Il y a 50 ans, le Conseil fédéral a institué la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF) chargée de «réfléchir aux défis de la politique de l’égalité au niveau national.» Le jubilé a été célébré jeudi à Berne. L'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss a reçu un prix.
Remis pour la première fois, celui-ci récompense «une femme qui a marqué de son empreinte la politique de l’égalité en Suisse», relève dans un communiqué la CFQF instituée en 1976. «Je suis une militante féministe», a affirmé jeudi soir l'ex-présidente de la Confédération à l'émission Forum de la RTS, précisant que les questions sociales restent au premier plan, à ses yeux.
Et la socialiste de se souvenir qu'elle est devenue féministe à travers ces dernières et son engagement syndical. Son amie Christiane Brunner a aussi joué un rôle. A la RTS, Mme Dreifuss souligne que l'égalité s'acquiert «pas à pas». Aujourd'hui, la politique familiale (crèches et congé parental) et l'égalité des salaires constituent les principales revendications, a-t-elle précisé.
Une de ses successeures, Elisabeth Baume-Schneider, lui a rendu hommage lors de la manifestation organisée jeudi au centre de production culturelle PROGR à Berne. Et la Jurassienne de rappeler l'origine de la CFQF, cinq ans après l'obtention du droit de vote des femmes en Suisse, et la «liste impressionnante des défis relevés», ce qui «témoigne des compétences remarquables et remarquées réunies au sein de cette commission», selon la version écrite du discours de la conseillère fédérale.
Antiféminisme en ligne
De nos jours, la CFQF se consacre en particulier à l’inégalité de traitement dans les systèmes algorithmiques, relève-t-elle dans un communiqué. Elle a notamment publié un avis de droit, en 2025, qui «analyse la protection contre la discrimination algorithmique», dont les conclusions ont été présentées aussi au public.
Cette année, la CFQF a mis l’accent sur le backlash antiféministe, la réaction contre les progrès obtenus en matière de droit des femmes. Un phénomène «qui prend de l’ampleur dans le monde entier et se diversifie». Elle indique notamment que le droit des femmes est sous une pression grandissante, sous forme de «restrictions, d’attaques (...) qui s’expriment publiquement ou d’une polarisation croissante de la société.»
La CFQF travaille sur «la représentation politique des femmes en Suisse, la conciliation entre travail rémunéré et travail non rémunéré et la protection sociale», et «s’engage en faveur du renforcement des droits fondamentaux et des droits humains», selon le communiqué. Elle accueille notamment des organisations féminines ou consacrées à l'égalité, ainsi que des porte-parole de partenaires sociaux et de la communauté scientifique.
Emilie Lieberherr
Le CFQF a pu être créé notamment grâce à une étude publiée par deux sociologues en 1974, René Levy et Thomas Held, qui a montré «la forte discrimination» pesant sur les femmes en Suisse. Elle a aussi été soutenue par une résolution du quatrième Congrès suisse pour les intérêts féminins, organisé en 1975, à l'occasion de l'Année internationale de la femme proclamée par l'ONU. Emilie Lieberherr fut la première présidente de la Commission.
A ses débuts, elle s’est concentrée sur «l’élaboration de données, de prises de position et de recommandations concernant la situation effective des femmes», comme la violence à l’encontre des femmes, l'exécution judiciaire ou le droit du mariage. Elle a aussi lancé la revue Questions au féminin, qui existe toujours, et a participé à la création du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes, en 1988.