Le commentaire de Claude Ansermoz après la fusillade d’Aarau
Aarau, le deuil plutôt que la haine

Une jeune Italienne de 22 ans a été tuée lors de la rave d’Aarau. Avant même que les faits soient connus, certains avaient déjà désigné Schengen et les étrangers. Puis le suspect s’est révélé suisse. Et jurassien. Mais qu’est-ce que cela change, au fond?
Après le drame d'Aarau, le piège de la récupération politique.

En bref

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  • La fusillade d’Aarau a coûté la vie à une Italienne de 22 ans et blessé cinq personnes.
  • Alors que les réseaux sociaux ont rapidement accusé l’immigration et Schengen, le principal suspect est un Suisse de 43 ans.
  • Cet éditorial interroge notre besoin de transformer chaque tragédie en argument politique.
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Claude AnsermozRédacteur en chef en charge des contenus

Que dire, qu’écrire quand on ne sait presque rien d’un fait divers? Sinon, peut-être, commencer par se taire un peu. A Aarau, une jeune femme a été tuée alors qu’elle faisait simplement la fête. Et même si Aarau n’a rien à voir avec Crans-Montana, le choc touche à nouveau une jeunesse suisse qui ne demandait rien d’autre que de sortir, de danser, de vivre. On pourrait donc simplement pleurer.

Mais très vite, les réseaux sociaux ont fait ce qu’ils font désormais presque toujours: chercher un responsable avant même de connaître les faits. Certains avaient déjà trouvé l’explication. Schengen. L’étranger. L’ouverture des frontières. Comme si chaque drame devait immédiatement venir confirmer une conviction politique préexistante.

Une tragédie en argument

Puis une autre information est tombée: le suspect est suisse. Mais un vrai Suisse? Ne serait-il pas naturalisé? Eh bien non: il est Jurassien. Les plus fins connaisseurs de la Question jurassienne pourront donc désormais débattre de son degré exact de suissitude. Sur les réseaux ou dans les bistrots.

Mais qu’est-ce que cela change, au fond? Est-ce que cela enlève quoi que ce soit à la douleur de la famille de cette jeune Italienne assassinée? Est-ce que cela rend le crime plus compréhensible? Est-ce que cela dit soudain quelque chose de plus juste sur notre pays? Non.

Cela rappelle surtout à quel point nous sommes devenus prompts à transformer une tragédie en argument. A désigner l’autre avant même de savoir qui il est. A chercher dans chaque drame la preuve que nous avions raison.

Dans une Suisse traversée par les débats sur l’immigration, la croissance démographique ou la neutralité, la tentation est grande de faire entrer chaque événement dans une grille politique toute faite. Mais parfois, un drame ne confirme rien. Il détruit simplement une vie, une famille et une part d’insouciance. Et peut-être est-ce déjà suffisamment insupportable comme cela.

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