Ce fut un coup habile de la part du ministre de la Défense Martin Pfister: afin de faire adopter au Conseil fédéral l'augmentation de la TVA destinée à renforcer la sécurité, il a distribué quelques mesures d'accompagnement.
L'augmentation des effectifs ne concernera pas uniquement l'armée, la protection civile et les services de renseignement. L’Office fédéral de la police (Fedpol), dirigé par le ministre de la Justice Beat Jans, devrait également bénéficier de 100 à 200 nouveaux postes.
Il en va de même pour la police des frontières, qui relève du Département fédéral des finances de Karin Keller-Sutter. 100 postes supplémentaires sont prévus dans ce domaine.
Des questions en suspens
Mais il y a un hic! Où ces centaines de nouveaux employés fédéraux vont-ils bien pouvoir travailler? L’hébergement d’un nombre aussi important de collaborateurs supplémentaires n’a été «ni clarifié, ni soumis au Conseil fédéral et au Parlement», met en garde l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL), compétent en la matière. Concrètement, cela signifie qu’il existe un risque que les nouveaux collaborateurs ne disposent d’aucun poste de travail!
C’est ce qui ressort de documents internes issus de la consultation des offices, dont Blick a pu prendre connaissance en vertu de la loi sur la transparence (LTrans). L’OFCL souligne qu’il avait déjà suggéré, au début de l’année, de dresser la liste détaillée des besoins des offices fédéraux et de la présenter au Conseil fédéral d’ici la fin de l’année. Mais rien n’a été fait.
Au sein du département, seul le Service de renseignement a des besoins supplémentaires en locaux, explique le DDPS, qui chapeaute le dossier. Ces besoins n’ont toutefois pas pu être clarifiés dans le cadre des processus de planification habituels, car la situation en matière de sécurité exigeait des solutions rapides. Des solutions d’hébergement adaptées sont désormais recherchées en collaboration avec l’OFCL.
Et qu’en est-il des solutions pour la police fédérale et les gardes-frontières? Ce n’est pas notre problème, laisse entendre le DDPS. Ces offices fédéraux chargés de missions de sécurité ont en effet été retirés entre-temps du paquet de mesures portant sur l’augmentation de la TVA. Les départements de la Justice et des Finances doivent se débrouiller seuls – et ce, bien que le Conseil fédéral ait encore insisté, dans sa stratégie de sécurité, sur une protection aussi complète que possible.
Les projets du Conseil fédéral questionnés
Le Conseil fédéral préférerait de toute façon éviter les solutions coûteuses. Fin janvier, il avait chargé les départements et la Chancellerie fédérale de «trouver des postes de travail pour les effectifs supplémentaires autorisés au sein des locaux existants et, si nécessaire, d'introduire le partage de bureaux», comme le mentionne l'OFCL dans sa prise de position.
Dans le même temps, l’Office fédéral constate toutefois que ce plan a peu de chances d’aboutir: «L’expérience montre que le nombre de nouveaux postes, en particulier dans le domaine de la sécurité, ne pourra guère être absorbé dans les bâtiments existants par le partage de bureaux.» Sans grande surprise, l’OFCL aurait d’ores et déjà reçu des demandes concernant de nouveaux sites.
Risque de pénurie
En interne, l’OFCL exprime ses réserves, mais en public, il garde le silence. Il refuse ainsi de révéler de qui proviennent ces demandes et à quoi elles sont concrètement destinées. Il préfère renvoyer la question au DDPS, qui est l’autorité compétente. Mais comme ce dernier ne se sent plus responsable du Fedpol et du Corps des gardes-frontières, il renvoie immédiatement la patate chaude.
La question des locaux reste donc pour l’instant sans réponse. D’autant plus que l’OFCL souligne dans sa prise de position interne qu’en raison de la situation budgétaire, il ne dispose pas des ressources nécessaires pour répondre à des besoins supplémentaires des utilisateurs.
C’est précisément pour cette raison qu’il serait important de mettre en place les plans correspondants suffisamment tôt: «Sinon, on court le risque que de nouveaux postes soient certes approuvés, mais que les locaux nécessaires ne soient pas disponibles, ou ne le soient pas à temps.»