Attaques de bancomat en Suisse
«Il faut agir avant qu’il y ait des blessés graves», s'inquiète l'élu vaudois Olivier Feller

Figure du PLR suisse, le conseiller national vaudois Olivier Feller veut que le Conseil fédéral prenne des mesures pour empêcher les attaques de bancomat. Souvent réalisés à l’aide d’explosifs, ces crimes inquiètent l’élu. Interview au cœur du village de Genolier (VD).
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Le conseiller national libéral-radical (PLR) Olivier Feller, 51 ans, est né et a passé la plus grande partie de sa vie à Genolier (VD).
Photo: Magali Girardin
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Antoine Hürlimann
L'Illustré

Le conseiller national Olivier Feller, 51 ans, est né et a passé la plus grande partie de sa vie à Genolier (VD). C’est dans cette cossue commune de La Côte, où nous le retrouvons ce 13 février, qu’a eu lieu la dernière attaque de bancomat en territoire romand (lire encadré). C’était le 5 février, peu avant 4 heures du matin. Un cas qui n’est pas isolé: ces dernières semaines, d’autres distributeurs de billets ont été dynamités à Delémont ( JU), à Marin (NE) et à Gland (VD), tandis qu’une tentative a échoué à Daillens (VD).

Un phénomène qui inquiète la figure du Parti libéral-radical (PLR) suisse. Celui qui est par ailleurs le directeur de la Chambre vaudoise immobilière (CVI) multiplie les interventions à Berne. Objectif: essayer de faire réagir le Conseil fédéral. Pour l’instant sans succès. Faudra-t-il attendre un blessé grave, voire un mort, pour que le gouvernement prenne des mesures fortes? Est-il opportun d’envisager un contrôle systématique aux frontières, comme le demande l’Union démocratique du centre (UDC)? Comment expliquer que la police fédérale (Fedpol) manque de moyens, un constat inquiétant partagé par tout le monde? Interview cash.

Olivier Feller, pourquoi la Suisse n’arrive-t-elle pas à mettre fin aux attaques de bancomat qui s’enchaînent sur son territoire?
Depuis plus de deux ans, j’interpelle le Conseil fédéral concernant les attaques de bancomat. Je fais des propositions qui sont soutenues au Conseil national, à gauche comme à droite. Mais le Conseil fédéral rejette ces propositions sans prendre aucune autre mesure concrète ou sérieuse.

«
Le Conseil fédéral est dans l’inaction, ce que je déplore
»

Quelles sont vos solutions?
Je propose un certain nombre de pistes. Il y a, aujourd’hui déjà, certains distributeurs qui sont équipés d’un système antivol ou de neutralisation des billets. En cas d’attaque, les billets de banque sont aspergés d’encre indélébile et ils ne sont plus utilisables. C’est une méthode qui a été rendue obligatoire dans un certain nombre de pays: en France, mais aussi en Irlande, en Suède ou encore en Belgique. Les statistiques montrent qu’il y a eu une baisse du nombre d’attaques parce que, ainsi, le crime ne paie plus.

Quelle autre piste avez-vous envisagée?
J’ai exprimé une deuxième proposition. Le Conseil fédéral la rejette alors même qu’elle est soutenue publiquement par des cadres de la police fédérale (Fedpol)! Actuellement, les actes préparatoires en vue d’une infraction à l’aide d’explosifs ne sont pas punissables. Ma proposition, c’est donc de changer cet état de fait. Il y a certainement encore d’autres solutions à envisager. Mais le Conseil fédéral est dans l’inaction, ce que je déplore.

Comment comprenez-vous l’attentisme du Conseil fédéral que vous dénoncez?
Cela traduit peut-être un manque d’intérêt pour les enjeux sécuritaires en général. Ça traduit peut-être aussi un certain décalage entre les considérations dans les sphères dirigeantes et les préoccupations des gens sur le terrain. Le Conseil fédéral a de la peine à anticiper les phénomènes. Il est dans la réaction. Et quand il commence à réagir, tout est très lent. Cela passe souvent par des groupes d’experts, des task forces, des tables rondes… Un changement de tempérament est nécessaire.

Sans sursaut du gouvernement, que craignez-vous?
Pour l’heure, ce sont des bâtiments qui sont abîmés. Ce sont les banques qui doivent supporter les frais de la destruction des bancomats attaqués à l’explosif. Mais ma peur, c’est qu’un jour il y ait des blessés graves. Il faut agir avant.

Un phénomène en baisse

Les attaques de bancomat font les gros titres de la presse du pays. Rien qu’en Suisse romande, les exemples sont nombreux. Le dernier cas dans le pays s’est toutefois déroulé outre-Sarine, à Breitenbach, dans le canton de Soleure. Les faits se sont produits le vendredi 13 février, à l’aube. Les auteurs présumés ont pris la fuite en direction de Laufon (BL) à bord d’une voiture blanche et sont parvenus à s’échapper, indiquent les forces de l’ordre. Le phénomène semble toutefois en baisse avec un nombre d’attaques en net recul l’an dernier.

Selon les statistiques de l’Office fédéral de la police, 23 événements ont été enregistrés en 2025 en Suisse, contre 48 en 2024. Le conseiller national libéralradical (PLR) vaudois Olivier Feller ne se contente pas de cette tendance et s’active depuis des mois pour que le Conseil fédéral prenne des mesures sérieuses et rapides. Mais le gouvernement ne voit pas vraiment les choses du même œil. Comme disait l’autre: «Aussi vite que possible, aussi lentement que nécessaire.»

Les attaques de bancomat font les gros titres de la presse du pays. Rien qu’en Suisse romande, les exemples sont nombreux. Le dernier cas dans le pays s’est toutefois déroulé outre-Sarine, à Breitenbach, dans le canton de Soleure. Les faits se sont produits le vendredi 13 février, à l’aube. Les auteurs présumés ont pris la fuite en direction de Laufon (BL) à bord d’une voiture blanche et sont parvenus à s’échapper, indiquent les forces de l’ordre. Le phénomène semble toutefois en baisse avec un nombre d’attaques en net recul l’an dernier.

Selon les statistiques de l’Office fédéral de la police, 23 événements ont été enregistrés en 2025 en Suisse, contre 48 en 2024. Le conseiller national libéralradical (PLR) vaudois Olivier Feller ne se contente pas de cette tendance et s’active depuis des mois pour que le Conseil fédéral prenne des mesures sérieuses et rapides. Mais le gouvernement ne voit pas vraiment les choses du même œil. Comme disait l’autre: «Aussi vite que possible, aussi lentement que nécessaire.»

On constate, au fil du temps, une autre évolution: le nombre de bancomats dans nos espaces publics est en diminution. La fin des distributeurs, n’est-ce finalement pas la solution souhaitée en catimini par les autorités?
On peut discuter de l’intérêt de la future votation concernant l’obligation d’approvisionner la population en quantité suffisante d’argent liquide. Sur ce plan-là, cette votation a un certain sens parce qu’il y a effectivement de moins en moins de bancomats. Particulièrement dans les zones frontalières. Et ce qui est en train de se passer ne va pas pousser les banques à inverser la tendance. C’est regrettable.

Vous mentionnez les zones frontalières qui permettent aux criminels de filer rapidement à l’étranger après avoir commis leur méfait sur sol suisse. L’UDC n’a-t-elle pas raison quand elle demande un contrôle systématique aux frontières?
L’initiative déposée en ce sens me paraît irréaliste parce qu’il y a 2,2 millions de passages aux frontières et 400 000 frontaliers qui travaillent chez nous. Mettre cela en place reviendrait à bloquer totalement notre économie et nos infrastructures de mobilité. Néanmoins, le Conseil fédéral a déjà décidé, en décembre, de renforcer le contrôle aux frontières. C’est un bon début. Nous pourrions aller encore plus loin en envisageant un contrôle renforcé en cas d’infraction commise avec certitude par des bandes localisées dans les pays qui nous entourent. Cela semble être techniquement possible.

Les attaques de bancomat, c’est la pointe visible du crime organisé en Suisse. Plus généralement, les pouvoirs publics en font-ils assez en la matière?
La police fédérale a évoqué publiquement qu’elle manquait de moyens. Ce constat a été confirmé par le parlement. Donc de ce point de vue là, non, nous n’en faisons pas assez.

Qui rechigne à donner les moyens nécessaires? Votre majorité de droite à Berne?
C’est une question de choix politiques et de hiérarchie des priorités. Or la lutte contre le crime organisé fait partie de la sécurité au sens large. Il y a quelques années, je m’étais déjà occupé de la thématique, en empoignant la question des attaques de fourgons blindés. Cela a pris beaucoup de temps, mais cela a fini par être résolu. Notamment grâce à des solutions cantonales. Plus généralement, l’enjeu sécuritaire doit redevenir prioritaire. Je suis attaché à l’armée, qui doit être renforcée, mais il s’agit également de se donner les moyens pour veiller à la sécurité intérieure. Peut-être que le Conseil fédéral sous-estime l’importance de ces enjeux-là.

Il est vrai que les images de ces attaques à l’explosif surprennent autant qu’elles choquent. Mais sont-elles vraiment si nouvelles que cela ou regardions-nous juste ailleurs par le passé?
On dit souvent que la Suisse se porte mieux que les pays qui nous entourent. Mais peut-être qu’il faudrait dire que la Suisse se porte moins mal. Parce que nous nous croyons un peu particuliers, nous voulons parfois ignorer certaines réalités qui surviennent aussi dans notre pays, mais simplement un peu plus tard. La tendance est partout la même et si nous ne prenons pas des mesures robustes dans un certain nombre de domaines, notamment en matière sécuritaire, nous finirons par le payer très cher.

Un article de «L'illustré» n°8

Cet article a été publié initialement dans le n°08 de «L'illustré», paru en kiosque le 19 février 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°08 de «L'illustré», paru en kiosque le 19 février 2026.

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