«Trop de choses depuis des années»
Voici pourquoi Jil Teichmann a soudainement dit «stop»

Après plusieurs mois loin du circuit, Jil Teichmann explique pourquoi elle a mis sa carrière entre parenthèses. Une pause nécessaire pour se reconstruire mentalement et revenir pleine d’énergie.
1/6
Jil Teichmann a dû prendre ses distances avec le tennis.
Photo: Sven Thomann
RMS_Portrait_563.JPG
Marco Pescio

Jil Teichmann est partie grimper ces derniers mois, a appris à surfer, est remontée pour la première fois sur des skis depuis son enfance et s’est laissée fasciner, à Buenos Aires, par le mythe du football qu'est Boca Juniors. Si tout s’était déroulé normalement depuis l’automne dernier, elle aurait plutôt enchaîné les tournois en Asie puis en Europe, pris de brèves vacances avant d’entamer un bloc de préparation très intense, repris l’avion pour l’Australie comme elle l’a fait tant de fois depuis ses années juniors, avant peut-être de poursuivre par un détour au Moyen-Orient.

Comme le reste du circuit, elle pourrait aujourd’hui se trouver à Indian Wells, après un nouveau tour du monde. Mais Teichmann est à Barcelone, où elle s’entraîne depuis de nombreuses années, et elle explique les raisons de sa récente prise de distance avec le tennis.

Elle raconte qu’à l’automne dernier elle est arrivée à un moment où elle a senti que cela ne pouvait plus continuer. «Trop de choses s’étaient accumulées, trop d’événements au fil des années. Et ce depuis que, à 14 ans, j’ai décidé de me consacrer au tennis professionnel.» La Suissesse évoque de petites blessures qu’il fallait soigner, mais aussi tout simplement une fatigue mentale à laquelle elle ne pouvait plus échapper. Le fait d’être revenue peu auparavant dans le top 100 mondial n’a pas suffi à apaiser sa situation.

«Je devais d’abord digérer ma carrière»

«C’est presque paradoxal, explique-t-elle. J’ai eu de la chance dans ma carrière, je n’ai jamais été longtemps blessée. Mais du coup, depuis ma jeunesse, j’étais en permanence dans une sorte de roue qui ne s’arrête jamais, sans pouvoir prendre de recul.» Certains y parviennent lors de longues blessures, d’autres, dans des professions plus classiques, peuvent «s’offrir un sabbatique». Teichmann, elle, s’est sentie vidée après toutes ces années, et mentalement plus assez fraîche: «Au fil de saisons extrêmement intenses, avec une pression permanente et des voyages constants, il se passe tellement de choses autour de toi. Tu peux pousser ta carrière pendant longtemps, mais à un moment donné tu exploses».

Ancienne huitième de finaliste à Roland-Garros, vainqueure de la Billie Jean King Cup, double lauréate d’un tournoi WTA et ex-21e mondiale, Teichmann a donc tiré le frein d’urgence. Assez tôt pour éviter que sa carrière ne déraille complètement. «Je devais d’abord digérer ma carrière. Et je voulais me donner la chance de pouvoir repartir après une pause.»

«Wow, quel courage!»

La joueuse, qui a grandi à Barcelone et dont les parents sont originaires de Zurich, a présenté son projet à la WTA avec l’aide d’une psychologue. Et elle a été entendue. L’association des joueuses professionnelles lui a accordé un classement protégé pour raisons de santé mentale. Après six mois d’arrêt, elle pourra ainsi participer à huit tournois avec son classement d’alors, soit la 89e place mondiale. Les réactions venues du milieu du tennis ont renforcé sa conviction d’avoir pris la bonne décision.

Beaucoup ont même été surpris et impressionnés par sa manière d’aborder ouvertement son état mental. «Beaucoup m’ont dit: “Wow, quel courage!”» Car elle aurait aussi très bien pu évoquer une blessure.

Pendant plusieurs mois, Teichmann n’a pas touché une raquette. Ce n’est que le 5 janvier de cette année qu’elle a recommencé à s’entraîner progressivement. Et ce n’est qu’à la fin du mois, lors du tournoi WTA 125 de Dubrovnik (Cro), qu’elle prévoit son retour. «Pendant ces six mois, il y a bien sûr eu des journées difficiles, où j’ai aussi remis en question ma décision. Mais aujourd’hui je sais que j’en avais besoin et je suis fière d’être allée jusqu’au bout. Je ressens à nouveau beaucoup d’énergie et j’ai envie de reconstruire quelque chose.»

Articles les plus lus