«Macron s'approche un peu trop»
Ignazio Cassis partage des anecdotes rigolotes sur sa vie de ministre

Les yeux bleus de Macron et les hanches de Trump: le conseiller fédéral PLR Ignazio Cassis s'est livré dans un podcast. Il a aussi évoqué l'accord avec l'UE et balayé les arguments d'opposants.
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En tant que ministre des Affaires étrangères, responsable de l'accord avec l'UE, Ignazio Cassis n'a pas beaucoup de raisons de rire.
Photo: keystone-sda.ch
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Daniel Ballmer et Pascal Scheiber

Pour Ignazio Cassis, la Suisse n'est pas le pays idéal pour faire de la politique étrangère. «Je ne peux même pas faire de grands voyages à travers le monde», ironise le conseiller fédéral PLR. «Je suis un peu bloqué avec la séance du Conseil fédéral chaque mercredi. C'est un désavantage par rapport à d'autres Etats», a-t-il expliqué à Michael Elsener, humoriste qui tient un podcast dédié à la politique «Politkuchen». 

Le ministre des Affaires étrangères est d'humeur taquine. Une image qui contraste avec celle, sérieuse, qu'il donne lors ses conférences de presse. «J'essaie de m'adapter à la culture de la majorité du pays», rétorque le Tessinois.

Car il faut l'admettre: la Suisse alémanique n'est pas particulièrement connue pour son sens de l'humour. Mais Ignazio Cassis attache une réelle importance à l'humour au sein de son équipe et de l'administration fédérale. «Sinon, vous ne survivez pas», affirme le ministre. 

Un regard de médecin

Le conseiller fédéral s'est aussi laissé aller à quelques confidences. Il a notamment évoqué les grands yeux bleus du président français Emmanuel Macron, glissant avec humour qu’il a tendance à «s'approcher toujours un peu trop». 

Il ne pouvait pas manquer de faire référence à Donald Trump. Le Tessinois a expliqué le sentiment spécial de serrer la main de l'un des hommes les plus puissants du monde. «Mais après bientôt neuf ans de mandat, je dois dire qu'on s'habitue vraiment à tout.»

Ignazio Cassis admet aussi que son regard de médecin ne le quitte jamais. A chaque visite officielle, il s'interroge sur l'état de santé de ses interlocuteurs, comme les hanches de Trump. Une première rencontre s'apparente un peu à ce que font les mammifères: se scruter mutuellement. «C'est comme ça que j'ai été formé», se justifie le chef du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). «Il m'est déjà arrivé de donner des conseils de santé.»

Son interlocuteur, Michael Elsener, lui a demandé s'il avait le sentiment d'être «arnaqué» lors des négociations avec d'autres pays. «C'est toujours le cas», avance Ignazio Cassis d'un ton sec. «La politique étrangère est une politique d'intérêts. Tout est un jeu de pouvoir. Tous les jours.»

«C'est un dérapage de la raison»

Autre thème central de l'échange: l'accord avec l'Union européenne (UE). «Avez-vous vraiment lu les 1000 pages du traité? J'en ai écrit la plupart moi-même», déclare Ignazio Cassis. «Vous ne pouvez pas vous imaginer le travail que cela a représenté.»

Il explique comment chaque détail a été discuté durant des heures. Une démarche épuisante, mais essentielle lorsqu'il s'agit d'un «mariage de raison». «Sans ces discussions, nous serions devenus membres de l'UE depuis longtemps.»

Il n'hésite pas non plus à balayer les critiques de ses adversaires. Lorsqu'il lit par exemple que l’accord avec l'UE signifierait la fin de la Suisse ou obligerait le pays à reprendre l’ensemble du droit européen, il s’interroge: «Voulons-nous encore être honnêtes? Ou peut-on désormais affirmer n’importe quoi, simplement parce que la réalité ne nous convient pas?»

Ce qui l’inquiète, précise-t-il, ce n’est pas l’opposition en soi, mais la manière dont le débat est mené. Selon lui, ce phénomène dépasse largement la seule question européenne: «C’est un dérapage de la raison.»

«J'aide ma femme»

Lorsqu'il est chez lui, Ignazio Cassis aime se déconnecter. Lors de son élection au Conseil fédéral, il avait promis à sa femme de rester comme il était. «Et c'est le cas», affirme-t-il. Pour se détendre, il aime s'occuper du jardin. «J'aide ma femme, là-bas c'est elle la cheffe.»

Mais même au Tessin, Ignazio Cassis ne semble pas pouvoir se défaire complètement de son rôle de ministre des affaires étrangères. «Je veille aussi à avoir de bonnes relations avec mes voisins.»

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