Un taux historiquement bas
L'explosion du prix des loyers fait chuter le taux de natalité en Suisse

Le taux de natalité en Suisse atteint un niveau historiquement bas. Plusieurs études montrent que la hausse des coûts du logement joue un rôle déterminant.
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Le taux de natalité en Suisse a chuté à un niveau record.
Photo: imago/Westend61
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Martin Schmidt

Autrefois, de nombreux couples en Suisse rêvaient d'une chambre d'enfant. Aujourd'hui, ils se réjouissent déjà de trouver un appartement adapté à deux personnes. Le désir d’avoir des enfants s’est nettement affaibli, comme le montre le taux de natalité, tombé à un niveau historiquement bas. Il n'est plus que de 1,29 enfant par femme, contre encore 1,5 il y a quatre ans.

La banque allemande Landesbank Baden-Württemberg (LBBW) s’est penchée sur le lien entre les prix de l'immobilier et le taux de natalité dans 14 pays, dont la Suisse. En Norvège et en Suède, les prix des logements ont doublé entre 2000 et 2010. Dans les années qui ont suivi, le taux de natalité y a reculé de plus de 0,5 enfant par femme jusqu’en 2023. En Suisse, une hausse des prix de 30% a été suivie d’une baisse de 0,2 enfant par femme. A l'inverse, en Allemagne, où les prix sont restés stables sur cette période, le taux de natalité n’a pratiquement pas évolué.

La sécurité financière prime

La LBBW n’a pas cherché à déterminer si la hausse des prix était directement responsable de la baisse de la natalité. Une étude menée début novembre à l’Université de Toronto, au Canada, établit toutefois clairement ce lien de cause à effet. Elle montre que l’augmentation des coûts du logement constitue le principal facteur explicatif aux Etats-Unis et qu'elle est responsable de 51% de la baisse des naissances entre 2000 et 2020.

Certaines personnes désireuses d’avoir des enfants choisissent de s’installer dans des régions moins attractives et donc moins chères. Beaucoup d’adultes préfèrent toutefois réduire la taille de leur famille à mesure que les coûts du logement augmentent. Les ménages plus petits ont besoin de moins de surface habitable et disposent de davantage de moyens pour investir dans un enfant unique. D’autres renoncent complètement à la parentalité, estimant que la hausse des loyers entre en concurrence directe avec la sécurité financière et les besoins matériels de base.

Un effet comparable à l'éducation des femmes

Les effets négatifs de la hausse des coûts du logement sur le nombre de naissances sont largement documentés. Une étude menée aux Pays-Bas et publiée récemment dans une revue scientifique parvient à des conclusions similaires. Dans les marchés locatifs chers, les naissances diminuent, car les loyers élevés réduisent la part du budget pouvant être consacrée aux enfants.

Une étude de grande ampleur menée par l’Université de Tongji, en Chine, a même analysé une période de plus de 140 ans. Elle conclut que l’impact de l’augmentation réelle des prix de l’immobilier sur le taux de natalité est comparable à celui de l’amélioration du niveau de formation des femmes sur la même période.

Les loyers progressent plus vite que les salaires

Pour les jeunes adultes, les loyers proposés, c’est-à-dire ceux des logements nouvellement mis sur le marché, jouent un rôle déterminant. Lorsqu’ils sont élevés, les jeunes restent plus longtemps chez leurs parents et disposent de moins de temps pour fonder une famille après leur départ. Pour un couple envisageant d’avoir des enfants, la disponibilité de logements plus grands à un prix abordable est essentielle. Là aussi, ce sont les loyers proposés qui font la différence. Les baux de longue durée, souvent plus avantageux, n’offrent qu’une aide limitée. Obtenir un tel logement relève trop souvent du hasard.

Selon des chiffres de la société de conseil immobilier Iazi, consultés en exclusivité par Blick, les loyers proposés en Suisse, pays de locataires, ont augmenté de 27% depuis 2010. Sur la même période, les salaires nominaux n’ont progressé que de 12%. En clair, les personnes qui déménagent peuvent se permettre moins de surface habitable. Passer à un logement plus grand devient toujours plus difficile.

La propriété peut favoriser les naissances

Les loyers proposés en Suisse devraient continuer d’augmenter en 2026. Raiffeisen table sur une hausse de 2 à 3%, un chiffre qui pourrait être nettement plus élevé dans les régions les plus prisées.

La hausse des prix de l’immobilier peut toutefois, dans certaines situations, avoir un effet inverse sur la natalité. Selon l’étude néerlandaise, un jeune couple propriétaire d’un logement dont la valeur augmente sur plusieurs années peut ressentir un sentiment accru de sécurité financière, ce qui favorise le désir d’avoir des enfants.

Le problème réside dans le fait que l’envolée des prix empêche de plus en plus de jeunes d’accéder à la propriété. En Suisse, les prix de l’immobilier ont augmenté de près de 80% depuis 2010. Sans un apport financier conséquent de la part des parents, l’achat d’un logement reste souvent hors de portée. Les propriétaires suisses ont en moyenne plus de 60 ans, un groupe dont on ne peut guère attendre un renouvellement générationnel.

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