Des élus au front
Une ordonnance sur l'armée risque d'aggraver la pénurie aiguë d'ambulanciers

Depuis juin, les ambulanciers doivent à nouveau effectuer leur service militaire. Une décision qui pourrait aggraver la pénurie déjà aiguë de personnel qualifié. Le Conseil fédéral campe sur sa décision malgré les critiques.
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Les ambulanciers étaient jusqu'à présent dispensés du service militaire. (Image d'illustration)
Photo: keystone-sda.ch
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Daniel Ballmer

Le ministre de la Défense ne fait pas les choses à moitié. Martin Pfister compte regarnir les rangs de l'armée coûte que coûte. Preuve en est, la suppression de l’exemption de l’obligation de servir dont bénéficiaient jusqu’ici les ambulanciers; dès le 1er juin, ils devront eux aussi retourner sous les drapeaux. En effet, les ambulanciers étaient exemptés de service militaire pour garantir la continuité des soins d'urgence et préserver la sécurité de la population. 

Cette nouvelle ordonnance est entrée en vigueur sans que le Parlement, les cantons ou les associations concernées n’en aient été préalablement informés. Les nombreuses critiques suscitées par cette décision n'ont pas suffi à faire céder le Conseil fédéral. «De nombreuses personnes sont tout aussi indispensables dans la société civile qu’au sein de l’armée», écrit le Conseil fédéral dans sa réponse à une intervention parlementaire multipartite. «Des dispenses excessives signifieraient tôt ou tard la fin d’une armée de milice suisse fonctionnelle et prête à intervenir.»

Une pénurie d'ambulanciers aggravée

Le conseiller national de l'Union démocratique du centre (UDC), Yvan Pahud, compte parmi les principaux détracteurs de cette décision. Dans l'intervention qu'il a rédigée avec d'autres élus, il exhorte le Conseil fédéral à revenir sur sa décision. Selon eux, c'est la question de la sécurité de la population qui est en jeu. «En s’efforçant de renforcer un pilier important de la sécurité du pays, on court le risque d’affaiblir un autre pilier, non moins indispensable», argue le député vaudois.

L’association faîtière des services médicaux d’urgence, l'IAS, tire également la sonnette d’alarme: «La Suisse manque déjà actuellement de 132 ambulanciers», soulève son directeur général, Roman Burkart, cité par «Beobachter». La décision du ministre de la Défense porterait un coup dur sur les effectifs, puisque près d'un tiers des ambulanciers de sexe masculin ont moins de 35 ans et sont donc encore en âge d’accomplir leur service obligatoire. «On estime que 10 à 15% des effectifs seront perdus. Cela représente entre 50 et 75 postes à temps plein.»

Les associations du secteur alertent déjà sur une situation à flux tendu, marquée par une charge de travail conséquente et des difficultés à remplacer les absents. Avec la nouvelle ordonnance, la pénurie d’ambulanciers risque donc de s'accentuer, faisant peser un risque majeur sur la prise en charge médicale de la population suisse. Non seulement au quotidien, mais aussi – et surtout – dans les situations de crise.

Le Conseil fédéral reste de marbre

La Conférence des associations des services de secours professionnels abonde dans le même sens: «Je ne pense pas que nous ne serons plus en mesure, par exemple, de prendre en charge un arrêt cardiaque», déclare son président, Romuald Cretin, à la RTS. Il pense, en revanche, que les répercussions de cette décision pourraient nettement se faire sentir dans d'autres cas: «Une ambulance envoyée pour une intervention telle qu’une fracture de la hanche pourrait être redirigée vers une urgence plus grave.»

Le Conseil fédéral semble peu sensible à ces arguments. Avec cette nouvelle ordonnance, il estime n’avoir fait que mettre en œuvre des décisions déjà prises par le Parlement: «Les conditions d’exemption du service militaire dans le secteur de la santé et des services de secours ont été adaptées dans le sens d’une application plus restrictive.» L’objectif est ainsi de garantir suffisamment de soldats pour les fonctions clés de l’armée. La mesure doit aussi permettre de traiter les différents corps de métier sur un pied d’égalité.

De leur côté, les opposants maintiennent qu'un revirement du Conseil fédéral n’aurait aucun impact sur les effectifs de l’armée. Il ne s’agirait finalement que de 50 à 75 hommes. Pour les services sanitaires, déjà en sous-effectif, la nouvelle ordonnance aurait en revanche de terribles conséquences.

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