En bref
- En Suisse, les licenciements après 55 ans, comme celui de Heinz Vollenweider, compliquent le retour à l'emploi malgré la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Les entreprises invoquent souvent des raisons comme le coût ou le manque de flexibilité des seniors
- Selon Heidi Joos, directrice d'Avenir50plus, il est crucial d'éviter une démission volontaire, de vérifier ses droits et de bien préparer sa recherche d'emploi en valorisant ses compétences, y compris non professionnelles
- Les personnes licenciées après 58 ans peuvent rester affiliées à leur caisse de retraite à titre facultatif. En Suisse, environ 20% des chômeurs inscrits ont plus de 50 ans, selon les statistiques officielles
Perdre son emploi à 55 ans: c'est une situation que vivent Heinz Vollenweider et de nombreuses autres personnes en Suisse. Malgré la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, les entreprises continuent de se séparer de salariés fidèles et expérimentés. Leur âge est parfois considéré comme un frein: trop âgés, pas assez flexibles ou trop chers, entre autres.
Toute perte d'emploi constitue un tournant. Mais après 55 ans, retrouver une place sur le marché du travail peut prendre nettement plus de temps que pour les personnes plus jeunes. Il est donc essentiel d'être particulièrement attentif à certains aspects. Blick explique, avec Heidi Joos, directrice générale de l'association Avenir50plus, ce qui compte vraiment lorsqu'on perd son emploi après 55 ans.
Ne pas démissionner de soi-même
Même si vous redoutez d'être touché par une prochaine vague de licenciements ou si vous êtes victime de harcèlement moral, ne démissionnez pas de votre propre chef. Ne signez pas non plus un accord de résiliation dans la précipitation.
Une démission volontaire peut entraîner un délai d'attente auprès de l'assurance-chômage (AC), ce qui reporte le versement des indemnités journalières. En outre, la protection en cas de maladie grave ou d'accident est nettement moins bonne après une démission volontaire.
Droits vis-à-vis de l'employeur
Ne restez pas les bras croisés après un licenciement: faites valoir vos droits et vérifiez notamment que la procédure est conforme à la loi. Si vous tombez malade ou êtes victime d'un accident pendant le délai de préavis, celui-ci peut être prolongé. Pensez également à réclamer les éventuels jours de congé restants, heures supplémentaires, primes, ainsi qu'un certificat de travail.
S'inscrire à l'assurance chômage
La démarche peut être très désagréable, mais il est important de s'inscrire à l'ORP dès le délai de préavis, de commencer ses recherches d'emploi et de documenter ses démarches. En l'absence d'efforts suffisants, des jours de suspension peuvent être prononcés par l'assurance-chômage. Il faut également clarifier le montant des indemnités journalières et leur durée.
«Il est important d'anticiper dès le départ la période qui suivra une éventuelle expiration des droits», explique Heidi Joos. Il convient notamment de déterminer quelle couverture financière pourra prendre le relais, par exemple les prestations transitoires ou l'aide sociale.
Ne pas minimiser le choc du licenciement
«Un licenciement peut être très pesant sur le plan psychologique – surtout après de nombreuses années passées dans la même entreprise», prévient Heidi Joos. Après des années au sein de la même entreprise, les collaborateurs de longue date peuvent se retrouver soudainement sans mission, sans reconnaissance et sans sentiment d'appartenance. Ce vide peut ébranler leur estime de soi.
Heidi Joos conseille donc de ne pas minimiser le choc d'un licenciement: «Prenez ce choc au sérieux et cherchez de l'aide dès que possible – y compris une aide professionnelle si nécessaire.»
Penser à la prévoyance vieillesse
Lorsqu'une personne quitte son entreprise, l'argent accumulé dans sa caisse de retraite doit être transféré sur un compte de libre passage. Mais attention à ne pas prendre de décision dans la précipitation. «Retirer précipitamment son capital ou envisager une retraite anticipée n'est pas une bonne idée», explique Heidi Joos. Un tel choix peut avoir de lourdes conséquences financières après le départ à la retraite. Le versement des prestations de vieillesse peut également entraîner une réduction des allocations de chômage.
Autre point à connaître: toute personne qui perd son emploi après 58 ans peut rester assurée à titre facultatif auprès de son ancienne caisse de retraite. Si elle souhaite percevoir ultérieurement sa prestation de vieillesse sous forme de capital, elle doit prendre cette décision dans un délai de deux ans. Au-delà, si elle reste affiliée à sa caisse de retraite pendant plus de deux ans, seule la perception sous forme de rente est en principe possible.
Heidi Joos insiste sur l'importance de considérer l'ensemble de la situation financière: «Il ne faut pas considérer la caisse de retraite de manière isolée. Pour les chômeurs âgés, il faut avoir une vision globale de toutes les sources de revenus possibles avant et après le départ à la retraite.»
Vérifier ses assurances sociales
Il est important d'éviter toute lacune dans les cotisations AVS. Tant que vous percevez des indemnités de chômage, les cotisations AVS continuent d'être versées et vous restez assuré contre les accidents auprès de la Suva. Une fois vos indemnités épuisées, vous devez toutefois souscrire une nouvelle couverture d'assurance.
Bien préparer sa recherche d’emploi
Après de nombreuses années dans la même entreprise, les collaborateurs qui perdent leur emploi n'ont pas forcément l'habitude de postuler. Il faut donc parfois réapprendre à le faire, en commençant par constituer et mettre à jour son dossier de candidature. Aujourd'hui, un CV détaillant toutes les étapes de son parcours professionnel ne suffit plus. «Il s'agit plutôt de mettre en avant ses compétences individuelles», explique Heidi Joos, y compris celles acquises en dehors du cadre professionnel. Un commandant des pompiers volontaires ou la présidente d'un club sportif, par exemple, peuvent ainsi disposer de compétences qui s'avéreront décisives dans la recherche d'un nouvel emploi.
Autre conseil: rester ouvert à une réorientation professionnelle et ne pas attendre qu'un poste soit publié. Prendre directement contact avec une entreprise peut permettre de créer des opportunités. Si le profil correspond à ses besoins, l'employeur peut en effet, dans certains cas, s'épargner de nombreuses démarches. Et il ne doit pas nécessairement s'agir d'un poste à temps plein. «Les postes à temps partiel, les contrats à durée déterminée et les revenus intermédiaires peuvent faciliter la réinsertion professionnelle», souligne Heidi Joos.