La responsable du personnel de Nestlé se livre
«C'est un cliché de dire que les jeunes sont paresseux»

Nestlé fait partie des plus gros employeurs privés de Suisse. Il trouve encore du personnel malgré la pénurie de main-d'œuvre. Mais dans les usines, la relève n'est pas assurée – les Suisses allemands manquent à l'appel. Interview de la RH de Nestlé, Sonia Studer.
Publié: 08.12.2023 à 10:00 heures
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Blick a rencontré la responsable des ressources humaines de Nestlé Suisse, Sonia Studer.
Photo: François Wavre | lundi13
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Sarah Frattaroli

Lorsque Blick débarque chez Nestlé Suisse à Vevey (VD) pour une interview, un seul poste de travail est occupé dans le bureau de co-working qui en compte pourtant une douzaine. Seul un employé de ménage s'accorde une courte pause sur une chaise de bureau.

Nous rencontrons Sonia Studer, responsable RH de Nestlé Suisse, dans le coin enfants du bureau. Les collaborateurs de Nestlé peuvent amener leurs progénitures à l'improviste et les surveiller pendant le travail. Ce jour-là, les jouets, les crayons de couleur et les puzzles sont bien rangés sur les étagères.

Sonia Studer, de nombreux employeurs demandent – ou obligent – à nouveau leur personnel à se rendre au bureau. Chez vous aussi, les employés peinent à abandonner le télétravail?
Le vendredi est effectivement plus calme, mais cela ne nous dérange pas. Chez nous, la règle est la suivante: les gens doivent passer au moins 50% de leur temps au bureau, et les 50% restant, ils peuvent travailler où ils le souhaitent. Les équipes s'organisent elles-mêmes, c'est extrêmement apprécié.

Ce coin pour enfants a donc été aménagé pour rien?
Absolument pas. Pendant les vacances d'été, nous avons eu un taux d'utilisation très élevé. Même le mercredi après-midi, lorsque les enfants n'ont pas école, il y a beaucoup d'activité. Et quoi qu'il en soit, nous ne fermerions pas cet espace simplement parce que le taux d'utilisation est inférieur à une certaine valeur. Cela soulage les parents de savoir que cette possibilité existe, surtout si aucune autre n'est possible durant les quelques heures entre l'école et l'entraînement de football ou le cours de musique.

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«Nous devons être réalistes et nous adapter aux besoins de nos futurs collaborateurs»
Sonia Studer, RH chez Nestlé
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Outre le coin enfants, il y a une salle de yoga, un centre de fitness, une salle d'allaitement et même une salle de repos où l'on peut s'allonger dans une capsule de sommeil pour une courte sieste. Dans des zones spécialement conçues, on peut même amener son chien au bureau. Est-ce que tout cela est nécessaire aujourd'hui pour le bien du personnel?
En tant qu'employeur, nous devons être réalistes et nous adapter aux besoins de nos futurs collaborateurs. Nous avons par exemple constaté que de nombreuses personnes ont adopté un chien pendant la pandémie. S'ils ne peuvent pas l'emmener avec eux au bureau, ils restent à la maison. En fin de compte, il s'agit de flexibilité. Notre congé parental non-sexiste de 18 semaines, qui est la norme minimale sur tous les sites de Nestlé dans le monde, de la Suisse au Mexique en passant par la Suède, va également dans ce sens.

On dit que la génération Z se présente à l'entretien d'embauche avec toute une liste d'exigences. En tant que responsable du personnel, ne trouvez-vous pas cela un peu pénible?
Bien au contraire! C'est une bonne chose que la jeune génération a plus d'exigences. Et de toute façon, je pense que c'est un cliché de dire que les jeunes sont paresseux. En revanche, ils ont en effet une très faible tolérance à l'inefficacité.

Vous employez 8400 personnes en Suisse, ce qui fait de vous l'un des plus grands employeurs privés du pays. Chaque année, vous mettez 450 postes au concours. Face à la pénurie de personnel qualifié, recevez-vous encore des candidatures?
Oui, nous continuons à recevoir de très nombreuses candidatures. Là où nous ressentons la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, c'est dans les usines. Surtout lorsque nous mettons des postes d'apprentissage au concours, par exemple comme automaticien ou technicien alimentaire. Il s'agit pourtant de métiers passionnants, où les jeunes ont de nombreuses possibilités de formation continue, notamment grâce à l'ère numérique.

Et dans les bureaux, au siège de l'entreprise?
Nous aimerions avoir encore plus de Suisses allemands. Mais il est parfois difficile de convaincre les gens de venir à Vevey pour un emploi. Pourtant, c'est magnifique ici!

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«Les personnes qui travaillent chez Nestlé peuvent souvent exercer plus de trois métiers différents au cours d'une carrière»
Sonia Studer, RH chez Nestlé
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Les collaborateurs dans la production – par exemple à l'usine Thomy de Bâle – ne sont-ils pas désavantagés? Si l'on prêche la flexibilité à Vevey, eux continuent à travailler en équipe à la chaîne.
Nous veillons également à plus de flexibilité sur les sites de production, par exemple avec de nouvelles planifications des équipes et des vacances. De plus, le fait que nous soyons actifs dans autant de domaines différents, de l'usine au bureau en passant par les laboratoires, est l'un de nos points forts en tant qu'employeur.

Que voulez-vous dire?
Les personnes qui travaillent chez Nestlé peuvent souvent exercer plus de trois métiers différents au cours d'une carrière. Chez nous, il y a des personnes qui commencent en apprentissage et qui restent jusqu'à la retraite. Grâce à notre envergure, les gens peuvent progresser au sein de l'entreprise.

Et cela fonctionne?
Oui. Très bien même. Bien sûr, nous ne proposons pas toujours assez rapidement à nos employeurs de passer à l'étape suivante. Alors, ils quittent l'entreprise. Mais beaucoup d'entre eux reviennent ensuite. Nous les appelons les «collaborateurs boomerang».

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«Il existe depuis 2001 une hotline anonyme qui est à la disposition de tous nos collaborateurs et de leurs proches où ils peuvent obtenir de l'aide en cas de problèmes psychiques»
Sonia Studier, RH chez Nestlé
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Avec tous vos programmes et vos offres, vous séduisez les jeunes. Les plus de 50 ans ne sont-ils pas laissés pour compte?
Premièrement, la flexibilité est une préoccupation majeure pour toutes les générations, pas seulement pour les jeunes. Et deuxièmement, en tant qu'employeur, nous devons veiller à ce que tous les groupes d'âge aient accès à des programmes de développement et de formation continue, et pas uniquement les jeunes. La motivation est bien plus déterminante que l'âge.

A propos de motivation, le surmenage et le stress sont des tendances qui concernent l'ensemble de la société. Le ressentez-vous?
Par le passé, il y avait plus d'arrêts maladie dus à des maux de dos et autres troubles physiques. Aujourd'hui, le stress mental est au premier plan. Nous le constatons de plus en plus chez les jeunes, et cela nous préoccupe.

Que faites-vous pour y remédier?
Nous abordons le sujet afin de lever le tabou. Et nous misons sur le coaching, par exemple sur des formations spécifiques à la résilience. Nous l'avions déjà fait pendant la pandémie et nous le reprenons aujourd'hui. Il existe en outre depuis 2001 une hotline anonyme qui est à la disposition de tous nos collaborateurs et de leurs proches où ils peuvent obtenir de l'aide en cas de problèmes psychiques.

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