Un revenu qui interroge
Ce banquier suisse vient d'empocher 80 millions en un an

Les salaires des dirigeants bancaires ont récemment reculé. Mais ça n'a pas empêché certains gestionnaires de fortune d'empocher des gains inattendus.
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La hausse du cours de la banque privée EFG International a permis au banquier Boris Collardi de fortement s'enrichir.
Photo: Salvatore Vinci/13PHOTO
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Beat Schmid

Boris Collardi a longtemps été considéré comme l’enfant prodige de la finance suisse. A seulement 34 ans, il prenait les rênes de la banque Julius Bär. Sous sa direction, l’établissement a connu une croissance fulgurante, mais aussi accumulé les difficultés: des fonds hautement toxiques en provenance d’Amérique latine ont afflué, et des défaillances au niveau des contrôles internes ont conduit, des années plus tard, à des blâmes de la Finma. Fait rare, le CEO lui-même avait été visé.

Ces épisodes remontent à plusieurs années. A 51 ans, Boris Collardi est aujourd’hui de retour, en tant qu’administrateur et copropriétaire de la banque privée zurichoise EFG International, dont il a acquis 3,6% du capital en 2022. S’il se fait plus discret sur la place publique, il continue en coulisses à influencer la stratégie de l'établissement, et contribue ainsi directement à sa croissance fulgurante, plus rapide que celle de la plupart des banques privées suisses.

En effet, des milliards de nouveaux avoirs affluent, dopant à la fois les revenus et les bénéfices d'EFG International. Cette dynamique se reflète également en Bourse: entre 2023 et fin 2025, l’action EFG est passée de 9 à 19 francs, soit une hausse de 111% sur trois ans. Un placement particulièrement lucratif pour les actionnaires, et plus encore pour Boris Collardi.

Ermotti battu à plate couture

Rien que l’an dernier, sa fortune liée à sa participation dans la banque EFG aurait augmenté d’environ 80 millions de francs. Un montant faramineux qui repose sur quatre éléments.

Le plus modeste est son indemnité d’administrateur, qui lui a rapporté 246’288 francs, charges comprises. A cela s’ajoutent environ 6,5 millions de francs de dividendes versés au printemps 2025. Il a également cédé 755’862 actions au cours de l’année, pour un produit d’environ 12 millions de francs. La part la plus importante correspond toutefois à un gain comptable de 60 millions de francs sur son paquet d’actions. Son portefeuille de 10 millions de titres est actuellement valorisé à plus de 190 millions de francs.

Avec une progression de 80 millions de francs, Boris Collardi distance la plupart des banquiers suisses, y compris le plus connu d’entre eux, le patron d’UBS Sergio Ermotti. Si la rémunération du Tessinois pour 2025 n’est pas encore connue, elle s'élevait à 14,9 millions de francs l'année précédente. Fin 2024, il détenait en outre 2,7 millions d’actions UBS. En supposant qu’il n’en ait pas vendu en 2025, son gain comptable s’élèverait à 27 millions de francs, auxquels s’ajoutent environ 2,7 millions de francs de dividendes, soit un total d’environ 45 millions.

Cours boursiers et rémunérations en hausse

Sergio Ermotti et Boris Collardi figurent déjà dans le classement des plus grandes fortunes du magazine «Bilanz», avec un patrimoine estimé entre 200 et 250 millions de francs chacun. Ils appartiennent à un cercle restreint de dirigeants ayant accumulé une fortune considérable en tant que managers salariés, un privilège généralement réservé aux entrepreneurs qui prennent des risques importants pour bâtir leur propre entreprise.

A la faveur de la hausse des rémunérations et des cours boursiers, l’accès à la «super ligue» des grandes fortunes devient de plus en plus simple pour les dirigeants. Parmi les prochains candidats figure le CEO de Novartis, Vas Narasimhan. Pour l’exercice 2025, il a perçu une rémunération totale de 24,9 millions de francs, en nette progression par rapport aux 19,2 millions de l’année précédente.

Des revenus XXL qui rappellent des souvenirs

Ces rémunérations records, dopées par des programmes de bonus fondés sur des actions, rappellent les années 2000, lorsque les dirigeants de banques et de groupes pharmaceutiques percevaient régulièrement plus de 20 millions de francs. Les salaires d’Oswald Grübel, Daniel Vasella ou Brady Dougan avaient alors déclenché en Suisse un vif débat sur les «salaires abusifs», qui avait conduit à l’acceptation de l’initiative Minder.

Depuis, les rémunérations des directions et des conseils d’administration doivent être soumises au vote des actionnaires lors de l’assemblée générale. Assiste-t-on aujourd’hui à un retour de ces excès?

Thomas Minder, figure emblématique de la votation de l’époque, qualifie la rémunération de Vas Narasimhan «d’aberration» et de salaire «absolument choquant». Il appelle les actionnaires, en particulier les caisses de pension, à intervenir.

Le pactole pour le CEO d'EFG

La rémunération du CEO d’EFG International – la banque de Boris Collardi – a elle aussi été grandement commentée. Et pour cause: en 2025, Giorgio Pradelli a perçu un revenu substantiel de 7,6 millions de francs, à quoi s’ajoutent plus de 10 millions de francs issus d’un programme de bonus spécifique couvrant les trois dernières années.

Au total, la rémunération de Giorgio Pradelli a donc atteint 18 millions de francs. Un montant considérable pour le dirigeant d’une banque qui emploie 3225 personnes et qui a réalisé en 2025 un bénéfice net de 325 millions de francs. Reste à voir comment les actionnaires réagiront.

Etant lui-même membre du comité de rémunération, Boris Collardi a validé le superbonus de son CEO. En tant qu’actionnaire de référence, allié à la richissime famille grecque d’armateurs Latsis, l'ancien patron de Julius Bär dispose lui-même d’un poids décisif pour aligner les salaires de la direction sur les intérêts des actionnaires. La forte hausse du cours d’EFG l'aide d'ailleurs grandement à agir dans ce sens.

Sur le plan financier, Boris Collardi est depuis longtemps à l’abri du besoin. L’automne dernier, il a acquis à Genève la villa du célèbre dessinateur Philippe Chappuis, dit «Zep». Selon son porte-parole, il a entièrement financé cet achat immobilier par la vente d’actions EFG réalisée l’an passé.

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