Jonas Lauwiner se dévoile pour Blick
«Enfant, j'étais harcelé, aujourd'hui je suis le roi de Suisse»

Jonas Lauwiner, autoproclamé «roi de Suisse», s'approprie des terrains sans propriétaire et en tire profit. Provocateur, il veut désormais entrer au gouvernement bernois avec son propre parti.
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Jonas Lauwiner se fait appeler «le roi de Suisse».
Photo: Helena Graf
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Helena Graf

Il soulève la bâche en plastique. Un canon apparaît. 20 millimètres, double canon, 200 coups par minute, conçu pour la défense antiaérienne. La bâche est sale. Il vérifie son uniforme blanc. Tout est encore propre. «C'est extrêmement délicat», dit-il, parlant de ses vêtements, et non de l'artillerie lourde. Un roi a ses priorités.

Son vrai nom est Jonas Lauwiner, et il vit dans le complexe résidentiel et commercial «Lauwiner Empire III», une ancienne usine sidérurgique. Le château le plus proche se trouve à Burgdorf, dans le canton de Berne. Jonas Lauwiner parle vite, beaucoup et se contredit. Il s'est auto-proclamé le «roi de Suisse». Un soi-disant souverain, par ailleurs chef de projet en automatisation dans l'industrie pharmaceutique.

S'approprier le terrain et en tirer profit

«Ce titre est symbolique. Je ne suis pas inscrit dans la Constitution, je ne contrôle pas la Suisse. Mais entre 5000 et 8000 personnes empruntent ma route chaque jour.»

Le roi et ses employés, payés à l'heure, recherchent des parcelles de terre sans propriétaire. Une prairie, un tronçon de route, rarement une maison. Jonas Lauwiner se fait enregistrer comme propriétaire. Cela prend du temps. Et des frais de dossier. Rien d'autre.

Son royaume est constitué de numéros de registre foncier, tous listés dans un fichier Excel. 154 terrains sur 119'524 mètres carrés. Les terres, il se les est «appropriées» et ne les a pas «achetées». Jonas Lauwiner paie des impôts pour cela. Mais il peut aussi prélever des taxes auprès de ceux qui doivent passer sur son terrain. Il appelle cela des frais d'entretien.

«J'ai été victime de harcèlement»

Mais le roi ne veut pas parler d'argent. Il change de sujet, parle d'un tronçon de route dans le canton de Zoug. 26 mètres carrés d'asphalte. Mille francs de frais. Rien ne se passe pendant deux ans. Puis un riverain décède. Les héritiers veulent faire des travaux. Ils ont besoin du chemin.

Ils doivent donc négocier. Avec le roi, pas avec la commune. «Nous nous sommes entendus sur 25'000 francs. Cela représente 24'000 francs de bénéfice», explique Jonas Lauwiner. Puis il s'en prend à l'Etat: «J'ai dû payer 60% d'impôt sur les bénéfices!»

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Dans mon enfance, j'ai été victime de harcèlement. Cela m'a rendu indestructible
Jonas Lauwiner, le «roi de Suisse»
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Il raconte son enfance. Peu d'argent, pas de Gameboy. D'autres en avaient et se moquaient de lui. «Dans mon enfance, j'ai été victime de harcèlement, confie-t-il. Cela m'a rendu indestructible.» Après l'école, il a vécu dans une mansarde pour seulement 200 francs par mois. Il a renoncé, économisé. «J'ai toujours voulu devenir riche», affirme Jonas Lauwiner.

Cela ressemble plus à de l'entrepreneuriat qu'à de la monarchie. Et son approche influence la politique. Le canton de Berne souhaite en effet modifier sa loi afin d'accorder la priorité aux communes pour ce qui est de l'attribution des terrains non bâtis. D'autres cantons veulent aujourd'hui suivre cet exemple. «Je n'aurais jamais imaginé devenir aussi important», se réjouit Jonas Lauwiner.

Plusieurs parcelles en Ukraine

Il provoque. Il agace. Cela le rend fier, mais aussi vulnérable. «On ne me comprend pas», se plaint-il. Les Suisses, dit-il, associent immédiatement le mot «roi» à l'oppression. «Mais je veux être là pour le peuple. Nous serions tellement plus heureux si nous ne nous entredéchirions pas», dit-il avec une épée à la ceinture, des fusils dans sa maison et un canon antiaérien à deux tubes à ses côtés. 

«J'ai des armes pour le cas où je devrais me défendre», se justifie Jonas Lauwiner. Contre qui? Il ne le dit pas. Il s'y connaît d'ailleurs bien en guerre. Il possède plusieurs terrains en Ukraine. «C'est tellement bon marché là-bas! Avant 2022, la valeur avait énormément augmenté. Aujourd'hui, elle est à nouveau basse.» 

Le canon antiaérien de Jonas Lauwiner. Il possède également un tank.
Photo: Helena Graf

Cela énerve le roi. «L'Ukraine devrait céder ses territoires. Les gens se moquent bien de savoir sous quel drapeau ils vivent», déclare-t-il à propos du conflit. Il veut juste que ses terres aient à nouveau de la valeur et que les voyages redeviennent faciles.

Un avenir dans la politique?

Mais Jonas Lauwiner ne compte pas s'arrêter là: il veut désormais se lancer en politique, au Conseil exécutif bernois plus précisément. Il entend briguer un siège avec son propre parti, «Le roi Lauwiner au service des Bernois». Il admet que ses chances d'être élu sont minces, même s'il promet de reverser la moitié de son salaire de député au canton.

Depuis plusieurs jours, le roi distribue des flyers. «Beaucoup de politiciens ont perdu le contact avec la réalité. Je suis pour l'action plutôt que pour les discussions sans fin.» Selon lui, il y a trop de règles, notamment en matière de construction.

Il possède un terrain à bâtir de 60 mètres carrés. «A cause de toutes ces réglementations concernant les distances, je pourrais tout au plus construire une petite maison de 1,20 mètre sur 1,20 mètre. C'est fou!»

Pour la peine de mort

D'autres sujets lui tiennent également à cœur. Par exemple, punir plus sévèrement les crimes graves. «Pour moi, c'est œil pour œil, dent pour dent. Je suis favorable à la peine de mort.»

L'uniforme blanc est toujours en place. Il veut se changer avant de remballer le canon. «Avec le titre de roi, je veux montrer ce qu'il est possible d'accomplir dans la vie, déclare Jonas Lauwiner. Il faut simplement savoir s'affirmer!»

Ce qui n'appartient à personne, il se l'approprie. La terre, le titre, l'attention. Mais pourquoi? Le roi répond: «Et pourquoi pas?»

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