Genève, ville la plus congestionnée de Suisse
Douze ans après, le MCG s'oppose toujours et encore aux P+R en France

Après un refus en 2014, les Genevois sont une nouvelle fois appelé aux urnes pour financer des parkings P+R en France. Blick s'est demandé ce qui a changé en douze ans.
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Le MCG, parti anti-frontaliers, est le seul à s’opposer à cet objet de votation.
Photo: Toan Izaguirre

En bref

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  • En mai 2014, les Genevois ont refusé à 51% de financer des parkings relais en France, bloquant un projet de 3,1 millions de francs pour 831 places. En 2026, ils doivent voter sur un nouveau crédit de 39,5 millions de francs pour des parkings transfrontaliers, dans le cadre d'accords bilatéraux conclus en 2025.
  • Le refus de 2014 aurait coûté 2 millions de francs par an à cause des bouchons, de la pollution et des problèmes de santé publique. En réponse, le Conseil d’Etat promet des résultats rapides et une meilleure gestion des coûts.
  • Chaque jour, Genève enregistre 650'000 passages frontaliers et 5h30 de bouchons quotidiens. Le projet actuel, soutenu par presque toute la classe politique, doit être réalisé dans un délai imposé de trois ans par la Confédération.
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

C'était un dimanche de mai 2014. Les Genevois refusaient dans les urnes de financer des parkings relais (P+R) en France. Un résultat qui constituait «une déception et un échec pour la région à tous points de vue», commentait alors le libéral-radical (PLR) François Longchamp, président du Conseil d'Etat.

Douze ans plus tard, avec 5h30 de bouchons quotidiens et 650'000 passages à la frontière chaque jour, le canton est appelé à se prononcer une nouvelle fois, le 27 septembre, sur la construction de parkings en France. Blick a mis ces deux votations en perspective, par les discours et par les chiffres.

Les Genevois balaient l’idée de P+R en France

Au lendemain du scrutin de 2014, où le peuple genevois avait rejeté à 51% des voix le cofinancement de P+R en France voisine – 3,1 millions de francs pour 831 places de stationnement –, la presse titrait: «Courte victoire du MCG, large défaite pour le Grand Genève». C'était en réalité la première grande victoire du Mouvement citoyen genevois (MCG), créé neuf ans plus tôt, en 2005. Le parti l’emportait en votation populaire face au Conseil d’Etat et à tous les autres partis, avec le seul appui de l’Union démocratique du centre (UDC). Les journaux s'agitaient sur l’avenir des projets transfrontaliers et critiquaient vivement le boulevard laissé au MCG par l’Exécutif. Le canton, quant à lui, s'était inquiété du vent glacial que le résultat de ce scrutin ferait souffler sur les relations transfrontalières.

En chiffres: les différences entre les projets de 2014 et de 2026

En 2026: Le coût total des projets s'élève à 182,7 millions de francs, dont 39,5 millions financés par Genève, 44,7 millions par la Confédération et 98,5 millions par la France.

  • Bus à haut niveau de service entre le CERN et Saint-Genis-Pouilly, reconfiguration du carrefour Porte-de-France et aménagement du pôle d’échange multimodal Porte-de-France, incluant un parc-relais de 700 places
  • Tram de Ferney-Voltaire et Parc-Relais du Bisou de 500 places
  • Priorisation des transports publics sur l’axe RD1005 entre Thonon-les-Bains et Genève

  • Doublement de capacité du parc-relais de la gare de Machilly (270 places)

  • Bus à haut niveau de service entre Annemasse et Bonne (Centre Hospitalier Alpes Léman) et réalisation d’un parc-relais de grande capacité (400 places) à Nangy

  • Réaménagement du Boulevard urbain Neydens – Saint-Julien-en-Genevois

  • Parc-relais de grande capacité (400 places) de Saint-Martin-de-Bellevue à proximité de l’échangeur A41-A410 (commune de Fillière)

En 2014: La loi ouvrait un crédit de 3'129'406 francs, au titre de subvention d’investissement, afin de participer au financement de la construction, en France, de cinq parking relais (P+R). Le projet visait la création de 831 places de stationnement. Ce crédit couvrait 46,7% de l’investissement, le reste devait être assumé par la France.

• Le P+R de Veigy avec 114 places
• Deux P+R d'Annemasse Agglo avec 500 places
• Un P+RSaint-Julien-en-Genevois avec 150 places
• Le P+R de Valleiry avec 67 places

En 2026: Le coût total des projets s'élève à 182,7 millions de francs, dont 39,5 millions financés par Genève, 44,7 millions par la Confédération et 98,5 millions par la France.

  • Bus à haut niveau de service entre le CERN et Saint-Genis-Pouilly, reconfiguration du carrefour Porte-de-France et aménagement du pôle d’échange multimodal Porte-de-France, incluant un parc-relais de 700 places
  • Tram de Ferney-Voltaire et Parc-Relais du Bisou de 500 places
  • Priorisation des transports publics sur l’axe RD1005 entre Thonon-les-Bains et Genève

  • Doublement de capacité du parc-relais de la gare de Machilly (270 places)

  • Bus à haut niveau de service entre Annemasse et Bonne (Centre Hospitalier Alpes Léman) et réalisation d’un parc-relais de grande capacité (400 places) à Nangy

  • Réaménagement du Boulevard urbain Neydens – Saint-Julien-en-Genevois

  • Parc-relais de grande capacité (400 places) de Saint-Martin-de-Bellevue à proximité de l’échangeur A41-A410 (commune de Fillière)

En 2014: La loi ouvrait un crédit de 3'129'406 francs, au titre de subvention d’investissement, afin de participer au financement de la construction, en France, de cinq parking relais (P+R). Le projet visait la création de 831 places de stationnement. Ce crédit couvrait 46,7% de l’investissement, le reste devait être assumé par la France.

• Le P+R de Veigy avec 114 places
• Deux P+R d'Annemasse Agglo avec 500 places
• Un P+RSaint-Julien-en-Genevois avec 150 places
• Le P+R de Valleiry avec 67 places

Mais voilà, en 2026, de l'eau a coulé sous les ponts et le scénario qui se profile est tout autre. Les Genevois vont se prononcer sur le projet de loi 13725, qui porte sur un crédit d'investissement de 39,5 millions de francs, destiné à financer des P+R en France, pour quelque 1'500 places, un bus à haut niveau de service ou encore l'extension du tram jusqu'à Ferney. Ce projet est le fruit d'une série d'accords visant à améliorer les infrastructures de mobilité du bassin lémanique, scellés en grande cérémonie en novembre 2025 par le canton et différents acteurs français.

7 millions par an, le «coût de l’inaction»

Face à la presse, Pierre Maudet, désormais ministre des mobilités pour son parti Libertés et justice sociale, a défendu le «oui» avec, en substance, ce message: «Investir en amont pour désengorger Genève». «Les faits sont têtus», a-t-il récemment lancé. Comprenez: le refus de 2014 a aggravé la situation, et les bouchons sont là. L’Exécutif a brandi un savant calcul: ce refus coûterait aujourd’hui quelque 2 millions de francs par an. Pour parvenir à ce chiffre, le gouvernement additionne les coûts de la congestion du trafic (165 millions par an) et les externalités liées au transport individuel motorisé: pollution de l’air, problèmes de santé publique, accidents. Pire encore, glisse son collègue écologiste Nicolas Walder, serait le «coût de l’inaction», devisé à 7 millions de francs par an.

Cette fois, pour convaincre les Genevois, Pierre Maudet se veut rassurant. Le projet est bien ficelé, le risque lié au taux de change est assumé par la France, les factures sont contrôlées et le canton ne paie qu'au fur et à mesure de l'avancement des travaux. Il promet enfin des résultats rapides: la Confédération impose une réalisation des projets dans un délai de trois ans.

Derrière le gouvernement, dans le camp du oui, on retrouve la quasi-totalité de la classe politique et les milieux économiques. Fait assez rare pour être souligné, le TCS et actif-trafiC font front commun. Face à cette alliance plutôt éclectique figure seul l'infatigable MCG qui, contrairement à 2014, a perdu le soutien de l'UDC. Cette fois, le parti laisse la liberté de vote.

Pour le MCG, un «mépris» de la volonté populaire

«On ne nous prendrait pas un peu pour les dindons de la farce?», se questionne le MCG. Le parti joue les trouble-fêtes et dénonce un «mépris» de la volonté populaire. Pour Mauro Poggia, conseiller aux Etats et membre du gouvernement genevois lors de la précédente votation sur le sujet, il faut nuancer. 

«
Il faut sans doute une jachère démocratique avant de revenir sur un sujet, mais douze ans plus tard ce n'est pas abusif
Mauro Poggia, conseiller aux Etats MCG
»

L’homme, souvent décrit comme la vitrine courtoise et policée du MCG, se distancie du «mépris» dénoncé par son parti: «Il faut sans doute une jachère démocratique avant de revenir sur un sujet, mais douze ans plus tard ce n'est pas abusif», déclare-t-il à Blick. Il tient néanmoins à réaffirmer sa position: «Comme en 2014, le constat reste le même: il faut faire des P+R, et bien d'avantage encore sur France, mais c’est la question du financement qui pose problème». 

«Un aveu de faiblesse» de l'Exécutif

Pour le politicien, «Genève n’a pas à verser de l’argent à la France pour ces projets alors que nous versons déjà 411 millions par année au titre de la Compensation financière genevoise (ndlr: Le canton de Genève reverse chaque année à la France 3,5% de la masse salariale brute des frontaliers)». Mauro Poggia déplore également le message que le Conseil d'Etat tente, selon lui, de faire passer: «Si on ne paie pas, les autorités françaises ne le feront pas». C’est une «capitulation politique, un aveu de faiblesse, sinon de lâcheté», martèle l’élu. Le projet de loi promet de supprimer 15'000 passages de véhicules par jours aux frontières. «C'est totalement irréaliste», tonne le sénateur.

D'autres projets de mobilité du Grand Genève connaîtront pour leur part des années de retard avant de voir le jour, à l'instar de l'extension du tram 15 vers Saint-Julien. Quelles seront les conséquences si les Genevois refusent de passer à la caisse pour contrer les bouchons? Questionné à ce sujet, Pierre Maudet rétorque: «Pas de plan B et surtout pas de solution magique.» La cité de Calvin ne serait ainsi pas près de perdre son titre de ville la plus congestionnée de Suisse. Le MCG pourra-t-il créer la surprise et prendre l'Exécutif à revers sur un thème qui est son cheval de bataille? Réponse le 27 septembre.

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