Des taux de PFAS élevés
Mélanger de la viande contaminée: un projet très flou soutenu par le Conseil fédéral

Remplacer la viande contaminée par de la viande saine? le Parlement veut ainsi sauver des agriculteurs suisses. Mais la manière dont le mélange doit se faire suscite doutes et oppositions.
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Il est désormais interdit de mélanger des aliments contaminés avec des aliments non contaminés.
Photo: IMAGO/Fotostand
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Tina Berg
Beobachter

De nombreuses vaches qui paissaient dans les pâturages du nord-est du canton de Saint-Gall ont ingéré des quantités très élevées de produits chimiques de type PFAS. A tel point que leur viande dépassait les valeurs maximales autorisées. Les autorités l’ont annoncé durant l’été 2024. Le choc a été immense.

Les PFAS sont des substances chimiques extrêmement persistantes. Elles ne présentent pas de danger immédiat, mais exercent un effet toxique chronique. Elles s’accumulent dans l’environnement comme dans l’organisme humain, sont parfois cancérigènes et sont associées à de nombreux problèmes de santé.

Un article du «Beobachter»

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Mélanger les viandes

Pour les agriculteurs saint-gallois concernés, la découverte a tout d’une catastrophe. Ils redoutent tout simplement pour leur survie économique. Afin de leur venir en aide, le conseiller aux Etats saint-gallois du Centre Benedikt Würth a déposé une intervention parlementaire.

Sa proposition: permettre de mélanger de la viande contaminée avec de la viande saine, par exemple dans de la viande hachée ou des saucisses, afin que la valeur limite soit respectée et que les entreprises concernées puissent continuer à commercialiser leur production. Aujourd’hui, une telle pratique est explicitement interdite.

Le Conseil fédéral s’est montré favorable à cette idée. Le Parlement également. Le feu vert définitif devrait intervenir lors de la session de printemps.

Faut-il déclarer la transformation?

Personne ne veut ou ne peut dire comment ce mélange fonctionnerait concrètement. Combien de temps faudrait-il pour analyser la viande contaminée et organiser un tel procédé? Qui porterait la responsabilité de sa mise en œuvre? Les détaillants devraient-ils déclarer la viande mélangée?

Aucun acteur ne fournit de réponses précises. Tout demeure encore trop flou, estiment les différents intervenants, de Migros aux représentants de la filière viande, en passant par la Communauté d’intérêts du commerce de détail et l’Association des chimistes cantonaux. Tous renvoient à l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), compétent en la matière. Celui-ci ne souhaite toutefois pas se prononcer sur la mise en œuvre avant la consultation. Quand débutera-t-elle? «Peu de temps» après l’adoption de la motion.

L’Office fédéral de l'agriculture (OFAG) ignore si ce que prévoit la motion est pratiqué dans un autre pays. La Suisse emprunterait donc une voie singulière. Et cela sans consultation populaire, puisque les adaptations se feraient par voie d’ordonnance. Aucun référendum ne serait possible.

Ne pas risquer de nuire à l'image de marque

Proviande, l’interprofession suisse de la viande, se montre réservée. Elle ne veut en aucun cas mettre en péril son image: «Nous considérons le mélange proposé comme critique. Toute solution susceptible de donner l’impression d’un risque pour les consommateurs serait problématique», déclare son porte-parole Philippe Haeberli. Les avis divergent toutefois au sein de la filière. Si la situation difficile des entreprises concernées est comprise, de nombreuses questions subsistent quant à la faisabilité.

Ils ne sont pas les seuls, comme le souligne Josianne Walpen, responsable de l’alimentation à la Fondation pour la protection des consommateurs: «Dans le secteur alimentaire, il existe de sérieux doutes quant à la mise en circulation de cette viande – nous l’entendons de différents côtés.» Les efforts nécessaires et les coûts seraient tout simplement trop importants.

La protection des consommateurs s’oppose clairement à tout projet de mélange de viande: «On accepte ainsi sciemment un risque pour la santé des consommateurs.»

Toujours pas d'interdiction à Saint-Gall

A Saint-Gall, les autorités savent que 23 exploitations sont considérées à risque dans la région concernée. Pourtant, aucune interdiction de vente de denrées contaminées n’a été prononcée à ce jour. C’est ce que confirme le département de la santé du canton sur demande. «Une interdiction générale de vente des produits provenant des 23 entreprises à risque n’est pas possible, car une mesure individuelle ne permet pas de tirer des conclusions contraignantes sur l’ensemble du stock.»

La loi est pourtant claire: en cas de dépassement des valeurs limites, la viande ne peut pas être commercialisée. C’est pourquoi l’OFAG avait vivement critiqué la pratique saint-galloise dès mai 2025 dans la «NZZ». Jusqu’à présent, l’autorité n’a toutefois pas ordonné l’application stricte du droit en vigueur. Il semble désormais que sa patience atteigne ses limites. Interrogé par le «Beobachter», l’OFAG confirme qu’une directive en ce sens est «actuellement en discussion».

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