Matilda S.* vit depuis plusieurs mois avec son fils de 18 ans dans un hôtel à Goldau (SZ), mais pas par choix. C'est le service social de sa commune zougoise qui l’a transférée dans une auberge du canton de Schwytz. Une décision prise faute de logement disponible, dans un contexte de pénurie aiguë, révèle le rapport annuel du service de médiation du canton de Zoug.
Pour Matilda et son fils, la situation est très éprouvante. Elle a donc cherché elle-même un logement et trouvé un appartement de trois pièces dans le canton de Zoug pour 3500 francs par mois. Mais comme ce loyer est jugé trop élevé, le service social a refusé de le prendre en charge, alors même que l’hébergement à l’hôtel coûte nettement plus cher, soit environ 5500 francs par mois.
Matilda ne comprend pas cette décision et s’est tournée vers le service de médiation de Zoug. Bernadette Zürcher, médiatrice, est ensuite intervenue auprès de la commune concernée. Sollicité, le service social justifie l'hébergement à l’hôtel par l’absence de logements d’urgence disponibles. Il confirme également que le cas de Matilda n’est pas isolé: «En raison de la pénurie de logements abordables, nous sommes de plus en plus souvent contraints de nous rabattre sur les hôtels», écrit-il.
Bernadette Zürcher fait le même constat et indique avoir traité plusieurs situations similaires au cours de l’année écoulée. «Les hébergements à l’hôtel entraînent des coûts nettement plus élevés que les appartements aux prix du marché», souligne-t-elle. Elle relève également que des placements sont régulièrement effectués hors du canton. Pour les personnes concernées, il est souvent difficile de comprendre pourquoi un logement ordinaire n’est pas financé, alors même que les coûts des hôtels sont plus élevés.
Prévention du sans-abrisme
Selon les directives en vigueur dans le canton de Zoug, le loyer d’un ménage de deux personnes est pris en charge jusqu’à environ 1700 francs. Le rapport de la médiatrice indique toutefois que les services sociaux disposent d’une marge d’appréciation de plus en plus large.
Interrogées par Blick, plusieurs communes zougoises confirment que le logement des personnes suivies par les services sociaux devient de plus en plus compliqué. Les communes de Baar et de Risch indiquent par exemple que des personnes doivent parfois être hébergées en pension. Dans certains cas, un placement hors canton est également nécessaire. De son côté, la ville de Zoug souligne le manque de logements abordables, en particulier dans les segments les moins chers.
Toutes les communes s’accordent sur un point: les hébergements à l’hôtel génèrent de l’insécurité pour les personnes concernées et ne sont pas une solution idéale. Mais face à la tension du marché du logement, ces situations sont parfois inévitables. Dans la commune de Cham, on estime également que les coûts plus élevés restent justifiés s’ils permettent d’éviter des situations de sans-abri.
*Nom modifié