Au total, l'auteur de la fusillade d'Aarau a tiré à 40 fois sur la foule et sur une voiture. Il a tué Maria, et blessé six personnes, dont certaines grièvement. Outre les deux armes de poing, ce Suisse de 43 ans a aussi utilisé un AK-74, une arme plus connue sous le nom de kalachnikov.
Comme l’ont indiqué les enquêteurs lors de la conférence de presse de mercredi, cet homme, qui serait psychologiquement instable, détenait pourtant ces armes en toute légalité. Il les avait acquises il y a une vingtaine d’années, alors que l’ancienne législation sur les armes était encore en vigueur. Il ne présente par ailleurs aucun antécédent judiciaire.
Cette affaire met en lumière les particularités de la législation suisse sur les armes et pose la question des conditions permettant à des particuliers d’acquérir et de détenir légalement des armes semi-automatiques. Comment est-il notamment possible de posséder une kalachnikov en toute légalité? Pour en savoir plus, Blick s'est entretenu avec Christof Mazenauer, un passionné qui s'intéresse aux armes à feu depuis des années.
Un AK peut être légal
En principe, il est possible d’acquérir légalement une kalachnikov semi-automatique en Suisse, à condition d’obtenir un permis d’acquisition d’armes (PAA). Une autorisation spéciale n’est requise que lorsque le chargeur peut contenir plus de dix cartouches ou si l’arme est entièrement automatique.
Pour obtenir un permis d'armes «classique», l'acheteur doit déposer une requête au bureau cantonal des armes compétent et être âgé d’au moins 18 ans. Les autorités vérifient également qu’aucun motif légal ne s’oppose à l’acquisition, notamment l’existence d’antécédents liés à la violence. «On ne peut pas tout simplement entrer dans un magasin et repartir avec un AK», assure Christof Mazenauer. Si les conditions sont remplies, il est possible d'obtenir une acquisition de trois armes au maximum.
Pour les armes longues semi-automatiques, l'utilisation d'un chargeur de plus de dix cartouches est soumis à une autorisation spéciale. «Celle-ci permet d’acquérir légalement un chargeur de grande capacité», explique l'expert.
Les conditions de stockage revêtent également une importance capitale. Christof Mazenauer explique: «Il faut être en mesure d’expliquer comment les armes seront entreposées et qui pourra y avoir accès.» Lui-même a dû documenter les dispositifs de sécurité mis en place, ainsi que le modèle d’armoire dans lequel il conserve ses armes.
La réglementation était moins stricte avant
Le principal suspect d'Aarau avait acquis sa kalachnikov en 2005, lorsqu'il avait 23 ans. A l’époque, les restrictions actuelles sur les grands chargeurs n’étaient pas encore en vigueur. L’acquisition d’une arme semi-automatique ordinaire était donc plus facile sur le papier.
Depuis, la législation suisse sur les armes s'est durcie. Un tournant majeur est intervenu en 2019: depuis lors, certaines armes semi-automatiques munies de grands chargeurs ne peuvent être acquises qu'au bénéfice d'une autorisation exceptionnelle.
Le fait que le tireur présumé n'avait que 23 ans au moment de l’achat ne constitue pas un problème. «En Suisse, on peut acquérir une arme dès l’âge de 18 ans, à condition qu’il n’y ait pas de motifs d’interdiction», explique Christof Mazenauer.
Pas de test psychologique obligatoire
Une expertise psychologique n’est pas non plus systématiquement exigée lors de l’acquisition d’une arme. Christof Mazenauer le sait par expérience: «En principe, tu n’as pas besoin d’une expertise psychologique. Moi-même, par exemple, je n’ai pas eu à en passer une.»
Un coup d’œil aux sites web des revendeurs suisses montre que les armes de la gamme AK sont proposées à partir d’environ 2000 francs. Reste que la kalachnikov occupe une place plutôt marginale dans les stands de tirs.
Tireur sportif depuis 60 ans, le Valaisan Francis Pianzola est catégorique: «Pour nous, tireurs sportifs, cette arme n’a absolument aucune valeur.» La raison? Trop imprécise. «Elle est facile à utiliser, mais manque de précision», explique à Blick ce fin connaisseur des armes à feu. C’est pourquoi l’AK est davantage une pièce de collection qu’un équipement sportif. «Je pense que si quelqu’un se présentait chez nous au stand de tir avec une kalachnikov, on le renverrait chez lui.»
Christof Mazenauer souligne toutefois une différence fondamentale entre la détention d’une arme et son utilisation dans le cadre d’un acte de violence: «Pour lui, cette arme était un moyen d’atteindre un but, celui de causer le plus de dégâts possible.» L'expert ne souhaite en revanche pas spéculer sur l’état d’esprit du tireur présumé au moment de l’achat de l’arme. «Nous ne savons pas dans quel état il se trouvait lorsqu’il a acheté l’arme. Mais plus de 20 ans se sont écoulés entre l’achat en 2005 et les faits. Il est peu probable qu’il l’ait achetée à l'époque en se disant: 'Dans 20 ans, j’irai à une rave à Aarau et j’y tuerai des gens.'»