Probablement des mois avant une résolution
Le bug informatique du Seco bloque 75 millions et prive 15'000 Suisses d'indemnités chômage

Près de 15'000 Suisses n'ont toujours pas reçu leurs indemnités de chômage de janvier, selon le Seco. Un bug informatique majeur a bloqué 75 millions de francs. Les autorités s'attendent à des mois avant un retour à la normale.
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Encore plus de dossiers pour les caisses de chômage: en janvier, le nombre de chômeurs a augmenté en Suisse.
Photo: PETER KLAUNZER
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Martin Schmidt

«Manifestement, tout ne s'est pas passé correctement, sinon nous ne serions pas là aujourd'hui», regrette Jérôme Cosandey, du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), au siège principal à Berne. «Nous avons identifié certains risques, mais nous les avons mal évalués», explique le chef de la Direction du travail. Il s’exprimait dans le cadre d’une conférence de presse du Seco consacrée aux nouveaux chiffres du chômage. 

Le thème central reste toutefois le vaste cafouillage informatique du Seco. Depuis le passage au nouveau système de paiement début janvier, les autorités et les caisses de chômage font face à d’importants problèmes techniques. Des milliers de personnes attendent toujours des indemnités de chômage qu’elles auraient dû percevoir en janvier. Combien exactement, les responsables ne veulent – ou ne peuvent pas – répondre à cette question lors de la conférence de presse. 

Des mois avant un retour à la normale

Le Seco estime les paiements en suspens, au 5 février, à près de 75 millions de francs. En se basant sur le salaire médian suisse pour les employés à plein temps, près de 15'000 personnes seraient concernées. Mais comme nombre d’entre elles sont passées d’un emploi à temps partiel au chômage, le nombre effectif de personnes touchées devrait être supérieur de plusieurs milliers.

Certains se retrouvent ainsi en difficulté de paiement et ne peuvent, par exemple, plus régler leur loyer. Cette situation est lourde pour les personnes concernées et entraîne des problèmes financiers pour une partie d’entre elles, regrette Jérôme Cosandey. «J’espère que nous reviendrons à la normale dans les semaines et les mois à venir.» Il n’est toutefois pas possible de fournir un calendrier précis.

Hausse du nombre de chômeurs

Actuellement, les caisses de chômage mobilisent davantage de ressources pour résorber le retard accumulé dans les nouvelles inscriptions. En janvier, celles-ci ont été légèrement plus nombreuses: le taux de chômage est passé de 3,1 à 3,2%. Les autorités examinent désormais, avec les caisses de chômage, un allègement des contrôles des droits.

Pour les bénéficiaires d’allocations de chômage déjà en cours, les paiements sont désormais généralement effectués avec un à trois jours de retard, assurent les représentants des caisses de chômage présents. Le passage au nouveau système informatique ASAL 2.0 a constitué un projet colossal. Il a duré près de dix ans et coûté environ 200 millions de francs. A l’heure actuelle, le système fonctionne plus lentement que son prédécesseur, mis en service en 1980.

Des problèmes constatés en 2023

Les difficultés n’étaient-elles pas prévisibles? Lors de la conférence de presse, Jérôme Cosandey et Martin Godel, responsable du marché du travail et de l’assurance-chômage au Seco, ont été interrogés à plusieurs reprises sur cette question. Martin Godel souligne la complexité du système.

Des complications qui n’auraient pas pu apparaître dans l’environnement de test sont survenues. «Mais leur nombre nous a surpris», admet-il. Selon le Seco, onze incidents techniques majeurs ont été recensés, tous ayant pu être résolus.

L’introduction partielle d’ASAL 2.0 en avril 2023, dans le domaine des indemnités en cas de réduction de l’horaire de travail et d’intempéries, «ne s’est pas déroulée sans heurts et a mis en évidence diverses lacunes», écrivait alors le Contrôle fédéral des finances dans un rapport de contrôle. Lors de la conférence de presse, la question de savoir si cela avait occasionné des retards de paiement est restée sans réponse. 

«Nous avons alors corrigé toutes les irrégularités et en avons tiré les enseignements. Le support était insuffisant en 2023. C’est pourquoi l’équipe de projet actuelle compte environ 120 spécialistes informatiques, dont la moitié en interne et les autres mandatés», explique Jérôme Cosandey. Le personnel effectue actuellement des heures supplémentaires. A court terme, les paiements doivent être facilités. A plus long terme, des serveurs supplémentaires devraient permettre d’améliorer les performances du système.

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