En bref
- Le comité pro-initiative sur la neutralité, issu de l'UDC, fait polémique avec un livret de campagne affirmant à tort que les Vert-e-s soutiennent leur cause. Les Vert-e-s, représentés par Sibel Arslan, dénoncent une fausse déclaration et annoncent des poursuites judiciaires.
- Les Vert-e-s exigent des dommages-intérêts destinés à la reconstruction de l’Ukraine. Ils accusent le comité du «oui» d'utiliser des moyens déloyaux pour influencer l’opinion publique, notamment en mentionnant des soutiens fictifs.
- Depuis mi-août, d’autres controverses entourent les comités pro-neutralité, incluant l’usage de tracts générés par IA et de fausses citations. Le site web de l’association est également critiqué pour son manque d’inclusivité linguistique.
Tous les regards sont désormais tournés à gauche. Avec la campagne en faveur de l'initiative sur la neutralité, le comité initiant, issu des rangs de l'UDC, cherche avant tout à rallier l'opposition. En témoignent notamment le slogan de campagne choisi, «Pas de guerre», ou encore la création explicite d’un comité de soutien «de gauche» sous l’égide de Wolf Linder, figure historique du PS.
Mais au lieu de convaincre par des arguments solides, ce dernier s'attribue le mérite d'autrui. Une stratégie qui aura désormais des conséquences: comme les partisans de l'initiative mentionnent explicitement les Vert-e-s parmi leurs soutiens dans leur livret de campagne, le parti a engagé des poursuites judiciaires et réclame des dommages et intérêts.
Un livret crée la controverse
«La gauche et les Vert-e-s disent OUI!», peut-on lire à la fin de ce document de 8 pages qui arrive actuellement dans les boîtes aux lettres suisses en allemand, en français et en italien.
Alors qu’en allemand, cela peut encore être interprété comme une simple affiliation idéologique générale, les auteurs vont droit au but en Suisse romande: en écrivant «les Verts» en majuscules, ils font directement référence au parti du même nom, affirment les Vert-e-s. «Il s’agit d’une fausse affirmation délibérément trompeuse que nous ne laisserons pas passer», déclare la conseillère nationale des Vert-e-s Sibel Arslan à Blick. Le parti entend désormais se défendre par voie judiciaire.
L’argent doit aller en Ukraine
Pour cela, les Vert-e-s sortent l’artillerie lourde. Ils entendent ainsi obtenir, par le biais d’une ordonnance superprovisoire, que le tribunal constate directement cette fausse déclaration. Celle-ci devra ensuite être rectifiée par le comité du «oui».
Enfin, les Vert-e-s réclament également des dommages-intérêts. Ces sommes ne sont pas destinées à alimenter les caisses du parti, mais à soutenir la reconstruction de l’Ukraine. «En affectant de manière ciblée ces dommages-intérêts, nous opposons une position claire et sans équivoque à la politique favorable à l’autocratie des auteurs de l’initiative», explique Sibel Arslan.
La conseillère nationale admet certes qu’il est difficile, en Suisse, d’intenter une action en dommages-intérêts. «Mais ici, le préjudice potentiel pour la réputation est considérable», ajoute Sibel Arslan. En publiant cette mention erronée dans la brochure de vote, le camp du «oui» aurait délibérément cherché à s’octroyer un avantage déloyal.
Ce n’est pas la première fausseté
Ce n’est pas la première anomalie en provenance des comités proneutralité: dès la mi-août, une association genevoise avait fait scandale en utilisant des tracts générés par IA pour faire la promotion avec l'ancienne Miss Suisse Linda Fäh et l’emblème officiel de la Croix-Rouge suisse.
Et sur le site web de l’association «Neutralité pour la paix et l’équilibre», qui est à l’origine de ce dernier faux pas, figure également une liste de soutiens prétendument célèbres. On y trouve par exemple une citation de l’ancienne ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, alors que celle-ci s’est récemment prononcée contre l’initiative.
Moins problématique, mais non moins curieux, le choix de la langue sur le site de l’association: alors que la version allemande affiche un drapeau suisse, les personnes intéressées de Suisse romande et du Tessin doivent cliquer respectivement sur le drapeau national français et italien. Difficile d'imaginer plus efficace pour exclure certaines régions linguistiques suisses.