Une proposition choc
Un politicien veut démanteler la Ville de Genève et rayer 33 communes de la carte

Le PLR Bryan Lo Giudice veut réduire les 45 communes genevoises à une douzaine et démanteler la Ville de Genève en entités de quartier. Le MCG François Baertschi s’y oppose et défend l’intercommunalité au nom de la démocratie de proximité.
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Le canton de Genève compte au total 45 communes.
Photo: Shutterstock
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Solène MonneyJournaliste Blick

Les finances genevoises n’en finissent plus de surprendre. Annoncé avec un déficit de 255 millions pour 2025, le canton boucle finalement l’exercice sur un léger excédent de 50 millions, comme l’a confirmé Nathalie Fontanet au «Temps». De quoi clore le débat? Loin de là: le budget 2026, plombé par un déficit de 740 millions, a été rejeté par le Grand Conseil. Une nouvelle copie du Conseil d'Etat est attendue fin mars.

Dans ce climat de rigueur annoncée, une proposition radicale surgit. Bryan Lo Giudice, membre du comité directeur du PLR de Troinex, plaide pour une réduction drastique des 45 communes genevoises, ramenées entre sept à quinze entités. Il va plus loin encore: la Ville de Genève devrait, selon lui, être purement démantelée.

A la clé, promet-il, plusieurs centaines de millions d’économies et une administration plus efficace mutualisant les ressources. Un calcul fondé sur ses propres projections et qui ne repose, à ce stade, sur aucune étude indépendante publiée. Une vision vivement contestée par François Baertschi, président du Mouvement Citoyen Genevois (MCG) et député au Grand Conseil, qui dénonce une attaque frontale contre la démocratie communale et appelle à des alternatives moins radicales.

Les petites communes visées

Pour Bryan Lo Giudice, le problème est structurel: un canton de moins de 550’000 habitants sur 282 km2 ne devrait pas compter 45 communes. A ses yeux, ce morcellement n’est plus adapté et engendre des coûts élevés liés au fonctionnement des Conseils municipaux et des exécutifs. «On ne peut pas bien gérer un canton avec autant de communes», affirme-t-il.

Sa réponse est claire: «fusionner plusieurs communes entre elles, notamment en périphérie, selon leurs affinités géographiques et fonctionnelles». Il plaide pour une mutualisation accrue des ressources afin de permettre aux petites communes de porter des projets plus ambitieux. «Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de la réflexion et regrouper ces communes suburbaines?»

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La Ville de Genève impose sa loi et sa vision au canton
Bryan Lo Giudice, politicien genevois PLR
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L’objectif? Créer des entités d’environ 25’000 habitants, à l’image de Carouge, qu’il considère comme un modèle. Une taille, selon lui, suffisante pour réaliser des économies d’échelle tout en restant proche des citoyens. A la clé, il avance un chiffre: 555 millions d’économies sur une législature. Des montants qui pourraient, dit-il, être réinvestis dans la santé ou la sécurité. «Tout ce qui part dans le fonctionnement de l’Etat ne revient pas aux citoyens.»

Genève, le mastodonte qui écrase tout

Comment arrive-t-il à ce demi-milliard d’économies? Bryan Lo Giudice évoque une projection basée sur un canton ramené à 12 communes. Cela impliquerait la suppression de 33 exécutifs et Conseils municipaux, une réduction de postes administratifs et, à terme, la vente de bâtiments communaux. Un chantier institutionnel et politique d’ampleur, qui nécessiterait plusieurs révisions légales et probablement une votation populaire.

Mais son projet ne s’arrête pas aux petites communes. Le PLR de Troinex vise aussi la plus grande entité du canton: la Ville de Genève, forte de plus de 200’000 habitants, soit près de la moitié de la population cantonale. «Il y a un mastodonte et puis tout le reste, ce qui crée un déséquilibre. La Ville de Genève impose sa loi et sa vision au canton», avance-t-il.

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Le fond du problème, ce sont les décideurs pleurnichards qui se lamentent plus qu’ils n’agissent
François Baertschi, président du MCG
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Sa proposition? Démanteler la commune et revenir à des mairies de quartier comme Plainpalais, les Eaux-Vives ou les Pâquis. Des entités qu’il juge déjà identifiées par les habitants. «Ces structures offriraient une gouvernance plus fine et plus proche.» Cette idée n’est d'ailleurs pas nouvelle. En 1999 déjà, le canton de Genève avait envisagé une intégration de la Ville avec la création de plusieurs communes fondées sur ses quartiers. Portée à l’époque par le socialiste Laurent Moutinot, alors conseiller d’Etat, la proposition avait suscité de vifs débats, sans jamais aboutir.

Trop facile?

S’il partage le diagnostic d’un déséquilibre avec la Ville de Genève entre «un géant et des nains», François Baertschi ne suit pas Bryan Lo Giudice sur la méthode. Le président du MCG défend l’intercommunalité plutôt que la fusion. A ses yeux, la proposition du PLR relève de la «voie de la simplicité» et de la «propagande politique». «Le fond du problème, ce sont les décideurs pleurnichards qui se lamentent plus qu’ils n’agissent», lance-t-il.

Pour lui, fusionner serait un «constat d’échec» des magistrats communaux incapables de réaliser des économies avec les outils existants et de venir avec des propositions sur leur propre gestion. Il rappelle que le droit actuel permet déjà de mutualiser de nombreux services via des structures intercommunales.

Il cite en exemple CoHerAn, qui regroupe Corsier, Hermance et Anières pour mutualiser les moyens techniques et les ressources humaines pour la voirie et les parcs. «Ils ont réuni une bonne partie de leurs services communaux afin d'offrir des prestations de qualité au meilleur coût.»

Un éloignement de la politique

François Baertschi concède que certaines «micro-communes» puissent voir dans la fusion une solution pragmatique. Il relève aussi que, dans quelques cas, des conseillers administratifs «sont payés comme des ministres, pour ne pas dire comme des princes».

Mais au-delà du coût d’un tel chantier, l’élu redoute surtout un effet démocratique inverse à celui recherché. «Les gens votent déjà peu. Si l’organe politique s’éloigne encore davantage, cela creusera le fossé entre les habitants et les décideurs», prévient-il. Selon lui, une centralisation accrue risquerait d’affaiblir la participation plutôt que de la renforcer.

Pas pour tout de suite

Bryan Lo Giudice ne recule pas. Il admet que le sujet est sensible et qu’il bouscule des équilibres profondément ancrés. Les fusions ne se feront pas du jour au lendemain, reconnaît-il, mais l’essentiel est d’ouvrir le débat.

«C’est un mouvement. S’il faut 30 ans, on prendra 30 ans. Il faut une progression vers la fusion», affirme-t-il, convaincu que la réforme devra s’inscrire dans le temps long. Au fond, la question dépasse les économies promises et les affrontements partisans. Elle interroge l’équilibre entre efficacité administrative et proximité démocratique. Le débat ne fait que commencer.

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