Le président de la Confédération Guy Parmelin fait beaucoup de choses correctement. Il est pondéré, diplomate, un véritable l'homme d'Etat. Les déclarations d'un père à la télévision suisse romande soulèvent désormais une question: a-t-il aussi l'étoffe d'un père pour la nation?
Le Vaudois Hugues Blatti est agent immobilier et père de famille. Sa vie a basculé durant la nuit du Nouvel An: son fils Luka a été grièvement blessé dans l'incendie du bar «Le Constellation» à Crans-Montana. Il est toujours aux soins intensifs.
Rome et Paris ont agi, et Berne?
Dans une interview accordée à la RTS, le Vaudois adresse de graves reproches au Conseil fédéral: «L'Italie s'est manifestée, les autorités françaises aussi. Nous avons même eu un entretien personnel avec le président français Emmanuel Macron, qui nous a assuré de son soutien total. Mais du côté suisse, nous avons été déçus – et je pense que je parle au nom de nombreuses familles. Il n'y a pas eu de contact avec la Confédération.»
Guy Parmelin a certes reçu quelques personnes touchées par la tragédie en compagnie de l'ambassadeur italien. Mais entre ses apparitions au WEF, le conflit douanier et son voyage prévu dans les pays du Golfe, a-t-il oublié les autres proches?
Après une question critique adressée par Blick, le président de la Confédération a finalement appelé Hugues Blatti. Le porte-parole de Parmelin confirme: «Le président de la Confédération est en contact avec la famille.» Il ne souhaite pas révéler de détails, mais souligne: «Le président de la Confédération comprend pleinement la douleur et la déception des parents et des autres personnes concernées et il compatit avec eux.»
Un silence inquiétant
Guy Parmelin, d'habitude apprécié pour sa circonspection, semble traverser une période difficile en matière de communication: il n'a pas rendu public le fait que le Conseil fédéral avait mis en place une cellule de crise extraordinaire directement après l'accident. Depuis début janvier, les secrétaires généraux des conseils fédéraux coordonnent les travaux entre les départements, les cantons et la Chancellerie fédérale. La Conférence des gouvernements cantonaux (CdC), le canton du Valais et d'autres services sont impliqués. Jusqu'à présent, la cellule de crise s'est réunie cinq fois. Le chancelier Viktor Rossi préside les réunions.
On ne sait pas pourquoi la vice-chancelière Nicole Lamon n'a pas informé de l'existence de la cellule de crise ni des principaux résultats de ses réunions. La nervosité semble grande à Berne. La cellule de crise s'est notamment penchée sur la question de l'accueil que les conseillers fédéraux devraient réserver aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina et sur les réponses qu'ils devraient donner aux journalistes critiques.
Cassis absent pour faire du télétravail
Un point fait encore jaser. Le Conseil fédéral n'a jusqu'à présent pas réussi à faire en sorte que les familles concernées reçoivent sans complication une aide immédiate digne de ce nom. Jusqu'à présent, le Valais n'a promis aux proches que 10'000 francs par cas – un montant dérisoire.
Il existe pourtant des précédents dans l'histoire suisse: après la catastrophe de Swissair à Halifax en 1998, les proches ont immédiatement reçu 100'000 francs d'aide – sans bureaucratie et déductibles des indemnisations ultérieures. Au lieu d'agir avec détermination, Berne préfère examiner chaque détail juridique.
Au niveau international également, les réactions officielles de la Suisse ne semblent pas idéales. Bien que le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis soit originaire du Tessin, il ne parvient pas à maîtriser les problèmes diplomatiques avec l'Italie. Le gouvernement de Rome a même rappelé son ambassadeur Gian Lorenzo Cornado. La diplomatie se nourrit de symbolisme.
Il aurait peut-être été utile que Cassis soit présent lorsque son homologue italien Antonio Tajani a présenté personnellement ses condoléances à Crans-Montana. Toutefois, le chef de la diplomatie suisse était occupé début janvier par sa présidence de l'OSCE – dans son home office tessinois. Le DFAE souligne que Cassis s'est entretenu plusieurs fois au téléphone avec le ministre italien des Affaires étrangères.
Les tensions s'intensifient
Malgré tout, la polémique se poursuit. Dernièrement, le collègue de parti tessinois de Cassis, Alex Farinelli, a attisé les tensions avec Rome. Le comportement de l'Italie dans l'affaire de Crans-Montana est «inacceptable» et constitue une «ingérence dans la justice suisse», a critiqué le conseiller national PLR. En substance, il a déclaré que l'ambassadeur italien devrait «manger de l'amatriciana» à Rome jusqu'à ce que son pays comprenne comment il faut travailler entre Etats. Un affront pour le pays voisin qui pleure les victimes de l'incendie!
L'envoyé italien attend actuellement dans son pays une rencontre entre les ministères publics romain et valaisan, le 19 février à Sion. Si l'entretien s'avère positif et qu'une équipe d'enquête commune est immédiatement mise en place, la Première ministre Giorgia Meloni devrait renvoyer son ambassadeur à la représentation diplomatique à Berne.
Ruth Metzler reste silencieuse
Pendant ce temps, le rôle de l'assurance Axa est au centre de l'attention – la commune de Crans-Montana et le bar «Le Constellation» étaient assurés en responsabilité civile auprès d'Axa. Une source interne affirme à Blick: «Axa ne veut rien payer tant que la responsabilité pénale et civile n'est pas définitivement établie. C'est incompréhensible dans cette situation. On sait déjà qui sont les responsables, et il est également clair que le montant des dommages dépasse le montant de la couverture. Si Axa est sérieuse dans sa volonté de soutenir au mieux les personnes concernées, elle doit mettre à disposition les sommes de couverture dès maintenant.»
Axa se défend: «La question de savoir qui est responsable et dans quelle mesure dans le cas de Crans-Montana doit être clarifiée dans le cadre de la procédure pénale en cours. Il va de soi que nous remplirons intégralement nos obligations en tant qu'assurance responsabilité civile.» Un détail pique toutefois: l'ancienne conseillère fédérale Ruth Metzler siège au conseil d'administration d'Axa Suisse. Sa position est claire: «Pour toute question concernant Crans-Montana, veuillez vous adresser au service de presse d'Axa.»
Déléguer des responsabilités là où il faudrait un leadership: un tel comportement est ressenti comme douloureux par de nombreuses personnes concernées. Peut-être aussi parce qu'il mène au problème fondamental de la tragédie de Crans-Montana: trop de gens ont détourné le regard jusqu'à ce que la tragédie se produise. Et trop nombreux sont ceux qui, aujourd'hui encore, ont manifestement du mal à assumer leurs responsabilités.