Les conséquences du réchauffement climatique
Le Rhin, artère vitale de la Suisse, pourrait devenir impraticable durant plusieurs mois

La vague de chaleur de cet été a fait fortement baisser le niveau du Rhin et perturbé la navigation. Les experts prévoient qu'à l'avenir, le fleuve pourrait être impraticable plusieurs mois par an, avec de lourdes conséquences pour l'économie.
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La navigation sur le Rhin est menacée par le changement climatique.
Photo: imago/Jochen Tack

En bref

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  • Le Rhin, artère clé pour le transport de marchandises en Europe, voit son niveau baisser régulièrement à cause du changement climatique, ce qui menace la navigation.
  • Selon l'hydrologue Massimiliano Zappa, le Rhin pourrait devenir inutilisable pour la navigation jusqu’à cinq mois par an d'ici 2100, contre deux semaines historiquement.
  • Pour atténuer les effets, des mesures sont envisagées, comme le renouvellement de la flotte avec 1000 navires adaptés d'ici 2035 et l'approfondissement des chenaux.
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Martin Schmidt

Ce que le détroit d'Ormuz est au monde, le Rhin l'est à l'Europe. Le fleuve constitue l'artère principale du transport de marchandises sur le continent et revêt une importance capitale pour la Suisse. Environ 10% des marchandises et des matières premières que le pays échange avec l'étranger sont acheminées par bateau sur le Rhin.

La vague de chaleur de cet été a une nouvelle fois montré la fragilité de cette artère vitale. La limitation de la navigation a fait grimper le prix de l'essence jusqu'à 16 centimes par litre. Dans le secteur de la construction routière, des travaux ont dû être reportés. Des projets de gratte-ciel ont également pris du retard en raison d'une pénurie d'acier de construction.

Les récentes pluies ont certes légèrement stabilisé le niveau du Rhin. Mais une question demeure: dans quelle mesure la navigation sur le fleuve sera-t-elle menacée à l'avenir? «A l'avenir, le Rhin deviendra moins fiable pour la navigation», explique Massimiliano Zappa, hydrologue à l'Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).

La période critique estivale s'allonge de plus en plus

Au cours du siècle dernier, la navigation sur le Rhin n'a été restreinte que très rarement en raison de sécheresses extrêmes. Depuis, les épisodes de ce type se sont nettement multipliés. Les étés 2003, 2018, 2020, 2022 et celui de cette année ont ainsi été marqués par une forte baisse du niveau du fleuve. «Cet été, on ressent fortement les effets d'un hiver peu enneigé. Cette eau de fonte fait défaut», explique Massimiliano Zappa.

Pour les experts, ces phénomènes deviendront de plus en plus fréquents à l'avenir sous l'effet du changement climatique. Jusqu'à présent, le Rhin atteignait son niveau maximal en juin et juillet, porté par la fonte des neiges. En août, la fonte des glaciers prenait progressivement le relais et contribuait davantage au niveau du fleuve.

Les perspectives pour les prochaines décennies sont toutefois préoccupantes pour cette artère vitale. La limite des chutes de neige ne cesse de s'élever et les quantités diminuent. La fonte intervient ainsi de plus en plus tôt au printemps, ce qui avance également la date du pic de niveau du Rhin. D'ici 2050, la fonte toujours plus rapide des glaciers compensera en partie ce phénomène. Mais d'ici là, les glaciers devraient avoir tellement diminué qu'ils fourniront eux aussi de moins en moins d'eau.

Ainsi, la navigation sur le Rhin deviendra de plus en plus aléatoire. «A l'avenir, le niveau du fleuve descendra nettement plus souvent qu'auparavant, pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois par an, à un niveau critique pour la navigation», explique Massimiliano Zappa. Historiquement, une telle situation ne se produisait qu'environ deux semaines par an. Selon les modèles de prévision, la navigation sur le Rhin pourrait toutefois être menacée environ cinq mois par an à l'horizon 2100.

«Le transport deviendra nettement plus coûteux»

Les répercussions économiques pourraient être considérables. Selon les calculs de l'Institut de Kiel pour l'économie mondiale, une période de basses eaux de 30 jours réduit actuellement la production industrielle allemande de 1%. Si le Rhin, véritable artère vitale, venait à s'assécher régulièrement à l'avenir, ces perturbations pourraient se traduire par des pertes chroniques se chiffrant en milliards. Les sites industriels implantés le long du fleuve seraient particulièrement exposés et devraient revoir leurs chaînes logistiques, au prix d'investissements colossaux.

«En Suisse aussi, il faudra recourir davantage au rail, à la route et au transport aérien pour pallier les périodes de sécheresse», explique Jan-Egbert Sturm, directeur du Centre de recherche conjoncturelle de l'EPFZ. L'extension des capacités ferroviaires et routières coûtera des milliards de francs. «Le transport deviendra nettement plus coûteux. Les conséquences effectives pour l'économie dans son ensemble sont toutefois difficiles à prévoir.»

Du côté des importations, les produits pétroliers représentent aujourd'hui plus de la moitié des volumes transportés. Si la Suisse parvient, comme prévu, à réduire sensiblement sa dépendance aux combustibles fossiles au cours des prochaines décennies, les effets négatifs d'une navigation rhénane moins fiable pourraient s'atténuer. En revanche, si les volumes d'importation restent élevés, une augmentation des réserves stratégiques pourrait devenir nécessaire, estime Jan-Egbert Sturm.

Une flotte adaptée aux basses eaux

Mais le secteur de la navigation rhénane entend lui aussi s'adapter. D'ici 2035, le PDG du groupe HGK réclame le renouvellement de la flotte, avec jusqu'à 1000 nouveaux navires de transport plus larges et à tirant d'eau réduit. Par rapport aux anciens modèles, ces bateaux peuvent transporter près du double de fret lorsque le niveau du fleuve est extrêmement bas.

D'autres mesures sont également envisagées, comme l'approfondissement des chenaux de navigation sur les tronçons particulièrement critiques, à l'image du goulet de Kaub, près de Coblence en Allemagne. La mise en place d'entrepôts intermédiaires supplémentaires permettrait par ailleurs d'importer davantage de marchandises au printemps, lorsque le niveau du Rhin est élevé.

Ces investissements rendraient la navigation sur le Rhin nettement plus fiable, du moins pour les prochaines décennies. Mais si les prévisions climatiques se confirment, les mesures techniques prises par les autorités allemandes finiront par perdre toute leur efficacité vers la fin du siècle. Le trafic fluvial pourrait alors être restreint pendant plusieurs mois chaque année.

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