Dans les coulisses du journal télévisé
Valentin Emery: «J’ai toujours rêvé de présenter le 19h30»

Nouveau visage du week-end, le Genevois de 37 ans est tombé dans la marmite de l’actu dès l’enfance. Attiré par le petit écran, il a déjà une solide expérience derrière lui. Rencontre dans l’intimité d’un jeune homme passionné, rigoureux et souriant.
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A 37 ans, Valentin Emery devient le présentateur des journaux du week-end sur la RTS.
Photo: Karine Bauzin

En bref

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  • Valentin Emery, 37 ans, devient le présentateur des journaux du week-end sur la RTS. Le journaliste, originaire de la campagne genevoise, vit à Tannay (VD) avec sa femme et ses deux enfants, tout en conciliant carrière et vie de famille.
  • Son parcours a été marqué par une enfance au contact du handicap via sa sœur autiste, et par l'influence de son grand-père Claude Torracinta, figure emblématique du journalisme suisse.
  • Valentin Emery insiste sur l'importance de la rigueur journalistique face aux fake news et à la rapidité des réseaux sociaux, tout en valorisant un style personnel mêlant bienveillance et espièglerie dans son approche.
Didier Dana
Didier Dana
L'Illustré

Avec Lea Job, sa femme, journaliste comme lui mais à La Télé Vaud-Fribourg, Valentin Emery, le nouveau visage de l’info du week-end sur la RTS, a trouvé refuge en Terre Sainte. Ils vivent à Tannay (VD) avec leurs deux garçons. Mattia, 2 ans et demi, pousse son jouet à roulettes et Andrea, 1 an, nous fixe d’un regard curieux. La sauce bolognaise mijote. Pour le père de famille, c’est le calme avant la tempête et l’accomplissement d’un rêve: après Léman Bleu, la chaîne locale genevoise, et Forum sur RTS Première, il accède à ce poste qui le faisait déjà rêver enfant.

Valentin Emery, comment vous organisez-vous avec Lea, votre épouse, également journaliste?
Nous avons toujours voulu, avant même d’être parents, avoir une charge égale dans le ménage. Nous travaillons à 80% et la famille reste notre priorité. Lorsqu’on m’a proposé de reprendre les journaux du week-end sur la RTS, j’ai dit: «C’est un rêve d’enfance, mais je ne le ferai qu’à la condition que j’arrive à trouver un équilibre familial.» J’en ai parlé à ma femme, à mes parents et à mes beaux-parents, afin que nous puissions nous organiser. Lea est journaliste à La Télé Vaud-Fribourg et rédactrice en chef de la rédaction vaudoise. Nous nous sommes rencontrés à Léman Bleu.

A la maison, vous parlez du métier?
Nos deux enfants et nos amis nous permettent d’éviter de vivre en vase clos. Quand on exerce notre métier, on se doit de connaître ce qui se passe autour de nous et d’être avec des gens hors sérail. Lorsque j’étais en rubrique politique à Berne, je disais souvent qu’avant une votation, ma meilleure source, c’était d’être avec des gens de tout âge et de toute provenance, comme ceux que je côtoie au sein des pompiers. J’ai des amis agriculteurs et, lorsqu’on échange, j’ai leur ressenti quotidien. C’est là qu’on prend le mieux le pouls.

Un rêve d'enfant

Votre enfance s’est passée dans la campagne genevoise, à Sézegnin.
J’ai eu une enfance très heureuse. La campagne genevoise est magnifique. On jouait devant la maison, totalement libres. Il y avait des vignes, on fabriquait des cabanes. Lorsque nous devions rentrer, nos parents nous appelaient par la fenêtre.

Vous êtes le dernier d’une fratrie de trois.
Delphine, l’aînée, a sept ans de plus que moi et mon frère Clément, cinq. Avec la particularité que ma sœur est autiste.

Qu’est-ce que cela vous a apporté?
Delphine a une déficience intellectuelle. Elle vit désormais dans un foyer, à la Fondation Aigues-Vertes à Bernex (GE). Cela m’a apporté beaucoup de choses et d’abord à respecter la différence. J’avais 6 ou 7 ans quand elle a commencé à être préadolescente. Cela m’a aussi appris à ne pas prêter attention au regard des autres. Quand nous allions faire les courses, il arrivait qu’elle fasse des crises. Les gens pouvaient avoir un regard dur, parce qu’ils ne comprenaient pas. Ils pouvaient en avoir peur.

Valentin Emery en vacances en Corse en 1998, avec ses parents, sa soeur Delphine et son frère Clément.
Photo: Collection personnelle

Cela vous affectait?
Quand on est petit, on se dit: «C’est ma sœur, que craignent-ils?» Avec elle, j’ai appris à relativiser. Dans le monde du handicap, il y a une sincérité. Elle s’exprime spontanément. Au mariage de mon frère, Delphine avait fait un discours en concluant: «C’est super, à refaire, frère!» (Sourire.) Ce n’est pas ce qu’on dit le jour d’un mariage... Une fois, à Noël, alors qu’elle distribuait ses cadeaux, elle m’a dit: «Désolé, je n’avais plus d’argent, donc tu n’as pas de cadeau.» Ce côté sans filtre fait du bien. Je suis admiratif de mes parents, la façon dont ils se sont occupés d’elle et continuent à le faire. Elle nous appelle plusieurs fois par jour et laisse des messages vocaux. J’adore aller la voir.

On connaît votre maman, Anne Emery-Torracinta, ancienne conseillère d’Etat. Mais qui est Pascal Emery, votre père?
Il a été enseignant, comme ma mère, avant de devenir directeur du Collège et école de commerce Emilie-Gourd. Il a démissionné à 58 ans, lorsque ma mère a été chargée de l’Instruction publique, et il s’est investi dans une ONG – Zédaga – active au Bénin pour la formation des enseignants. Je suis vraiment admiratif de son engagement.

Vous êtes tombé dans la marmite de l’actu. Votre grand-père, Claude Torracinta, figure du journalisme, a créé Temps présent.
J’ai toujours été fasciné par la télévision. Tout petit, je regardais le TJ. Cela me passionnait, cela parlait de nous et du monde. Cela animait aussi nos conversations en famille. On parlait beaucoup d’actualité à table. J’avais un réel intérêt pour l’info, ce qui n’est pas le lot de tous les enfants. Depuis l’âge de 6 ou 7 ans, c’est le seul métier que j’envisageais. Evidemment, mon grand-père a joué un rôle.

«
Claude Torracinta me disait qu'il avait vécu l'âge d'or du journalisme
»

Comment était-il?
En vacances, dans les Landes ou en Corse, il emportait toujours sa petite radio. Peu importe où nous étions, il écoutait les nouvelles et il allait acheter Le Monde. J’étais admiratif et j’ai dû inconsciemment vouloir reproduire le modèle. Il incarnait la figure familiale à laquelle nous étions tous attachés. Quand il prenait la parole, on l’écoutait. Beaucoup de gens m’ont parlé de son autorité, de sa rigueur. Or, c’était le grand-père le plus cool qu’on puisse imaginer. A l’heure de l’apéro des adultes, il jouait avec nous. Sa gentillesse et sa générosité ont aussi participé à mon admiration. J’ai passé des heures à l’écouter jusqu’à son dernier souffle. Sa façon de raconter m’a inspiré.

Quoi par exemple?
Il me disait qu’il avait vécu l’âge d’or du journalisme. Il disposait alors de moyens et de temps. On ne connaissait pas la course à l’audience, l’immédiateté d’aujourd’hui, inhérente aux réseaux sociaux et à la multiplication des médias. Il m’a raconté cette liberté qu’il avait connue. Il se souvenait d’une interview à Paris avec Jean-Paul Sartre, organisée par Simone de Beauvoir. Elle lui disait: «Venez à l’appartement, les clés sont sous le paillasson. Il aura peut-être du retard.» Sartre arrivait deux heures plus tard. Mon grand-père était seul chez lui, à l’attendre. Il me racontait ses repas à l’Elysée avec François Mitterrand, tel un roi. Il me disait aussi la force de la télévision et de Temps présent. Quand son équipe abordait un thème comme l’homosexualité, personne n’en avait parlé avant. Aujourd’hui, on parle de tout, partout. Quand ils détenaient une info, ils étaient tranquilles: «Elle ne va pas sortir ailleurs.» A l’époque, lors du montage, on découpait les bandes aux ciseaux. Tout cela a changé.

Valentin Emery, assis sur les genoux de Claude Torracinta, son grand-père
Photo: Collection personnelle

La technologie mise à part, les fondamentaux sont immuables.
Dans notre monde, le métier de journaliste est un rocher auquel on va s’agripper. D’où l’importance d’avoir un service public et des médias de presse écrite solides, dans tout ce bruit qui nous assaille à longueur de journée. Des fake news, des informations plus ou moins utiles ou importantes. La force du journalisme, c’est la rigueur et se dire: «Qu’est-ce qui est important?» J’aime le 19h30 pour ça. C’est un rendez-vous: «Voilà ce qui s’est passé d’important selon nous en Suisse et dans le monde.» Dans ce sens-là, je pense que le métier n’a pas changé.

Trop jeune pour le poste?

Etre dans la lumière, cela vous attirait?
Je n’ai jamais voulu être une vedette, mais j’aimais raconter les choses et discuter. Au club de ping-pong, à 10 ans, l’entraîneur m’avait surnommé Radio Suisse romande (rires). Je parlais beaucoup. J’ai toujours eu la passion du partage.

En 2007, le téléjournal a été au cœur de votre travail de maturité.
Le titre était «Le 19h30 dans un paysage audiovisuel en mutation». J’étais allé suivre pendant deux jours l’équipe du TJ, présenté par Esther Mamarbachi. Le 19h30 se construit avec un début, un milieu et une fin. Ce que je questionnais, c’était: «Comment opère-t-on ces choix?» Je disais déjà, dans mon avant-propos, qu’un jour j’aimerais présenter ce rendez-vous. Et dans la conclusion, je disais que cette expérience m’avait convaincu malgré quelques critiques, comme l’ordre des sujets, le lien entre eux. Je questionnais le fait que le paysage audiovisuel était en mutation et la place qu’internet prenait dans nos vies. Je me demandais si le 19h30 allait pouvoir garder cette rigueur.

«
Je suis à la fois espiègle, taquin, mais bienveillant
»

Vous avez 37 ans, or vous ne les faites pas du tout.
Quand j’étais plus jeune, j’avais envie de me vieillir. Pour l’instant, je suis content de ne pas faire trop vieux.

Votre côté juvénile, est-ce que les invités essaient d’en faire un avantage?
J’ai reçu des gens qui ont pu me prendre de haut. Mieux vaut être pris de haut car ils tombent aussi de haut selon les questions qu’on leur pose. Très vite, l’invité se rend compte que vous maîtrisez le dossier. La politique me passionne depuis toujours. En Suisse, il y a une forme de respect. J’ai eu parfois, à Léman Bleu, des stars françaises, des gens du monde de la musique ou du cinéma qui pouvaient être condescendants. Des ministres français étaient contents de la façon dont on les écoutait sans pour autant leur dérouler le tapis rouge. Finalement, ce qui importe, c’est que ce moment soit intéressant.

A quoi va ressembler le style Valentin Emery?
Je pense qu’un présentateur doit être lui-même et ne pas jouer un rôle. Après, être soi, c’est quoi? Je suis à la fois espiègle, taquin, mais bienveillant.

Qu’est-ce que vous a appris, à vous journaliste, la position de votre maman, qui a pu connaître des difficultés en politique?
Deux choses. La première: j’ai toujours fait très attention que cela n’ait aucune influence sur mon travail au quotidien. Je suis très attentif à peser chaque mot, à travailler en toute impartialité. Cela m’a aussi appris que derrière une personnalité publique il y a une personne. Ma mère, comme n’importe quel ministre, a choisi sa fonction. Quand quelqu’un est dans la tourmente, sans remettre en question les raisons, il ne faut jamais oublier qu’il y a une personne et qu’elle peut aussi avoir des émotions. Il est inutile de tirer sur l’ambulance, ce qui n’empêche pas de poser les questions qui fâchent.

Le 19h30 est un poste exposé. Comment éviter le piège de l’étiquette?
C’est difficile. Parfois, les gens vous regardent avec leurs lunettes. Un jour, à Forum, pour la même interview, j’ai reçu un mail disant que j’étais pro-palestinien et un autre dans lequel on me reprochait d’être pro-israélien. Le 19h30 est un poste très exposé; chaque mot compte. On peut faire des erreurs et il est important de les reconnaître. C’est ce qui nous différencie aussi de Facebook, Instagram ou TikTok, qui ne vont jamais s’excuser.

A l’ère du président Trump et de sa communication, comment faire le tri?
Donald Trump nous pousse à nous demander comment raconter l’actu. Il a annoncé 38 fois que la guerre avec l’Iran était finie. On ne peut pas prendre pour argent comptant chaque déclaration, mais en même temps, chaque chose qu’il va dire, vraie ou fausse, a un impact sur les bourses et le monde. Comment le raconter? Même si c’est une réalité alternative, sa parole a un impact. Il faut l’évaluer. Je pense que cela doit être la force des médias d’avoir ce temps du décryptage et de l’analyse.

Un article de «L'illustré» n°36

Cet article a été publié initialement dans le n°36 de «L'illustré», paru en kiosque le 3 septembre 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°36 de «L'illustré», paru en kiosque le 3 septembre 2026.

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