Parmelin appelé à trancher
En pleine querelle, Migros et Raclette Suisse se renvoient la patate chaude

L'association Raclette Suisse fait depuis des années de la publicité pour le fromage fondu. Mais Migros refuse désormais de payer la cotisation pour sa propre marque.
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L'appétit pour le fromage à raclette ne cesse de croître.
Photo: Keystone
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Robin Bäni

Quand le froid et la pluie prennent leurs quartiers en hiver, de nombreux foyers font appel au fromage pour se remonter le moral. Si partager une raclette entre quatre murs peut être associé à un moment convivial et paisible, une dispute fait rage derrière ce plat typique. La querelle oppose Migros à l'organisation professionnelle Raclette Suisse. Et c'est Guy Parmelin qui devra arbitrer le conflit.

Comme souvent, il est question d'argent. Depuis des années, l'appétit pour la raclette augmente, les chiffres des ventes sont en nette progression – et Raclette Suisse n'y est pas pour rien. L'association de la branche s'occupe du marketing et organise des campagnes publicitaires, n'hésitant pas à utiliser des personnalités suisses comme figure de proue. Elle est financée par les cotisations des membres. Pendant longtemps, ces recettes ont été presque illimitées. Plus de 90% des producteurs de raclette étaient membres de l'association, mais ce n'est plus le cas.

Migros a bouleversé le marché

Il y a trois ans, Migros a repris une fromagerie dans l'Oberland bernois. Auparavant, le géant orange achetait exclusivement son fromage à raclette. Mais il a commencé à le produire lui-même. Aujourd'hui, environ un tiers de la raclette Migros provient de sa propre production. Le grand distributeur n'a toutefois jamais adhéré à Raclette Suisse. En conséquence, l'association ne représente plus aujourd'hui que 82% de tous les fabricants de raclette, car outre Migros, d'autres producteurs ne font pas partie de Raclette Suisse. Par conséquent, l'association perçoit moins de cotisations de ses membres.

Le directeur Jürg Kriech ne s'en réjouit guère. Les mesures publicitaires profitent en fin de compte à tous, argumente le directeur de Raclette Suisse. Celui qui ne participe pas aux coûts s'octroie un avantage concurrentiel injuste. «Il en résulte une spirale des prix vers le bas, qui se fait finalement au détriment des producteurs de lait et des fabricants de fromage», conclut-il.

Migros contre-attaque

Migros voit naturellement les choses différemment. Interrogée, une responsable écrit qu'elle refuse les prélèvements obligatoires sur une organisation centrale de marketing. «Cela renchérit inutilement la production et ne crée pas de plus-value directe pour les clientes et les clients.»

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Nous investissons chaque année plusieurs millions de francs dans le soutien de la raclette suisse
Porte-parole de Migros
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Plutôt que d'adhérer à Raclette Suisse, Migros souhaiterait promouvoir sa propre marque Raccard. «Nous investissons chaque année plusieurs millions de francs dans le soutien de la raclette suisse», poursuit la porte-parole. De plus, Migros verse indirectement plusieurs milliers de francs à Raclette Suisse par le biais de fournisseurs externes.

Guy Parmelin appelé à trancher

Raclette Suisse exige toutefois une participation directe aux frais de tous les fabricants de raclette et donc aussi de la fromagerie Migros de l'Oberland bernois. En conséquence, l'association a déposé une demande auprès de Guy Parmelin, ministre de l'Economie compétent. L'association espère que le Conseil fédéral obligera tous les producteurs de raclette à verser une contribution, qu'ils soient membres de l'association ou non.

De telles contributions obligatoires ne sont pas inhabituelles dans la politique agricole suisse. Elles sont regroupées sous le terme de «mesures d'entraide» et doivent garantir qu'une branche crée des conditions équitables sur l'ensemble de la chaîne de création de valeur – du paysan au commerce de détail. Si cela ne fonctionne pas parce que certains producteurs s'y soustraient, le Conseil fédéral peut intervenir sur demande et déclarer les contributions comme obligatoires. Même pour les non-membres.

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Nous voulons déposer la nouvelle demande au printemps 2026
Jürg Kriech, directeur de Raclette Suisse
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Pour l'instant, Raclette Suisse n'a pas obtenu gain de cause. En automne dernier, le Conseil fédéral a décidé que l'association ne remplissait pas les conditions légales pour déposer une demande. Le directeur Jürg Kriech ne s'avoue pas vaincu pour autant. Les statuts sont actuellement en cours de révision, jusqu'à ce que toutes les conditions soient remplies. «Nous voulons déposer la nouvelle demande au printemps 2026». La querelle du fromage attend donc de passer à la prochaine étape.

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