«La vie continue de murmurer en nous»
Le discours de Mathias Reynard, prononcé à Martigny, a ému

Lors de la cérémonie d'hommage aux victimes de l'incendie de Crans-Montana, tenue à Martigny, de nombreux discours ont suscité une forte émotion. Parmi eux, celui de Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat valaisan, restera sans doute gravé dans les mémoires.
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Mathias Reynard a fait un discours émouvant lors de la journée de deuil national.
Photo: KEYSTONE
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Ce vendredi 9 janvier 2026, jour de deuil national dans toute la Suisse, les cloches du pays ont sonné en chœur, à 14h, en l'honneur des victimes de l'incendie de Crans-Montana. Une minute de silence a été observée sur place, ainsi que dans plusieurs lieux publics tels que les églises, l'aéroport de Genève, certains magasins ou encore les trains CFF. 

Lors de la cérémonie d'hommage organisée à Martigny, plusieurs discours émouvants ont été prononcés. Resteront gravées dans les mémoires les paroles de trois adolescents, Marie, Aline et Solala, courageusement montés sur l'estrade pour exprimer la souffrance des jeunes, à la suite de ce drame. «Notre génération continue d'avancer, a déclaré l'une d'entre eux, les yeux baignés de larmes. Nous voyons des jeunes qui se lèvent, qui refusent d'abandonner. N'oubliez jamais pourquoi vous vous battez, pour qui vous vous battez. Chaque effort compte, même ceux que personne ne voit. Vous faites avec ce que vous avez. On ne peut pas ajouter de jours à la vie, mais on peut ajouter de la vie aux jours.»

C'est également du long et poignant discours de Matthias Reynard, qu'on se souviendra, en ce jour de recueillement. Alors qu'on ne cesse de répéter qu'il n'y a pas de mots justes, qu'ils glissent, impuissants, comme des larmes sur une brûlure, le président du Conseil d'Etat valaisan semble les avoir trouvés. Ses excuses ont trouvé un écho auprès de la Commune de Crans-Montana, qui a fini par s'excuser peu après, par la voix de sa vice-présidente, Nicole Bonvin Clivaz. 

Voici l'allocution complète, délivrée avec quelques tremblements dans la voix, devant une assemblée émue. Tous les détails concernant la cérémonie se trouvent dans notre live, alimenté en direct de Martigny. 

Discours complet de Mathias Reynard

«Chères familles, chers proches, Mesdames et Messieurs, en vos titres et fonctions.

1er janvier 2026. Ce jour, nous ne l'oublierons jamais. A l'aube de la nouvelle année, un moment de fête, d'amitié, se transforme en cauchemar. A l'aube de la nouvelle année, des jeunes qui venaient de partager leurs rêves, leurs vœux, leurs rires, sont frappés par la violence et la mort. A Crans-Montana, 156 destins ont basculé, aux premières heures de l'an nouveau. 40 personnes ont perdu la vie, 116 ont été blessées, certaines très gravement. Et tant de familles, de proches, frappés par ce drame.

Aujourd'hui, nous sommes réunis, nous sommes ensemble, pour honorer la mémoire de ces 40 âmes, pour dire qu'on n'oubliera jamais. Réunis aussi pour les personnes blessées, pour celles et ceux qui luttent encore pour leur vie, à cet instant précis. Leur absence aujourd'hui, à nos côtés, est douloureuse. Aucune parole ne pourra jamais réparer l'irréparable, aucune phrase ne pourra jamais combler le vide laissé par celles et ceux qui sont partis. Mais le silence, lui, ne suffirait pas. Alors nous parlons. Nous parlons pour dire notre peine, pour dire notre solidarité, pour dire notre engagement.

«
Depuis cette nuit du 1er janvier, il ne s'est pas passé un seul instant, pas une seule minute, sans que nous ne pensions à vous. Nos pensées, nos prières, nos cœurs, sont tournés vers vous.
Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat valaisan
»

J'aimerais commencer par m'adresser aux familles et aux proches. Je le fais bien sûr au nom du gouvernement que je représente, le gouvernement valaisan, mais je le fais aussi en tant qu'être humain, tout simplement. Je veux vous dire, nous sommes avec vous. Avec vous, mamans, papas, frères, sœurs, grands-parents, familles, amis, amoureux, camarades de classe. Depuis cette nuit du 1er janvier, il ne s'est pas passé un seul instant, pas une seule minute, sans que nous ne pensions à vous. Nos pensées, nos prières, nos cœurs, sont tournés vers vous. Vers les familles endeuillées ainsi que vers les blessés et leurs proches qui vivent dans l'angoisse et l'attente.

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Face à cette insupportable impuissance, sentez. Sentez autour de vous ces innombrables marques de soutien et de bienveillance qui viennent des quatre coins de la Suisse et bien au-delà. Cette solidarité instinctive, spontanée, s'est exprimée dès les premières minutes du drame. Des citoyens anonymes, des proches, parfois de simples passants ont tendu la main, ouvert des portes, porté secours. Au cœur du chaos, la force du cœur, la générosité humaine, ont résisté. Cela non plus, nous ne l'oublierons jamais.

Cette cérémonie, c'est aussi le moment de rendre un hommage appuyé, et rempli de gratitude, à l'ensemble de la chaîne des secours dont nous sommes si fiers. Aux primo-intervenants, aux pompiers, aux secouristes, aux policiers, aux psychologues d'urgence, à l'ensemble du personnel hospitalier qui a accueilli, soutenu et sauvé la vie de dizaines de jeunes. Votre professionnalisme, votre courage et votre dignité devraient nous inspirer toutes et tous. Vous avez été à la hauteur de l'urgence, de l'humanité que la situation a exigée. Je tiens donc, au nom du gouvernement valaisan et de sa population, à transmettre notre reconnaissance et notre gratitude aux équipes mobilisées. Mobilisées ici, en Valais, mais aussi ailleurs.

«
Nous comme adultes, nous comme responsables politiques, la moindre des choses que l'on puisse faire, c'est de présenter des excuses, de toute la communauté.
Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat valaisan
»

Merci à tous les hôpitaux suisses. Merci à tous les hôpitaux étrangers qui ont répondu présents. Merci aux pays qui ont tendu la main, qui ont ouvert les portes de leurs hôpitaux. La présence aujourd'hui de chefs d'État et de représentants de pays amis nous honore. En particulier votre soutien, Monsieur le président de la République française Emmanuel Macron. Et Monsieur le président de la République italienne, Sergio Mattarella. Dont les nations sont si durement touchées aujourd'hui. Votre présence témoigne d'une communauté de destins. D'une Europe qui sait se rassembler lorsque l'essentiel est en jeu: la vie humaine, la dignité, la compassion.

Si ce drame nous unit dans le deuil, il le fait aussi dans la responsabilité. Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cette tragédie et les responsabilités, y compris des autorités politiques. La justice doit être rendue avec rigueur et indépendance. Établir la vérité, c'est un devoir envers les victimes, envers les familles, envers la société tout entière. Chaque victime est comme un enfant du Valais. L'enquête déterminera les responsabilités. Mais au-delà de cette procédure, nous avons toutes et tous une responsabilité morale face à ce drame. Des adolescents, des jeunes, ont perdu la vie. Rien dans tout cela n'est de leur faute. Alors nous, nous comme adultes, nous comme responsables politiques, la moindre des choses que l'on puisse faire, c'est de présenter des excuses de toute la communauté. C'est par cela, aussi, que nous serons dignes.

«
Votre souffrance, vos peurs, sont légitimes. Vous avez le droit de pleurer. Mais vous aurez aussi le droit de rire, de sourire.
Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat valaisan
»

Je souhaite enfin délivrer ce message à tous les adolescents et jeunes adultes qui sont réunis en si grand nombre, ici et ailleurs également. Votre souffrance, vos peurs, sont légitimes. Vous avez le droit de pleurer. Mais vous aurez aussi le droit de rire, de sourire. Si votre douleur est immense, votre capacité à vivre, à aimer, à créer, l'est tout autant. Albert Camus écrivait qu'au milieu de l'hiver, il avait trouvé en lui un invincible été. Cette pensée nous rappelle que quand tout semble figé par le froid, la nuit, la douleur, la vie continue de murmurer en nous. Elle nous rappelle qu'il existe, au cœur même de l'épreuve, une force silencieuse qui résiste, qui tient bon, qui nous accompagne sur le chemin de la résilience.

Camus poursuivait ainsi: 'Peu importe à quel point le monde pousse contre moi, en moi il y a quelque chose de plus fort. Quelque chose de mieux. Qui repousse tout de suite.' Que cette force intérieure soit à présent nourrie par notre mémoire collective, qu'elle guide notre responsabilité d'adulte et permette à celles et ceux qui restent de continuer à avancer, sans jamais oublier.

Mesdames et messieurs, chères familles. Dans le respect, dans le souvenir, dans la solidarité, c'est ensemble et unis que nous nous relèverons. C'est ensemble et unis que nous continuerons d'avancer vers un invincible été.»

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