Panique à bord du vol Malaga-Genève
«Il crachait du sang et le matériel médical à bord était cassé»

A bord d’un vol Easyjet reliant Malaga à Genève en mars dernier, le docteur T.*, médecin vaudois, a dû intervenir pour aider un passager en difficulté médicale. Interpellé par l’état du matériel, il l’a signalé à la compagnie, sans succès.
Un incident a eu lieu à bord du vol Malaga-Genève en mars dernier.
Photo: Sven Thomann

En bref

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  • En mars 2026, un médecin lausannois a dû intervenir lors d’un vol EasyJet entre Malaga et Genève pour secourir un passager en détresse. Il a dénoncé un matériel médical à bord qu’il juge «défectueux et peu pratique», rendant impossible l’administration d’oxygène ou des examens nécessaires.
  • Le médecin a critiqué un stéthoscope inutilisable, une bouteille d’oxygène non fonctionnelle et une liste de médicaments illisible. EasyJet a depuis remplacé ou réparé le matériel défectueux.
  • EasyJet affirme que ses équipements médicaux respectent les normes réglementaires et sont vérifiés avant chaque vol par le personnel de bord. La compagnie a confirmé avoir corrigé les anomalies signalées après cet incident.
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Camille BertholetTeam Lead Vidéo & Social Media Production

«Il y avait du sang partout, tout le monde était sous le choc.» Lorsqu’il décrit la scène à laquelle il a été confronté en mars dernier à bord d’un avion Easyjet reliant Malaga à Genève, le docteur T.* ne décolère pas. Ce médecin généraliste, qui pratique à Lausanne, a dû porter secours à un autre passager en détresse ce printemps.

Plein de bonne volonté, il s’est alors retrouvé face à un matériel médical qu’il juge «défectueux et peu pratique». Peu après le vol, il a contacté la compagnie pour exposer la situation, dans des e-mails détaillés que nous avons pu consulter. EasyJet n’a pas souhaité donner suite à ses recommandations.

20h30, début des problèmes

Mais revenons un peu en arrière. Il est 20h30 et l’avion a décollé depuis à peine une demi-heure, le 21 mars dernier, lorsqu’un appel est passé au micro de l’appareil, appelant tout passager au bénéfice d’une expertise médicale à porter secours à un homme en détresse. «Il avait fait un malaise et toussait du sang, c’était une situation impressionnante, se rappelle le docteur. Les autres passagers et les hôtesses étaient choqués.»

Seuls médecins à bord, lui-même et son fils portent immédiatement secours, mais font une découverte glaçante: «Le matériel médical n’était pas en bon état. Le stéthoscope était inutilisable car il manquait l’embout en caoutchouc.» Lorsque le médecin demande de l’oxygène à administrer au passager, même constat: «La bouteille d’oxygène affichait une pression pleine sur le manomètre (ndlr: instrument servant à mesurer la pression), mais aucun débit d’oxygène ne pouvait être délivré. Le masque fourni était un masque à oxygène standard pour passager, et non un dispositif médical d’administration d’oxygène.»

Résultat, les examens cardiovasculaires et respiratoires n’ont pas pu être réalisés et aucune administration d’oxygène n’a été délivrée. «Pourtant, l’oxygénothérapie est souvent essentielle dans de nombreuses situations d’urgence, notamment en cas de convulsions, de détresse respiratoire, de douleur thoracique, de syncope ou d’hypoxie», déplore le docteur T.

Une liste de matériel médical illisible

Autre point problématique soulevé par le praticien: la liste des médicaments disponibles dans le kit médical. «Elle était imprimée en caractères extrêmement petits, très dense et difficile à lire dans les conditions d’éclairage de la cabine. Dans une situation d’urgence, ce format n’est pas adapté à une consultation rapide. On a dû chercher directement dans le kit médical pour localiser les médicaments, ce qui a entraîné une perte de temps inutile.»

Heureusement pour le patient impromptu, une des personnes l’accompagnant à bord avait avec elle le médicament nécessaire, qui a pu être administré par les deux médecins. Il a peu après repris connaissance, et l’avion a atterri d’urgence à Alicante pour lui permettre de recevoir les soins appropriés.

Un personnel de bord satisfait

Inquiété par les constats faits à bord, le docteur T. tient tout de même à saluer l’organisation et la coopération du personnel de bord. Nous avons contacté le Syndicat du personnel des services publics (SSP) Trafic Aérien, le syndicat qui représente notamment le cabin crew d’Easyjet. Parmi nos interlocuteurs, du personnel de bord qui vole avec la compagnie depuis plusieurs années défend son employeur: «On a parfois ce feedback de la part de certains médecins qui ne savent pas utiliser le matériel qui peut être un peu ancien. Des contrôles sont effectués par la maintenance, donc les ingénieurs, qui doivent contrôler toutes les dates du matériel, même les médicaments.»

Concernant le stéthoscope et l’oxygène défectueux, ils nuancent: «L'oxygène vide, c'est impossible parce qu'on a six bouteilles et on les contrôle systématiquement. Ça serait très étonnant. Et avoir un stéthoscope n’est même pas requis dans la loi, donc c’est un effort supplémentaire que la compagnie fournit. En théorie, on pourrait même décoller sans.» Pas de grosse frustration du côté des membres du syndicat donc, qui en profitent pour passer un message à l’unisson: «On est formés pour essayer de stabiliser un maximum la situation, mais on n'est pas médecins. Les passagers ont tendance à l’oublier.»

Easyjet remplace le matériel

Contactée, la compagnie EasyJet a confirmé l’incident à bord et a premièrement affirmé ne pas trouver trace de cet incident ou de quelconques échanges avec le médecin. Après plusieurs relances, nous avons finalement obtenu la réponse suivante: «Dans ce cas, il a été constaté qu’un embout du stéthoscope était manquant. Celui-ci a ensuite été retrouvé et remis en place. La bouteille d’oxygène a également été remplacée après utilisation, conformément à la procédure.»

La compagnie précise que «les équipements médicaux à bord d’EasyJet, comme les trousses de premiers secours, sont examinés et approuvés par le médecin-conseil de la compagnie pour une utilisation en vol, conformément aux exigences réglementaires.»

Easyjet rappelle également le devoir de vérification du cabin crew: «Les membres de l’équipage de cabine effectuent des contrôles de sécurité et de vérification des équipements avant chaque vol, conformément à nos procédures opérationnelles. Ces contrôles comprennent la vérification de la présence et du bon état de fonctionnement de tous les équipements médicaux requis.»

*Nom connu de la rédaction

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