Silence imposé, pression juridique et climat de peur. C’est ainsi que plusieurs personnes décrivent ce qui se jouerait derrière la façade étincelante de la Zurich Fashion Week. Il y a encore peu, des sponsors remontés et d’anciens membres du conseil d'administration évincés s’exprimaient ouvertement. Des récits qui oscillent entre coulisses tendues et luttes d’ego, entre grandes ambitions et rivalités plus mesquines.
Puis, brusquement, plus rien. Les prises de parole disparaissent, sous l’effet de démarches juridiques. L’image est déjà écornée, glisse-t-on. Et désormais, beaucoup hésitent à s’exprimer à visage découvert. Les critiques, elles, persistent et dessinent un tableau sans équivoque.
Un mannequin évincé
La Zurich Fashion Week s’est tenue du 11 au 15 février au Kongresshaus de Zurich. Pour de nombreux invités, la soirée d’ouverture a tourné à l'agacement. Près de 800 personnes se sont retrouvées sans véritable repère. Pas de places clairement attribuées, pas de programme lisible, peu d’indications. Le glamour attendu a cédé la place à la confusion.
Sur le podium aussi, des accrocs. Un mannequin a été écarté à la dernière minute malgré un contrat en règle. Il ne correspondait plus, selon les explications, à la vision esthétique de la présidente de l’association Tamy Glauser. Une décision qui a suscité de l’incompréhension en interne.
Des sponsors en colère
Autre point de friction, les sacs de goodies. Annoncés avec une valeur d’environ 2000 francs, ils étaient incomplets pour de nombreux invités. Des cartons contenant un produit de luxe avaient été oubliés et n’ont refait surface que deux jours plus tard. Pour un sponsor, la situation ne passe pas. Il réclame un remboursement, estimant que la prestation promise n’a pas été fournie. Là aussi, des avocats sont intervenus.
«La manière dont les sponsors ont été et sont encore traités est inacceptable», confie à Blick une source proche de l’association, sous couvert d’anonymat. Elle évoque une organisation chaotique et un ton qui en a laissé plus d’un sur le côté. «Je sais que plusieurs sponsors ne reviendront pas.» La déception est profonde, entre promesses non tenues, manque de professionnalisme et communication défaillante.
Ces critiques ne datent pas d’hier. Des reproches similaires circulaient déjà depuis plusieurs semaines. En coulisses, certains parlent de problèmes structurels.
Saccage à Genève
Les factures impayées alimentent aussi les tensions. Des prestataires disent avoir dû négocier leurs tarifs à la baisse, puis attendre leur argent. Un exemple revient, une facture de champagne de plusieurs milliers d’euros toujours en suspens. Le champagne a coulé à flots, mais le paiement tarde.
Un incident à Genève ajoute à l’agacement. Lors d’un casting, du cannabis aurait été consommé dans une chambre du Ritz-Carlton Hotel de la Paix. Un nettoyage coûteux a été nécessaire et la chambre est restée inutilisable une nuit. L’amende de 500 francs aurait été imputée à l’association et non à une personne privée. L’épisode se serait déroulé dans la chambre de l’un des sept membres du comité directeur. Contacté, l’établissement n’a pas souhaité commenter.
L’agence zurichoise Option Model Agency a elle aussi attendu son paiement. Sa propriétaire, Ursula Knecht, expliquait jeudi encore que la facture de 1700 francs restait ouverte. «Les mannequins ont été réservés, mais nous n’avons toujours pas été payés.» Plus de deux mois après l’événement, les fonds n’étaient pas arrivés. Elle évoquait une situation «toujours agaçante», malgré une garantie de paiement. Lundi 4 mai à midi, elle a finalement confirmé que l’argent avait été reçu.
Les membres muselés
Des mannequins de l’agence zurichoise Visage Model Management ont également défilé. Sa dirigeante, Zineta Blank, a quitté le défilé avant la fin. Elle ne détaille pas les raisons, mais nuance. «Nos mannequins étaient très contents. Zurich a besoin d’une telle plateforme. Au début, tout n’est pas simple. Des erreurs peuvent arriver.»
Face à l’accumulation des critiques, Tamy Glauser n’a pas répondu dans les détails. Elle a instauré une règle interne stricte: le silence. Les membres du comité directeur n’ont plus le droit de s’exprimer individuellement. Toute communication doit désormais passer par un canal centralisé. Une décision qui alimente l’inquiétude en interne. Aucune prise de position officielle n’avait été communiquée au moment de la publication de cet article.
«La panique sur le Titanic»
Le sponsor principal, Landquart Fashion Outlet, affiche en revanche son soutien. L’enseigne se dit satisfaite de la collaboration et semble vouloir s’inscrire dans la durée.
Entre éclat et critiques, l’événement laisse une impression mitigée. Reste une question. S’agit-il des ratés habituels d’un projet ambitieux, ou d’un problème plus profond? Un proche du dossier résume l’ambiance au sein du comité directeur. «C’est la panique sur le Titanic.»