En s'avançant depuis le milieu de terrain pour s'en aller convertir son tir au but décisif en demi-finale de la Coupe d'Allemagne dimanche dernier à Jena, Smilla Vallotto était sereine. Sûre d'elle. L'énorme responsabilité, celle d'envoyer Wolfsburg en finale, n'a pas déstabilisé la Genevoise, pas plus que les mois compliqués qu'elle venait de traverser. «Franchement, j'étais tranquille. Je savais que c'était à mon tour, j'étais prête. J'étais persuadée que j'allais marquer», a-t-elle assuré cette semaine à Zurich, où la Nati prépare ses deux matches face à la Turquie, importants en vue de la qualification pour la Coupe du monde 2027.
Il ne faut pas voir dans les propos de Smilla Vallotto un soupçon d'arrogance, elle dont le caractère est épargné par ce vilain travers. Plus sûrement faut-il interpréter ces propos comme le signe d'une confiance retrouvée après plusieurs mois de galères et d'incertitude. Et même lors de ce match à Jena, tout ne s'est pas passé comme prévu. «En fait, je devais commencer ce match, mais j'ai eu une petite alerte aux adducteurs. Je n'étais même pas censée rentrer! Mais on avait joué 120 minutes trois jours plus tôt à Lyon et plusieurs joueuses étaient à la limite. Je suis donc entrée en jeu lors des prolongations et j'ai tout donné.» Jusqu'à ce tir au but décisif, inscrit sans trembler, et qui lui fait du bien au moral. «Oui, pour moi c'est presque comme le vrai début de mon aventure à Wolfsburg», confirme-t-elle.
En passant de Hammarby, club de haut de tableau suédois, à Wolfsburg, l'une des meilleures équipes d'Europe, la Genevoise a franchi un vrai palier dans sa carrière l'été dernier, juste après l'Euro et ses immenses émotions. «Tout était nouveau pour moi, j'étais très excitée. Oui, j'étais fatiguée après l'Euro, mais découvrir un nouveau club, une nouvelle ville, des nouvelles coéquipières, c'était stimulant. Mais fin septembre, j'ai eu des streptocoques. J'ai pris des antibiotiques. Ils sont revenus. Une fois, deux fois. Au total, trois fois.»
Son premier tour a donc été chaotique et elle s'est retrouvée, pour la première fois de sa jeune carrière, dans l'impossibilité d'enchaîner les matches. Il y a eu quelques fulgurances, bien sûr, comme à la fin du mois d'octobre, avec ce but sensationnel à Dunfermline pour la dernière de Pia Sundhage avec la Nati, puis début novembre avec deux buts coup sur coup en Bundesliga face à Hoffenheim et Union Berlin. Mais son corps l'a lâchée dans la foulée, une nouvelle fois. «J'étais finito», glisse-t-elle avec son sens de la formule habituel.
Le soutien de sa famille et de ses amis lui a fait du bien
Dans ces moments compliqués, elle a pu compter sur le soutien essentiel de sa famille et de ses amis. «Heureusement qu'ils étaient là. J'étais malade, triste, je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais même pas suivre mes cours d'allemand ou sortir de chez moi. Je n'avais aucune énergie.» Un sentiment bizarre pour elle, aussi dynamique et créative sur le terrain qu'en dehors.
Alors, fin décembre, elle a pris une décision forte, en concertation avec le staff de Wolfsburg: enlever ses amygdales. «J'en avais marre de rechuter à chaque fois. Il fallait faire quelque chose. J'ai fait l'opération en janvier et le problème est désormais réglé.» Mais elle n'a pas pu retrouver le terrain de suite. «C'était presque le plus frustrant», trouve-t-elle la force de sourire. «Je me sentais bien, prête à jouer. Mais le staff médical me disait d'être patiente, que je ne pouvais pas recommencer comme ça. J'ai dû respecter, mais c'était dur».
Les soucis sont donc derrière et elle suit désormais un traitement pour renforcer son système immunitaire. «Je prends des pilules tous les matins. Je ne veux plus être malade.» A-t-elle changé quelque chose à son alimentation? «Non. La seule chose, c'est que je m'autorise un petit peu plus de sommeil.» Le moral est désormais bien meilleur, après ce qu'elle définit comme étant «la pire saison» de sa jeune carrière.
«Tout s'est écroulé»
«Je me définirais plutôt comme une joueuse forte mentalement, mais là c'était dur, c'est vrai. J'étais fière de rejoindre une équipe de haut niveau en Europe et je voulais m'y imposer. Et tout s'est écroulé un mois ou deux après mon arrivée. Et vu que je suis une fille assez impatiente, c'est dur pour moi d'être dehors... Je veux être sur le terrain!» A cette incapacité de jouer s'est ajoutée la rudesse de l'hiver dans le nord de l'Allemagne, dans une cité industrielle comme Wolfsburg. «Disons qu'au moins je ne pouvais pas être tentée de faire du shopping toute la journée. Mais là, les beaux jours arrivent, je pense que ça va aller mieux», rigole-t-elle franchement.
Fin novembre, elle avait eu droit à une parenthèse ensoleillée en Andalousie avec la Nati, pour la première de Rafel Navarro. «Et j'avais adoré». Pas seulement pour la chaleur de ces quelques jours à Jerez de la Frontera, mais aussi en raison de la philosophie du nouveau sélectionneur. «J'apprécie la façon dont nous jouons, dans une formation plus offensive et joueuse», confie-t-elle, sans pour autant tomber dans la critique envers Pia Sundhage.
Contrairement à plusieurs de ses coéquipières, la Genevoise appréciait en effet la Suédoise, qui l'a lancée avec la Nati et en a fait l'une des femmes de base de son équipe. «C'est juste, j'ai une bonne relation avec elle. Elle habite Stockholm, la ville de mon ancien club Hammarby. Si je vais voir un match une fois, ce serait cool d'y aller avec elle.»
La meneure de jeu se réjouit cependant de faire parler sa créativité avec la Nati de Rafel Navarro, sans pour autant réclamer quoi que ce soit pour le rassemblement qui arrive. «Je veux donner mon 100%, c'est sûr. Mais est-ce que je suis prête physiquement pour donner le maximum pendant 90 minutes? Peut-être pas. Mentalement, je suis à 100%. Physiquement peut-être à 75 ou 80. Je suis reconnaissante du fait que Rafel et son staff m'aient convoqué pour ce rassemblement alors que je viens de recommencer avec Wolfsburg et je me tiens à disposition. Je suis tellement heureuse d'être là, de retrouver mes coéquipières. Pour tout dire, j'espérais tellement être convoquée que j'étais un peu stressée!»
Son avenir s'écrit à Wolfsburg, c'est sûr
Pour la suite, c'est clair, elle se réjouit de continuer son aventure avec Wolfsburg et ne cherchera pas à être exfiltrée, bien au contraire, elle qui a signé pour trois ans. «C'est clair et net, je veux rester. J'ai eu une bonne discussion avec le coach, il m'a donné de la confiance dans cette conversation. Il m'a dit qu'il croyait et moi et m'a exposé son plan.»
En clair, Stephan Lerch veut s'appuyer sur sa numéro 14 et son génie créatif et lui fera de la place dans l'équipe. A elle de saisir sa chance et de faire en sorte que ses performance suivent, maintenant que son corps lui permet de le faire. «Tout est clair. Dès le début de la préparation, je serai à fond avec Wolfsburg.» Prête à faire une grande saison et montrer qu'elle peut s'imposer dans l'une des meilleures équipes d'Europe.
