Pendant des décennies, des subventions illégales pour le pain ont été versées en Suisse. Jusqu'à ce que le Conseil fédéral mette un terme à cette violation de la Constitution l'année dernière, ce qui a provoqué un énorme remue-ménage dans les moulins à céréales du pays.
Les entreprises peuvent importer du blé pratiquement sans droits de douane (ndlr: des taxes prélevées par l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF)) pour produire de l'amidon. Celui-ci n'est pas seulement utilisé dans l'industrie alimentaire, mais aussi pour la production de carton ou encore pour la confection des granulés contre les escargots.
Grâce à une faille dans le système, une partie du blé bon marché importé se retrouvait dans le pain et les petits pains, et ce, encore récemment. Des milliers de tonnes de céréales destinées à la production d'amidon ont été détournées pour fabriquer de la farine. Une pratique lucrative, car le droit de douane pour le blé destiné à la fabrication du pain est bien plus élevé.
Fin 2022, c'était fini!
Il y a plusieurs années, la Confédération avait jugé cette pratique illégale. Mais grâce au lobbying du secteur concerné, rien n'a été fait pour s'opposer à cette pratique. Ce n'est qu'à la fin de l'année 2022 qu'elle a été dénoncée et stoppée.
Est-ce vraiment le cas? Car depuis peu, la polémique sur la farine bon marché occupe le Parlement. Et les agriculteurs sont inquiets.
Une intervention de l'ancien conseiller aux États Hansjörg Knecht a ravivé le débat. L'ancien politicien de l'UDC est lui-même propriétaire d'un moulin à céréales. Il a demandé que la modification soit annulée. Un nombre incroyable de 43 conseillers aux États (sur 46) ont cosigné la demande. L'approbation de la Chambre basse n'a donc été qu'une formalité.
Paysans contre paysans
Le Conseil national se prononcera lundi. L'Union suisse des paysans se mobilise pour le oui. Mais il y a de la résistance. Comme l'a appris Blick, des agriculteurs se rebellent contre ces plans et tentent de faire capoter la décision à la dernière minute. L'Union des paysans bernois, de loin la plus grande association cantonale, ose se révolter.
Markus Lüscher, de l'association bernoise, critique cette décision. Selon lui, reproduire cette ancienne règle priverait les agriculteurs de leurs revenus. En effet, les agriculteurs suisses produisent eux-mêmes plus qu'assez de blé panifiable. Comme il y en a actuellement trop sur le marché, des milliers de tonnes prévues pour la production de pain sont transformées en aliments pour animaux. C'est absurde, estime Markus Lüscher. «C'est nous, les paysans, qui devons payer pour ces excédents.»
Interrogé à ce sujet, le patron de l'Union des paysans et conseiller national du Centre Markus Ritter reconnaît que les céréales bon marché en provenance de l'étranger «peuvent peser sur le marché national des céréales panifiables», ce qui est un inconvénient pour les paysans. Mais il faut faire une «évaluation économique globale». Et les avantages l'emporteraient. En d'autres termes, Markus Ritter accorde plus d'importance aux intérêts des secteurs supérieurs qu'à ceux qu'il représente vraiment.
Crainte de suppressions d'emplois
Le secteur céréalier prévient que les moulins et autres entreprises qui dépendent de la production suisse d'amidon devront fermer s'ils ne peuvent plus importer de céréales étrangères exemptées de presque tous les droits de douane. Les emplois de dizaines d'employés seraient en jeu, affirme Thomas Helbling, président de la Fédération des Meuniers Suisses (FMS).
Mais les agriculteurs ne sont pas les seuls à s'opposer à la réintroduction des subventions pour le pain. L'association Faire Märkte Schweiz (FMS) s'y oppose également. Même si la branche prétend le contraire: «Les paysans font de mauvaises affaires. Le deal avec les grands moulins leur coûtera cher», est convaincu le président de l'association, Stefan Flückiger.