En bref
- Les offres «Buy now, pay later» séduisent de plus en plus en Suisse, permettant d'acheter à crédit sans frais immédiats. Cependant, elles augmentent le risque d’endettement, notamment pour les jeunes consommateurs
- Le Conseil fédéral doit analyser les lacunes juridiques liées à ces offres et envisager des mesures comme exclure les mineurs ou imposer un contrôle strict de solvabilité
- Le marché suisse pourrait atteindre un volume de 3 à 4 milliards de CHF d’ici 2031, avec une croissance annuelle estimée à 10%
De nouvelles chaussures sont déjà sur vos pieds, mais pas un seul franc n'a encore quitté votre compte en banque. En Suisse, les offres «Buy now, pay later» («Achetez maintenant, payez plus tard») connaissent un succès croissant. Acheter à crédit en ligne est on ne peut plus simple: la facture est reportée ou fractionnée en plusieurs versements sur une période plus longue – ce qui revient, au fond, à un crédit à court terme.
Si la formule a de quoi séduire sur le papier – elle soulage en effet le porte-monnaie dans un premier temps –, l'addition peut vite s'avérer salée. Selon les prestataires, des intérêts ou des frais supplémentaires viennent fréquemment gonfler la note. Et puis, ceux qui accumulent plusieurs factures impayées ou manquent des échéances de paiement risquent de perdre le fil des dépenses. Le risque d’endettement s’en trouve accru.
Face à cette dérive, le modèle «Buy now, pay later» se retrouve désormais dans le viseur du Conseil fédéral: celui-ci recommande l’adoption de deux interventions parlementaires qui exigent une analyse plus approfondie du risque d’endettement lié à ce type d’offres. Berne doit proposer des mesures pour remédier à ce problème.
Les conseillers en endettement tirent la sonnette d’alarme
Ces interventions ont été déposées par le conseiller national vaudois des Vert-e-s Raphaël Mahaim, président de l’association faîtière «Dettes Conseils Suisse», et par sa collègue du Parti libéral démocrate (PLD), Patricia von Falkenstein. Cette initiative bénéficie d’un soutien au-delà des clivages politiques: les interventions ont été cosignées par des personnalités politiques tant de gauche que de droite.
Dettes Conseils Suisse avait déjà tiré la sonnette d’alarme au printemps. Son directeur, Pascal Pfister, avait déclaré à Blick que les offres «Buy Now, Pay Later» gagnaient en importance, notamment auprès des jeunes, les conditions d’accès étant moins strictes que pour les crédits à la consommation classiques et les cartes de crédit. Pascal Pfister évoquait une «zone grise juridique».
Selon ces interventions parlementaires, le Conseil fédéral doit examiner quelles lacunes juridiques existent en matière de protection contre l’endettement et comment garantir un contrôle efficace de la solvabilité pour ce type d’offres. Des mesures fortes doivent également être étudiées, notamment l'éventualité d'exclure purement et simplement les mineurs ou les personnes faisant l'objet de poursuites.
Faut-il contrôler plus strictement la solvabilité?
Dans le même esprit, le Conseil fédéral devra se pencher sur le cas des clients qui recourent de manière répétée à ces achats à crédit. Le gouvernement doit préciser comment évaluer leur capacité financière dès lors que le cumul de leurs engagements dépasse la barre des 500 francs. Ce seuil correspond précisément au plancher fixé par la loi sur le crédit à la consommation.
Ce secteur devrait continuer à se développer: les estimations tablent sur une croissance annuelle d’environ 10%. Selon ces prévisions, le volume des opérations «Buy now, pay later» en Suisse pourrait atteindre trois à quatre milliards de francs d’ici cinq ans.