Des fake news avec Federer, Keller-Sutter...
Facebook amasse des milliards avec des publicités frauduleuses

Des escrocs arnaquent les utilisateurs avec de fausses vidéos et Facebook en profite. Des documents internes montrent que si le chiffre d'affaires diminue trop, l'équipe anti-fraude est stoppée.
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L'idée d'origine de Facebook était de se mettre en réseau avec des amis, mais entre-temps, la fraude s'y est aussi immiscée.
Photo: Shutterstock
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Otto Hostettler
Beobachter

La vidéo sur Facebook circule depuis des mois outre-Sarine: une présentatrice du «Tagesschau» de la SRF couvre une manifestation. Puis, la caméra change d'angle: la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter annonce que le gouvernement a «ouvert» une plateforme pour permettre à tout le monde de gagner 7000 francs.

Mais tout cela n'est que mensonge. Des escrocs ont volé ces images et créé des vidéos truquées à l’aide de l’intelligence artificielle. Ces vidéos, d’apparence réaliste, mènent à un faux site web de Blick, qui redirige ensuite vers une bourse de bitcoins douteuse, escroquant ainsi les utilisateurs.

Un article du «Beobachter»

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Facebook ignore la fraude

Lorsqu'une victime signale l'escroquerie à Facebook, le groupe répond d'un revers de main: «Nous avons examiné cette page et constaté qu'elle n'enfreignait pas nos normes communautaires», indique la réponse standard.

Pas étonnant que Facebook ne supprime pas de tels posts. Le groupe génère chaque année environ 10% de son chiffre d’affaires avec des annonces frauduleuses, selon une enquête de l’agence de presse Reuters. Elle s’appuie sur des documents internes à l’entreprise. 10% représentent pour Meta environ douze milliards de dollars.

D’après Reuters, le groupe a même mis en place des directives internes pour limiter l’action de ses équipes anti-fraude. Dès que le chiffre d’affaires diminue de plus de 0,15%, des «Revenue Guardrails» sont activés, interdisant ainsi aux équipes de prendre de nouvelles mesures. En clair, cela signifie que la lutte interne contre la fraude ne peut être active que jusqu’à ce que ses actions entraînent une réduction du chiffre d’affaires d’environ 140 millions de dollars.

Des frais publicitaires plus élevés

Mais Meta ne se contente pas de laisser les mains libres aux fraudeurs sur sa plateforme. Le groupe encaisse encore des frais supplémentaires: il facture des frais publicitaires plus élevés aux acteurs frauduleux. Ces annonces deviennent particulièrement lucratives pour l’entreprise.

Parallèlement, le système de personnalisation de la publicité diffuse encore davantage de contenus frauduleux dans la timeline des utilisateurs qui ont cliqué sur un tel post, souvent par curiosité ou ignorance. Le système interprète ces clics comme un «intérêt» et entraîne les victimes dans une véritable spirale d’escroqueries. 

Meta a précisé auprès de Reuters que les estimations internes sur les revenus générés par les annonces frauduleuses ne sont que des extrapolations théoriques. Les documents divulgués ne révèlent pas l’ampleur exacte de l’action entreprise contre la fraude. Meta souligne que des efforts importants sont investis dans ce domaine. 

Une loi édentée

Et que fait le Conseil fédéral? Il propose un texte de 16 pages au nom encombrant de «loi fédérale sur les plates-formes de communication et les moteurs de recherche» (LCom). La loi exige seulement que la publicité soit signalée comme telle – une mesure déjà en place.

Elle prévoit certes une procédure de notification pour les utilisateurs, mais elle ne contraint pas les groupes à supprimer les contenus illégaux. On ne sait pas encore quand elle sera débattue au Parlement. En attendant, les fausses vidéos continuent de circuler sur Facebook. 

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