Journée de deuil national pour Crans-Montana
Dans la station sous la neige, hommages entre silence et colère

Des roses, des larmes et des applaudissements: Crans-Montana s'est réuni ce 9 janvier pour la journée de deuil national. La question des responsabilités dans la tragédie du «Constellation» est passée au second plan face à l'émotion collective.
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Crans-Montana a rendu hommage aux victimes ce 9 janvier 2026, jour de deuil national.
Photo: keystone-sda.ch
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Léo MichoudJournaliste Blick

A Crans-Montana, les larmes se sont exprimées par les flocons qui n'ont cessé de tomber du ciel. Ce vendredi 9 janvier, jour de deuil national, l'or blanc était du même ton que les dizaines de roses, symboles de l'hommage aux victimes de la tragédie du «Constellation». Tout au long de la matinée, des passants ont déposé en silence d'innombrables fleurs, bougies et mots devant les lieux du drame, au centre du village, dans un abri installé pour l'occasion. Bon nombre de commerces ont fermé leurs portes, arborant un ruban noir pour exprimer leur solidarité. 

A Crans-Montana, la population se réunit au Régent
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Hommage national:A Crans-Montana, la population se réunit au Régent

Le regard lourd, des groupes de policiers, de pompiers ou encore d'ambulanciers sont aussi passés devant le «Constellation» pour un moment de silence et de deuil. Pompier volontaire, Emmanuel Rebaï a fait le trajet depuis le Jura avec son équipe du CRIS de Porrentruy: «Vivre quelque chose comme ça, c’est inhumain. On avait vraiment besoin de venir rendre hommage aux victimes et aux personnes qui sont intervenues.»

Visiblement touché, le quinquagénaire met l'accent sur la nécessité de vivre ce deuil en commun: «On est des êtres humains, avoir des émotions fait partie de la vie du pompier. Si on n’en a pas, on est pas fait pour ça.» Il espère que les autorités trouveront des solutions pour que ce drame ne se reproduise plus jamais. «Dans certains établissements, on a vite fait de mettre une armoire ou une chaise devant une sortie de secours. Quand on n'a pas l’habitude, on ne pense pas à ce qui peut arriver, au fait que cela peut engendrer une grosse catastrophe.»

«Ensemble, on est plus forts»

Dès midi, le temps est venu de se réunir au Centre sportif Le Régent, pour la retransmission en direct de la cérémonie officielle tenue à Martigny. A l'extérieur, une habitante de Crans-Montana qui attend une amie raconte: «C'est important de se réunir aujourd'hui pour soutenir, avec tout l'amour et la bienveillance qu'on peut, les familles, les victimes et ceux qui sont à l'hôpital. Et puis pour nos enfants, qui ont le même âge, qui sont impactés très fort.»

Ses enfants n'ont pas souhaité venir à la cérémonie, mais elle retrouve des amies. «Ensemble, on est plus forts. On vient soutenir notre station, qui est énormément triste. On ressent beaucoup de silence, donc être ensemble c'est nécessaire.»

Après la journée de deuil national, la question des responsabilités reprendra de plus belle. «J'appréhende les yeux rivés sur nous, nos autorités et les familles. Ça va être très compliqué, car la colère arrive dans les étapes du deuil. Il faut que tout le monde mette cartes sur table et dise la vérité en toute transparence.»

Justice, autorités… et gérants sont concernés. «On sait très bien, depuis longtemps, qu'ils autorisaient des jeunes à entrer au 'Constellation'. Je peux le dire depuis que mes enfants sont en âge de sortir un peu», s'emporte l'habitante de la station, qui ne souhaite pas en dire plus.

Mathias Reynard touchant

Peu avant que la cérémonie ne commence à Martigny, dans la grande salle silencieuse de Crans-Montana, les professionnels des secours arrivent en groupe, sous les applaudissements nourris de la centaine de personnes présentes. Ils s'assoient juste devant les drapeaux de Crans-Montana, du Valais et de la Suisse barrés d'un ruban noir.

Applaudissements pour les pompiers à Crans-Montana
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Hommage national:Applaudissements pour les pompiers à Crans-Montana

La retransmission, les discours et les pièces de musique se déroulent dans une ambiance pesante. L'intervention de Mathias Reynard, président du Conseil d'Etat valaisan, réveille les émotions des locaux. Dans un moment touchant, le politicien présente les «excuses des responsables politiques» aux victimes et à leurs familles. 

Une prise de parole qui touche en plein cœur certains habitants, sortant leurs mouchoirs pour laisser échapper une larme. Autre moment marquant de cette cérémonie à distance, le discours des trois jeunes gens touchés par la tragédie leur vaut, là encore, une salve d'applaudissements. Mais dans l'ensemble, l'heure est encore au silence et au deuil, avant que la question des responsabilités ne se pose toujours plus.

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