Des chercheurs de l'ETH sont inquiets
Les chaleurs extrêmes menacent-elles la Suisse à l'avenir?

Des chercheurs de l'ETH Zurich préviennent que les records de chaleur pourraient être battus jusqu'à 7 degrés dans le monde entier. Et la Suisse pourrait pareillement être menacée par des températures extrêmes.
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Des vaches dans un lac asséché au col de l'Albula: scène de l'été caniculaire 2003 (photo d'archives).
Photo: KEYSTONE

Les vagues de chaleur en Europe pourraient, dans le pire des cas, dépasser dès aujourd'hui les records précédents, et ce, jusqu'à trois degrés. C'est ce que montre une étude menée par des chercheurs de l'EPF de Zurich et publiée mardi dans la revue spécialisée «Nature Communications». L'intensité de la vague de chaleur actuelle en Suisse serait ainsi largement dépassée.

Les scientifiques de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich ont pour cela recherché de manière ciblée les pires scénarios, comme l'a expliqué le responsable de l'étude Erich Fischer à l'agence de presse Keystone-SDA.

Jusqu'à 7 degrés en plus

Résultat: si certaines conditions météorologiques se réunissent, une vague de chaleur en région parisienne pourrait dépasser de deux à trois degrés le record de chaleur précédent. Dans l'agglomération de Chicago, des vagues de chaleur de six à sept degrés au-dessus du record précédent seraient même possibles.

«Il ne s'agit pas d'être alarmiste. Il s'agit de scénarios très improbables», a souligné Erich Fischer. Selon lui, il s'agit de créer une nouvelle base de planification.

«Les autorités publiques ou les entreprises privées devraient tester soigneusement si nos systèmes de santé, comme les maisons de retraite et les hôpitaux, et nos infrastructures, comme l'approvisionnement en électricité ou les systèmes de transport, sont prêts à faire face à ces événements», poursuit-il.

Des urgences sanitaires

Selon Erich Fischer, cette étude a été motivée par la vague de chaleur record qui a frappé le Canada en 2021. Dans la localité canadienne de Lytton, les températures ont atteint des sommets de 49,6 degrés Celsius, soit environ cinq degrés de plus que jamais auparavant.

La vague de chaleur a entraîné de nombreuses urgences sanitaires, des décès dus à la chaleur et des incendies de forêt. Elle a également eu des répercussions sur les infrastructures, notamment sur l'approvisionnement en électricité, la forte demande de climatisation et de systèmes de refroidissement ayant entraîné des coupures de courant.

«Nous devons penser à l'impensable»

«Nous avons tendance à nous préparer aux pires extrêmes que nos parents ou grands-parents ont connus», a déclaré Erich Fischer. Suite au changement climatique, les risques d'aujourd'hui sont toutefois différents de ceux de la période d'observation, selon le chercheur. «Souvent, ce n'est qu'après de tels événements extrêmes que des mesures sont prises», a déclaré Fischer. Cela doit changer.

Dans leur étude, les chercheurs affirment donc qu'il est important de se préparer à ce que l'on appelle les «cygnes noirs». En bourse, un cygne noir désigne un événement très improbable, mais qui peut tout de même se produire. «Nous devons penser à l'impensable», insiste Erich Fischer.

Jusqu'à 6 degrés plus chauds que la canicule actuelle

Pour la Suisse, le pire scénario de la canicule n'a pas encore été étudiée. Erich Fischer estime toutefois qu'ici aussi, cinq à six degrés de plus qu'actuellement sont encore possibles, selon les estimations du responsable de l'étude.

Mais Erich Fischer a expliqué qu'il ne peut toutefois pas y avoir de «chaleur infinie». A partir d'une certaine température, l'atmosphère devient si instable que des orages se forment, ce qui fait baisser les températures.

Pour la prochaine étape, les chercheurs souhaitent étudier les scénarios les plus pessimistes pour d'autres régions. A côté de cela, d'autres études sont en cours pour des phénomènes naturels divers comme la sécheresse, les pluies, mais aussi les froids extrêmes.

(ATS)

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