, et menacé de nuire à sa réputation professionnelle, soulève forcément des questions pour un poste où la confiance, l’usage responsable du numérique et l’éthique occupent une place centrale.
Thibaud Mabut a demandé au département comment ce passé avait été pris en compte et comment il évaluait le risque pour l’image du canton. Là encore, pas de réponse. Le choix est d’autant plus sensible que le DIN est également chargé de la sécurité et que le gouvernement genevois s’engage dans la lutte contre les violences domestiques et la protection des victimes.
Le principal intéressé ne veut pas s’exprimer
Le futur délégué a accepté de rencontrer le journaliste indépendant genevois et de répondre à ses questions. Mais il n’a pas autorisé la publication de ses explications. Il invoque sa vie privée et son droit à l’oubli.
A Genève, contrairement au canton de Vaud, il n’existe pas de directive aussi précise sur la prise en compte des antécédents judiciaires lors des recrutements dans l’administration. Le département n’a pas non plus souhaité détailler les vérifications effectuées dans ce cas précis.