En bref
- Septembre turquoise, mois de sensibilisation aux cancers gynécologiques encore peu médiatisé, met en lumière des maladies touchant 2449 femmes chaque année en Suisse, selon l’OMS. Ces cancers incluent ceux des ovaires, de l’utérus et du col de l’utérus, avec un impact notable sur des femmes de tous âges, malgré une prévalence moindre par rapport au cancer du sein.
- Parmi ces cancers, seul celui du col de l’utérus peut être efficacement prévenu grâce à la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), recommandée en Suisse pour les 9-45 ans. Les autres cancers gynécologiques restent difficiles à détecter précocement, nécessitant vigilance et consultations médicales régulières.
- Le CHUV de Lausanne organise des événements de sensibilisation les 10 et 14 septembre, avec stands d’information et ateliers. Ces initiatives visent à informer sur les facteurs de risque, comme la mutation génétique BRCA1/BRCA2, et à encourager des comportements préventifs, tels que la pratique sportive et une alimentation équilibrée.
Si vous n’aviez jamais entendu parler du mois de «septembre turquoise» avant de parcourir ces lignes, j’ai un aveu à vous faire: moi non plus. Je connais évidemment bien octobre rose, avec ses caracs et ses rubans engagés, qui encouragent chaque année le dépistage précoce du cancer du sein. Or, le mois dédié aux cancers gynécologiques m’avait complètement échappé.
Car septembre turquoise est, à ce jour, beaucoup moins médiatisé. Et c’est dommage, soulignent les experts. Dangereux, même! Car bien que ces maladies soient moins courantes que le cancer du sein (qui touche une femme sur huit en Suisse), elles ne sont pas si rares pour autant!
«L’appellation de cancer gynécologique se réfère à tous les cancers dont le point de départ se trouve dans les organes génitaux reproducteurs de la femme, rappelle le Dr. Witold Gertych, médecin chirurgien onco-gynécologue au Centre des tumeurs gynécologiques au CHUV. Il s’agit donc des cancers touchant les ovaires, les trompes, l’utérus, le col de l’utérus, le vagin et la vulve.»
2449 cas par an, en Suisse
Si toutes ces pathologies sont considérées comme des maladies rares en raison d’une incidence faible dans les pays occidentaux, elles ne le sont pas suffisamment pour être totalement ignorées. En effet, ainsi que le précise l’OMS, la Suisse recense, chaque année, une vingtaine de cas du cancer du vagin, 156 cas de cancer de la vulve, 256 cas de cancer du col de l’utérus, 720 cas du cancer de l’ovaire et 1300 cas de cancers de l’endomètre. Additionnés, cela équivaut à 2449 cancers gynécologiques par an, en Suisse.
«Je trouve qu’on sous-estime ce phénomène épidémiologique, note le spécialiste. On n’en parle pas suffisamment, alors que ces chiffres sont quand même conséquents et que ces pathologies touchent des femmes de tous les âges, poursuit le Dr. Gertych. En effet, si la majorité de ces maladies touchent surtout des femmes ménopausées, le cancer du col de l’utérus touche avant tout des femmes jeunes.» À noter que la plupart des cancers gynécologiques restent difficiles à dépister, la meilleure manière de se protéger est de s’informer. Voici ce que vous devez savoir:
On peut efficacement prévenir le cancer du col de l’utérus
Commençons par une bonne nouvelle. En effet, l’un des cancers gynécologiques les mieux médiatisés, celui qui touche le col de l’utérus, dispose d’un moyen préventif très efficace: la vaccination contre le Papillomavirus humain (HPV), pouvant être à l’origine de cette pathologie. «Lorsque la vaccination intervient avant toute possibilité d’une contamination par le HPV, c’est-à-dire avant le premier rapport sexuel, toutes les études démontrent clairement que le risque de cancer lié au HPV est drastiquement réduit, se réjouit le spécialiste. Initialement, ce traitement a été conçu pour prévenir le cancer du col de l’utérus, mais on a réalisé, au fil du temps, qu’il diminue aussi le risque de cancer de la vulve, du vagin, de la gorge et du larynx. Le vaccin est donc important pour toute la population.» En effet, en Suisse, la vaccination est actuellement recommandée à toute personne âgée de 9 à 45 ans.
Aucun dépistage n’est possible pour les autres cancers
En revanche, la médecine ne dispose d’aucun moyen de dépistage permettant de débusquer efficacement les autres types de cancers gynécologiques, à leur stade le plus précoce: «Le contrôle annuel chez la ou le gynécologue reste, pour cette raison, absolument indispensable», pointe notre expert.
On sait toutefois que certains facteurs génétiques peuvent drastiquement augmenter nos risques: environ 20% des femmes touchées par le cancer de l’ovaire présentent une prédisposition génétique bien connue, qu’on évoque surtout dans le contexte du cancer du sein: la mutation BRCA1 ou BRCA2. «On peut proposer aux patientes concernées de retirer les ovaires et les trompes de manière préventive, dès l’âge de 40 ans, car leur risque de développer la maladie peut s’élever à 60%, explique le Dr. Gertych. À celles qui ne présentent pas la mutation, on propose parfois de retirer les trompes, dans la mesure où ce geste peut réduire le risque de 40 à 80%». À noter que le taux de guérison du cancer de l’ovaire à un stade avancé s’avère très faible, ce qui justifie cette intervention prophylactique.
Certains facteurs de risque peuvent être éliminés
En l’absence de moyens de dépistage (à l’exception du vaccin contre le HPV!), notre intervenant rappelle les facteurs de risque particuliers à chaque cancer gynécologique: «Pour ce qui est du cancer de l’endomètre, une minorité de femmes présentent une prédisposition génétique, note-t-il. Mais pour la majorité des patientes, on a identifié une association entre cette maladie et le surpoids, l’hypertension artérielle, le diabète ou encore une mauvaise hygiène de vie.»
Dans ce sens, la pratique d’une activité sportive peut constituer un comportement protecteur. Et cela vaut également pour d’autres types de cancer, qu’ils soient gynécologiques ou non: «Il a été démontré que l’activité physique vigoureuse, même très brève et s’élevant à 4,5 minutes par jour est associée à une réduction de risque de cancer de 30%», souligne notre expert. Le terme «vigoureux» renvoie simplement à une élévation du rythme cardiaque, en prenant les escaliers en s’extirpant du métro, par exemple. «Des études ont également démontré que la nourriture ultra-transformée augmente le risque de certains cancers, et tout particulièrement celui du cancer de l’ovaire», poursuit notre intervenant.
Sans oublier que, par ailleurs, l’absence de grossesses peut augmenter le risque de développer un cancer de l’ovaire, tandis que les grossesses (surtout multiples) et l’allaitement constituent un facteur protecteur.
Les symptômes peuvent être absents ou passer inaperçus
«Puisque les cancers gynécologiques regroupent des organes très différents, on ne peut malheureusement dresser une liste claire et exhaustive des symptômes, prévient le Dr. Gertych. D’ailleurs, en ce qui concerne le cancer de l’ovaire, l’apparition de symptômes tels que des ballonnements et une gêne abdominale signifie malheureusement souvent que la maladie a déjà atteint un stade avancé.»
Or, cette pernicieuse asymptomatie n’est pas toujours valable pour le cancer du col de l’utérus, de l’endomètre et de la vulve: ceux-ci peuvent se manifester à des stades précoces, bien que les femmes ne prêtent pas toujours attention aux premiers signaux d’alerte. «Le message le plus important à faire passer et la nécessité d’écouter son corps, insiste notre expert. Certains symptômes, comme des saignements inhabituels survenant en-dehors des règles, doivent absolument mener à une consultation rapide. Le fait de s’écouter et d’identifier les anomalies peut permettre un diagnostic précoce et fortement augmenter les chances de guérison via la seule chirurgie, sans devoir passer par la chimiothérapie ou la radiothérapie.»
Il est ainsi crucial de savoir qu’une grosseur ou tout changement autour du vagin, des règles soudainement très abondantes, des saignements atypiques ou survenant après les rapports sexuels, doivent justifier une consultation. «Chez une femme pas encore ménopausée, il s’agit de prêter attention aux changements soudains dans les menstruations, au niveau de la douleur, de la durée des règles ou de l’abdonance des saignements, précise le Dr. Gertych. Pour les femmes ménopausées, tout saignement doit attirer l’attention.» En d’autres termes, n’hésitez pas à contacter votre médecin en cas de doute: une simple question posée «au cas où» peut tout changer.
Une journée dédiée au CHUV de Lausanne
Durant le mois de «septembre turquoise», l'équipe pluridisciplinaire du Centre des tumeurs gynécologiques au CHUV se mobilise pour sensibiliser le grand-public aux cancers gynécologiques.
Les 10 et 14 septembre, de 10h à 14h, des stands d'informations ouverts à toutes et tous seront ouverts dans le hall de la Maternité du CHUV. Des ateliers de confection de rubans et d'échange entre patientes sont également organisés dans l’unité d’hospitalisation de gynécologie et au Musée de la main.